************************
Le CR du Bourrin 1ère, 2e, 3e et
4e partie.
Le CR de la Langouste
Le CR de Pouic-Pouic
Le CR de la Sauterelle
Le CR du T-Rex 1ère partie et 2e partie
Le CR de Yo-yo
************************
Le Bourrin 1ère partie
Préambule habituel:
Fin avril pas encore parti pour le Tchimbe que je pense à ma prochaine
course (une habitude… j'ai pas commencé que je pense à la suivante !) et je
suis frustré car j'avais prévu le Mercantour avec les Net-teamiens (en force
à cette ballade) et je viens d'apprendre que je pourrais pas pour raison
professionnelle ! de désepoir je me rabats sur l'UTMB et m'inscrit par le
net !
Le Tchimbe passé, je suis content de ne pas faire le Mercantour car j'ai
pioché très loin dans le mental et j'ai plus envie de faire d'Ultra… ca
m'inquiéte beaucoup pour l'Utmb et je reste sur mon objectif de base: 110kms
! mais en me disant si je peux dormir 4h à Champex pourquoi pas plus loin…
Août, toujours pas le gnack, l'entrainement va bien j'ai fait beaucoup de
fond pendant mes vacances (3 semaines début Juillet, vers Marseille) en
alternant 3-4h de VTT et entre 1h à 4h de CAP/rand/CAP, un jour de chaque…
et mois d'aout du fartleck pour s'amuser et récupérer du mordant. Je
commence aussi à me faire la course dans la tête: cool jusqu'à Courmayeur
économiser au maxi le mental, puis après commencer à piocher dans la tête…
et c'est ce qui m'inquiéte le plus: aurais-je la foi pour aller taper autant
qu'au Tchimbe ? pas sur car j'ai trouvé la reconstruction trop longue…
Biopuce est inscrite aussi, on fera cause commune sur la logistique et la
pasta party, la premiére heure de course et la récup' chez le Toutou !
:-))))
Pour elle ce sera sa premiére course de montagne et premier trail livrée à
elle-même… sa premiére course solitaire ! :-)))) elle aurait pu trouver plus
facile, mais non elle est pas tétue ! Pi elle râle qu'à chaque fois qu'il y
a une course géante, elle se débrouille pour la rater, alors je l'ai
attachée sur la galerie pour être sur qu'elle se trouve pas une excuse
foireuse…
15 dernier jours d'avant course: inventaire du matos, achat des manquants,
calcul de stratégie, consommation de poudre énergétique, barres ect…
résultat:
-1,5 kgs de Hi-tense (500grs par tronçon) maltodextrine et autre bricole
(ginseng, gingembre minéraux…)
-20 barres énergétiques
-du bicarbonate de sodium
-1 tube de Sporténine
mon sac de course et équipement de départ:
-poche à eau 2L
-trousse pharma
-frontale et pile rechange
-500 gr Hi-tense
-9 barres énergétiques
-3 tubes de gel
-mitaines VTT
-batons
-cuissard
-mini-guetres (ca évite les p'tits cailloux dans les pompes)
-béret
-road-book + cartes du col ferret (prévu de nuit pour moi)
-maillot respirant manche courtes
-Altimétre-boussole Suunto
-appareil photo numérique
-veste pluie type Gore-tex packligth
concernant cette derniére je fais ce choix car légere et déjà testée en
condition extrême, si je bouge avec une Carline je tiens jusqu'à 0° avec
vent…
prévision du sac suiveur inter étape:
-1kgs de Hi-tense
-11 barres énergétiques
-2 tubes gels
-sous gants motos winstopper
-cagoule moto
-polaire
-caleçon long chaud et 1 moins chaud
-carline
-beret plus épais et plus chaud :-))))))
bref le sac suiveur est prévu pour la nuit, donc tout l'équipement hiver
sera dedans, car les prévisions à 3 jours de la course ne sont pas bien
gaies et je ne serais pas surpris de voir la neige ! Donc je prévois du
réconfort pour la partie de nuit…
Je sais que je serais juste côté chaleur sur la premiére partie, mais je
préfére comme ca sachant que plus je vais avancer dans la fatigue et plus
j'aurais froid, donc si je vais à courmayeur j'aurais droit à un petit
plus…. :-))))
Arrivée à Chamonix: pluie pluie pluie… mais sous forme de trombe d'eau
ininterrompue. On regarde les bulletins météos affichés sur quasiment toutes
les boutiques de chamonix: Noé doit passer le WE avec son arche ! Et les
ours polaire devraient venir aussi ! je fonce acheter un poncho car je reste
sur mon paquetage initial ! biopuce hésiate, alors on y retournera 2h plus
tard ! :-))))
On se rend au gymnase récupérer nos dossard ! On y trouve l'Chamo en train
de préparer son stand UFO, coucou, papotage… et on va faire la queue quand
on voit arriver Corinne Favre et Dawa Sherpa… ils passent au stand UFO,
l'Chamo est ange et fait ses interviews. Je réalise que j'ai mon appareil
photo : hop clic-clac j'immortalise le Chamo dans ses œuvres de reporter.
L'Toro arrive avec sa copine blabla… et on va acheter un poncho pour Biopuce
:-)))) elle stresse à peine un peu ! en partant avec la voiture un charlot
m'empêche de sortir du parking, je manœuvre pour passer il me bloque à
plusieurs reprises et me klaxonne, je garde mon calme mais y me gonfle lui !
ultime tentative quand j'entends hurler : oh, l'Bourrin ! C'est ki lui ? on
descend, il se présente: c'est l'T-rex, ah ben on se connaissait pas ! salut
ca roule ? euh j'ai mangé en face de toi à l'AAB marathon de Paris ? Oups…
:-))) biopuce ne s'est pas payé ma fiole, mais elle oublie de dire qu'elle
non plus ne l'a pas reconnu et pourtant elle était à l'AAB aussi !
et on va préparer la voiture (qui nous servira de dortoir aussi)
Retour au gymnase, le Toro, Pouic-pouic, l'T-rex, Lfestnoz, la Sauterelle,
la Langouste… Yo… Yo… le Zoo se regroupe, biopuce rencontre enfin son
remplacant au Tchimbe et lui remet solennellement un beret bleu. Emotion de
la Langouste, une larme à l'œil en mettant son beret !
Briefing: regroupement du zoo avec les berets bleus ! ca me fait quelque
chose de voir les berets sur les zanimos.
Bulletin météo : pluie matin, vent froid, mais éclaircie l'AM, chouette ca
s'améliore !
On se retrouve tous à la Pasta, tout le monde me demande pourquoi finalement
l'Electron ne vient plus malgré son annonce de Juin… aucun des zanimos
absents n'ont dut avoir les oreilles qui ont sifflés ! On s'échange nos
ambitions et stratégies : moi le 110, si je peux dormir 4h mini à Champex et
repartir avant 8h du mat je tente le 150, si la météo est trop pourrie
j'arrête à Courmayeur car pas envie de rentrer trop dans le dur, l'T-Rex est
idem aussi, l'Festnoz 110 mini quelque soit les conditions…
On se sépare et chacun rejoint ses chambrées, nous la voiture et le matelas
pneumatique gonflés à l'arriére, et nos duvets. On se couche vers 21h, mais
impossible de dormir ! Nuit remuantes: 3h de sommeil trop stressé !
2h30 réveil, préparation du sac mise en tenue, il a plu toute la nuit et
maintenant c'est calme plat, même un poil doux ! super le bulletin météo est
ok !
3h30 panique on a pas eu le temps de déjeuner, on tente d'avaler du
gatosport avec du jus de fruit dur ! dur ! puis on se rend vers la ligne de
départ et on dépose notre sac suiveur. On y retrouve l' Festnoz tendu, très
tendu même je trouve ! Biopuce aussi ! Moi je préfére pas me fermer encore…
j'ai le temps pour cela !
On entame le compte à rebours…
Le Bourrin 2e partie
5.4.3.2.1. Yyyaaoouuuuuhhh. c'est parti ! il nous faut
quelques secondes pour franchir la ligne de départ, ce n'est pas encore fait
que la Langouste et le Toro nous interpellent ! Super on va faire un petit
bout de route ensemble !
Je suis assez surpris car il y a pas mal de monde dans les rues pour l'heure
matinale(4h). On sort tranquillement de Chamonix pour arriver au sous bois
qui nous emmènera aux Houches ( kms 8), prévu aux environs de 5h10-15.
J'apprécie ce tronçon fait tranquillement et qui permet de s'échauffer
tranquillement tout en restant tous ensemble, on est en fin de peloton.
L'avantage est que nous ne sommes pas bousculé ! mais je suis surpris de voir
des gens nous doubler avec des équipements peu adaptés au trail. notamment
au niveau chaussures. et je parle pas des t-shirts en bon vieux coton
agrémenté d'un bon vieux K-Way des familles !
Le plafond nuageux est encore assez haut et on devine les montagnes autour
de nous. avec le bruit du torrent à notre gauche j'adore. il a fait trop
humide pour que les odeurs soient aussi de la fête dommage. j'adore courir
la nuit. et je sens que si la météo se tient ca va être du pur bonheur pour
la deuxième étape !
Biopuce a des soucis avec son sac à dos qui lui irrite le cou. La Langouste
s'est lâchement enfuie, en nous lançant un : allez je vous attends à
Chamonix ! On répond tous en chour :OK ! Tout content de ses bâtons, la
Langouste ! Heureusement que je lui ai demandé à quoi servaient les bouts de
tubes télescopique qu'il avait accroché à son sac, sinon je crois qu'il
serait allé jusqu'à Courmayeur avec les bâtons accrochés au sac ! :-))))
Puis c'est l'Toro qui a l'approche des Houches nous abandonne !
5H00, comme convenu avec Biopuce, maintenant chacun pour soi. je l'aide à
sortir son tube de Nok pour qu'elle s'en enduise le cou. pensant qu'elle
peut s'en tartiner suffisamment seule, je m'envole tout seul. Perdu, elle
n'y arrivera pas complètement ! :-(((
5h05 j'arrive au ravito. Yo. l'Toro ! on papote tout en se ravitaillant, je
refais le niveau d'eau sans rajouter de poudre (trop fort à mon goût, 100gr/l)
quelques étirements, je me prépare à repartir quand j'aperçois
Biopuce, alors je l'attends.
Tout va bien, lui rythme lui convient.
Je repars. Ahhhhh. les choses sérieuses commencent ? Ca grimpe sérieusement
d'abord, par la route, puis par de la piste. Je garde mon rythme et double
tranquillement sans chercher à pousser trop, je surveille l'altimètre, c'est
super pratique pour surveiller sa vitesse ascensionnelle. je me cale entre
13-14m/min soit 780-840m/h et léve le pied dés que je vais plus vite.
J'économise en vue du second tronçon. gérer. gérer. je me force à toujours
rester en dedans afin de ne surtout pas toucher au mental avant Courmayeur.
La pluie commence à faire ses présentations matinales par un petit crachin.
mince ! un temps genre : humidité pour 15 jours. le jour commence à se
lever. je me retourne on voit toute la plaine de Chamonix avec les lumières
des villages environnant et la découpe des montagnes : superbe.
On longe un pré rempli de moutons : bêhhh bêhhh. y dorment pas ses machins ?
Quel tintamarre ! Nan c'est pas vrai, je leur ai pas répondu !
Ah. une petite douleur abdominal me fait dire que pour la seconde fois en
course, je vais devoir faire une halte à l'écart du chemin. j'attends pour
profiter de l'aube, j'adore ce moment magique ou l'on découvre l'univers qui
nous entoure : bois, pâturages et à gauche une montagne, une vrai : le
Massif du Mont blanc, je sais pas comment elle s'appelle mais j'admire cette
roche marron ourlée de gris qui grimpe au milieu des nuages.
Bon maintenant, il fait jour, et je cherche un petit coin accueillant et
suffisamment intime pour laisser ouvrer la nature ! :-)))) d'autant plus
qu'il recommence à pleuvoir un peu plus fort.
C'est à ce moment que l'Toro tente de me pourrir ! l'infâme.
Je rattrape le Toro au ravito à peine 5' plus tard. le col de Voza, je
mange, refait le niveau d'eau et je rajoute de la poudre pour obtenir une
dilution à 75gr/l. il est 6h30 kms 13, ca va bon plan de marche malgré cette
petite montée de mise en jambe de 650m de D+.
On entame la descente sur le Champel en trottinant tranquillement. Toujours
de la piste ou de la route. bof. je prends mon mal en patience, la vue étant
belle, pas exceptionnelle compte tenu des nuages et du temps. d'après le
bulletin d'hier soir ça devrait plus tarder à se lever.
Profitons du terrain facile pour prendre un peu d'avance sur les barrières
horaires.
Je lâche le Toro.
Mais à parcours roulant, attention dans les champs. je suis le groupe loin
devant. je me fais siffler par des coureurs qui me hurlent que je vais pas
dans le bon chemin. je sors de ma bulle : pardon ? que passa ? ben et eux
devant ? Oups. ce sont des randonneurs. demi tour !
Je me répands en remerciements.
Le Champel, kms 19, j'aime pas ces fonds de vallée mi-route, mi-piste, loin
des sentiers au milieu des maisons.
On s'engage dans un sous bois, magnifique avec un petit sentier absolument
génial. je me régale ! du coup j'en re-trottine de joie. Euh. je crois que
j'ai oublié de vous dire que je ne cours quasiment jamais sauf dans quelques
descentes ou je trottine légèrement, je préfère adopter la marche rapide car
je veux arriver à Courmayeur le plus frais possible.
Donc petit sous bois, en montagne russe sous les pins sur un sentier comme
je les aime : 50 cm de large maxi. avec des portions bien nettoyées et
d'autres encombrées de racines et divers cailloux, à sauter, virages et
descentes raides suivies aussitôt d'un coup de cul. bref je me régale et ça
me sort de ma torpeur, je double encore des concurrents. dont un black qui
s'est taillé ses bâtons sur le parcours et qui est à la peine. Il souffre des
tibias et des cuisses.
J'aimerai bien arriver aux Contamines avant 8h30. je commence à rentrer un
peu dans la course, je suis content. je commence à sentir la montagne
approcher, le temps est stable menaçant. Je suis juste en Dry-fit. les
pattes et la tête vont bien, le rythme aussi. Nickel ça roule.
En sortant du bois, les Contamines à quelques centaines de mètres plus loin,
mais surtout on arrive au cul de sac de la vallée, enfin l'approche est
finie ! On va vraiment attaquer ce pour quoi on est venu. Pour fêter ça les
nuages se déchirent du côté du massif convoité et laisse entrevoir les
glaciers avec leur couleurs bleutées si particulières encadré par cette
roche aux couleurs marron et gris si impressionnantes dans leur verticalité.
Ca donne envie d'y aller tout en imposant un respect mêlé de peur par
l'aspect dure de cette montagne. brrrrr je préfère en faire le tour seulement.
je connais pas la haute montagne, magnifique certes mais elle me fait peur.
et en face le col du bonhomme, qui ne paraît pas si haut que ça en regard
des pics qui l'encadre.
8h20 : les Contamines, je vais m'octroyer 10' de pause. Je rempli d'abord
mon Camel-back, 0.75cl, deux cuillères de poudre, puis je bois du Coca et de
l'eau claire pour changer de goût et enfin je mange : biscuits fourrés aux
fruits, quartier d'oranges puis un petit pain raisins, noix, noisettes un
peu dur à casser et mastiquer. :-)))) c'est sûrement pour cela qu'il en
reste autant. l'Toro arrive, satisfait il est dans son timing. on discute un
peu, il fait une photo et je repars. Km24 8h30. 4h30 pour faire 25 bornes.
bof bof. un peu juste mais 5 km/h, me laisse toujours de l'avance sur les
barrières horaires et ça me laisse dans mon temps de marche prévu.
Et s'est reparti pour environ 4 kms de fond de plaine route-piste que j'ai
pas aimé. Je marche car je m'attends à en baver un peu à la montée du col du
Bonhomme. :-)))
Je commence à voir de plus en plus de randonneurs. la pluie s'intensifie, je
mets ma veste de pluie. petite inquiétude sur cette météo qui n'a pas l'air
de vouloir respecter les prévisions ! et là d'un coup je m'inquiète pour
Biopuce car au passage du col à 2500m si le temps ne s'est pas levé, elle ne
va pas rigoler. elle a décidé de partir avec le même type d'équipement que
moi : dry-fit, veste pluie respirante de chez DK mais sans capuche. Je sais
que même sous la neige si ça dure pas trop avec une capuche je tiens sans
trop de problème, mais j'ai un doute la concernant. :-(((
Prise, dans l'euphorie du groupe elle a décidé de tenter Champex aussi alors elle a mis
son équipement chaud dans le sac suiveur.
Inch allah. on verra bien n'empêche que ça m'inquiète un peu. allez mon
Bourrin, c'est pas bon le mauvais sang pour la ballade !
On quitte enfin les choses sérieuses après Notre dame de la gorge. De la
vrai montée, sur les fameuses dalles glissantes qui glissent pas ! :-))))
des gars en tenues de courses dévalent en sens inverse. Je leur demande
pourquoi ils abandonnent : on court pas, juste on s'entraîne !
Arf.
Je baisse un peu la tête, et commence à trouver mon rythme. je double.
double. double. très bon pour le moral ça. Je surveille l'altimètre : 15-16 m/min.
Je ralentis à 13-14m/min, j'ai beaucoup de mal à m'y tenir. Il pleut,
le vent se lève et la température chute de plus en plus. côté température
je préfère largement ça à la canicule. Je repense à Biopuce aïe..
Une randonneuse avec un sac immense qui devait être plus lourd qu'elle
avance péniblement, je lui dis chapeau et qu'avec son sac moi je le ferais
pas.
La déception de n'entrevoir que par intermittence le paysage commence à me
gagner, et j'ai hâte de trouver enfin du vrai GR et plus de la banale piste.
Lassitude, je ne me rappelle plus à quelle heure j'ai passé la Balme,
seulement qu'il ne restait plus qu'un malheureux quatre quart à partager
avec les coureurs restant et de l'eau. Je prends une tranche de gateau et ne
m'attarde pas.
Je rumine : ca commence mal si à ce niveau de la course, il n'y a plus de
ravitaillement, je refais tous mes comptes, il faut que j'économise sur mes
barres si je veux tenir jusqu'au bout, car j'avais inclus les ravitos de l'
organisation dans mes calculs. le pire étant pour le tronçon de nuit
Courmayeur-Champex, si je prends tous mon ravito, je me dis que je ne
pourrais plus aller plus loin que Champex, puis la météo, la tête dans les
nuages : bof-bof.
Je continue de grogner quand j'arrive à la Croix du bonhomme, mais j'ai un
vieux trou de mémoire concernant le col du même nom : je me rappelle m'être
dit que c'était bizarre comme col car cela continuait de grimper pour
arriver à la croix du bonhomme et..
Le Bourrin 3e partie
J'ai oublié, au col du bonhomme en repartant j'ai aperçu la Langouste, je
hurle : la LangoOOUusteeee. il m'attend et on fait un bout de chemin
ensemble, tout en papotant. Un gars de l'organisation fait le chemin en sens
inverse en nous demandant de nous couvrir à cause du froid. La Langouste met
sa Gore-tex. Et on repart. il me dit continue je te rattrape plus loin. OK.
je continue, pensant qu'il fait une pause habillage ou autre.
J'arrive à la Croix du bonhomme (kms 37), sous des trombes d'eau
relativement fraîche il faut bien l'avouer, vers 11h30 pas de neige malgré
tout. Tout content de pouvoir enfin attaquer un peu de descente. J'allonge
progressivement le pas afin de chauffer les papattes. et en même temps de me
préparer faire un peu le cabri. car je sais que j'arrêterais à Courmayeur,
compte tenu de la météo. pas envie de me déchirer la tête juste pour dire
j'ai fait le parcours. Priorité au plaisir.
Donc je commence à accélérer, doubler, en prenant garde à laisser le moins
longtemps possible les pattes au sol pour cause d'adhérence limite. En clair
y a de la bouillasse, et ca patine un poil ! donc je vise les gros cailloux
bien plantés. et tire droit dans la pente.
Wouah ca fait du bien ! un ou deux petit ruisseau à sautiller par-dessus.
miam. encore. je double un gars qui demande si quelqu'un a un canif ou des
ciseaux. Hhhiiiiiiiiii.. (trace de freinages.. 25m de gommes plus bas.) je
remonte lui passer mon canif, j'en profite pour engloutir une barre, boire
un coup. Je lui file de la NOK, pour son ampoule naissante. Et zou je
repars.
VVVvvraaoum.. Je regarde l'Altimètre -27m/min soit un petit -1620m/h. cool quoi ! :-))))
Un petit stop, histoire d'enlever la veste pluie, étirer les pattes
(accroupi 20") et regarder un peu la vallée: m.a.g.n.i.f.i.q.u.e. d'autant
plus qu'il y a une trouée dans les nuages et quelques rayons de soleil percent
un peu malgré l'orage qui gronde sur le massif en face de nous. Bbbrrrrr.
j'aimerais pas être là-bas. et ca me conforte dans mon intention d'arrêter à
Courmayeur. Je rentre à Courmayeur sans me faire mal et en jouant là ou je
pourrais.
12h30 ??? je sais plus j'arrive aux Chappieu, la nana du pointage ne m'a pas
vu arriver et me rappelle à l'ordre. :-))))) Elle me dit plus que 4kms avant
le refuge des Mottes. Miamm MANGER ! du salé si je me rappelle bien le
briefing. vite vite. encore une quarantaine de minutes maxi puisque c'est de
la route. beurk, un peu marre de cette route !
Une demi-heure plus loin je suis toujours sur cette route avec toujours en
point d'interrogation : le refuge, ils en ont fait quoi ? Et je me retourne
souvent m'attendant à voir la Langouste arriver. normalement il devrait plus
être loin ! je décide de l'attendre au refuge des Mottets.
Mais c'est pas possible, il est ou ce satané refuge ? ca fait maintenant
largement plus de 4kms de parcouru et toujours rien, le groupe de coureurs
que je rattrape sont comme moi. je double.
Enfin un panneau: refuge des Mottets 40minutes. Arg.. c'est quoi cette
plaisanterie ? hormis que l'on quitte de la route pour de la piste. pfffff..
Un gars s'accroche à mon rythme, on papotte en ronchonnant sur les "4kms"
que l'on vient de faire. Le fond de plateau est magnifique avec la barrière
devant nous qui s'élève tout là-haut en crevant les nuages, laissant
entrevoir des monceaux de glaciers entre les dentelles et aiguilles diverses
qui nous barrent le passage. Le col de la Seigne ne pouvant être que sur
notre droite.
Oh. joie le refuge est en vue. mon nouveau compagnon de route re-trottine.
13h30 J'entends des grognements de dépits et la pauvre bénévole se fait
enguirlander car il n'y a plus rien sur la table de ravitaillements.
Uniquement de l'eau !
En fait, c'est bien plus de 4 kms qui nous séparait de ce refuge puisqu'il y
en avait 7 !
Avec d'autres coureurs on calme les plus agressifs. et on dit quelques
paroles plus douces et gentilles pour remercier les bénévoles de leur
présence et dévouement.
Je suis inquiet pour Biopuce au vu du temps que j'ai eu à la croix du
bonhomme je demande à l'organisation qui nous pointe si il peuvent joindre
par radio les contamines ou la Croix du bonhomme pour avoir de ses
nouvelles. Réponse: désolé nous ne sommes pas équipés en moyen de
communications. euh? Et en cas d'accident ? ben y a les pompiers là-haut.
Traduisez: on fait se qu'on peut. Aïe. je me vois bien de nuit au col
Ferret, en me disant assistance: zéro.
Mon compagnon d'échappée me demande si on continue ensemble ? ok! Mais je
fais un break jusqu'à 14h ou cas ou mon pote (la Langouste arriverait), il
me file un Mars que timidement et poliment je refuse avant de l'engloutir
sur son insistance :-)))). Je refais le plein d'eau et remet de la poudre.
Et j'attends, j'attends toujours pas de langouste. 14h. ok on repart.
J'entrevois le T-shirt UFO, de mon accompagnateur : c'est El Diablo.
blablabla. on papotte et je remarque qu'il a du mal à suivre, il baille
beaucoup et se plains de maux de tête. on est a un peu plus de 2000m
d'altitude, je lui conseille de monter plus doucement et boire un peu.
Je regarde et tout en bas il me semble apercevoir la Langouste, chouette il
va nous rattraper !
On re-décolle, mais il fait 10m de D+ comme une fusée et s'arrête : maux de
tête, plus de jambe, sommeil. les classiques du mal d'altitude. je l'attends
et on progresse lentement ainsi jusqu'à se retrouver pris dans un troupeau
de moutons ! Marrant. ca grouille de partou ! Je suis admiratif devant
l'efficacité de leur technique de pattes ! Ca passe de partout et avec une
vitesse stupéfiante ! Photos. :-))) oui ca va viendre sur mon site ! pfffff
pouvez attendre un peu non ? Ils gardent soigneusement leur distance entre
nous. on repart. On poursuit avec des arrêts fréquents. le temps devient
franchement pénible :pluie, vent, froid ! je ferme progressivement, ma veste
de pluie, puis je mets la capuche par dessus le béret :-)))) un peu plus
loin je serre mes manches, puis la taille de ma veste de pluie. ainsi tant
que je marche je n'ai pas froid. et je régule ma température en enlevant la
capuche, ouvrant la veste refermant ect. On arrive au poste de secours en
haut du col, les pompiers sont transit de froid malgré leur veste épaisse.
Le vent est très violent, cela plaque ma veste de pluie sur le devant du
corps.. Yyyaaaahhhhh.. Ca géle. brrrbrrrr. glagla. avec mes deux peaux de
saucisson sur le dos, ca fait juste tout de même. ca va qu'on est de jour.
mais je veux repartir vite avant de trop me refroidir. Je repense à Biopuce
et espère qu'elle ne va pas venir jusque là. elle n'a pas de capuche, pas de
bonnet et ne pourra donc pas réguler sa température et après la portion
suivante promet d'être du même genre car les quasi 20 kms à venir ne seront
quasiment pas en dessous de 2000m.
Les pompiers nous disent avoir re-dessus un gars en hypothermie doublé d'un
hypoglycémie. croisé aussi un gars qui redescendait car il abandonnait trop
mal équipé et gelé.
El Diablo descend pas trop mal. je l'attends un peu, on se mange chacun une
de mes barres énergétique, en sortant de la purée de pois c'est magnifique
cette vallée sur le lac Combal ou les glaciers viennent faire trempette.
mais cette vallée donne sur une magnifique ligne droite de prêt de 4 kms à
vue de nez. belle piste encore. beurk.
Cette partie en Italie est magnifique, le mt Blanc laisse juste deviner ses
flancs et ses neiges éternelles et les superbes aiguilles rocheuses qui
gardent les différentes passes glacières. et ses teintes marrons grises sur
fond de nuages blancs avec un fragment de ciel bleu laisse imaginer le
spectacle grandiose du site. et même la couleur froide bleu clair des
glaciers m'émerveille.
On passe une ancienne caserne italienne. je souris, car les pauvres
trouffions qui recevaient leur affectation là, devait pas spécialement se
fendre la poire en hiver. à prés de 2100m, celui qui était de corvée de
drapeau à 5h du mat' y devait pas chômer pour les monter ses couleurs.
:-)))) garde-vous.. Repos. brrrr.
Enfin le poste de ravitaillement du lac Combal, je me refais un petit point
ca va plus pas mal, puisque je bourre pas je reste avec ElDiablo, pas de
bobos rien. sauf que j'ai 1h de retard sur Timing prévisionnel.
Mais je m'en fous. j'ai pas de problème de barrière
horaire puisque j'arrête bientôt ! il est 17h et il reste environ 12kms.
petit miracle: il y a de quoi manger au ravitaillement ! si si. gateau,
orange, biscuit fourré, coca, eau, jus de fruit, fruit sec. un petit miracle
de ravitaillement italien et ce ne sera pas le dernier! :-)))) Toujours pas
de Langouste à l'horizon! keski fout ! ca me déplairait pas de finir avec
lui !
On reste une dizaine de minute avant de repartir. Une charmante dame nous
explique que 400m plus on prend le chemin à droite et on grimpe là-haut ! En
nous montrant du doigt un truc qui monte largement plus haut que 2500m.
Ouarf.. La tête déconfite d'El Diablo ! y manque un peu de flamme sur ce
coup là ! :-)))) Toujours pas de Langouste à l'horizon! keski fout ! ca me
déplairait pas de finir avec lui !
On repart. effectivement, si la vue est superbe la grimpette aussi ! les
maux de têtes, baillement et coup de pompe du Diablo aussi, je lui dis
d'aller moins vite et plus réguliérement, mais rien à faire. il me dit avoir
des nausées. je lui conseille de prendre un des cachets de sel qu'il a.
Changement de face, wouah le coup de vent. amamn il est pire que gelé ce
vent. je ferme toutes les écoutilles, mais mes deux peaux de saucisson bien
plaquées sur le corps c'est terrible, El diablo s'arrête, je lui dis que là
moi je ne peux pas arrêter il fait trop froid.
Je continue sans lui, et je l'attends assis à l'abri d'un petit rocher, on
progressera comme cela jusqu'au sommet du Mt Favre à 2450m, la vue est
superbe à gauche la massif du Mt Blanc, en face la Suisse et au milieu la
vallée de Courmayeur. 18h00 kms 60. Seulement y fait trop froid pour bailler
aux corneilles, un petit bonjour rapide aux gars du PGHM Italien et on
bascule dans la descente quand..
Le Bourrin 4e partie
Dring. dring. mon portable qui sonne. ah. on est dans une zone couverte !!! je me
contorsionne pour attraper le Tél. l'Diablo me le sort du sac et me le passe :
Allo ? c'est Biopuce !
Bourrin: Alors t'es ou ?
Biopuce : j'ai arrêté aux Chapieux. et toi ?
[Egoïste, mais ça me soulage. je ne la voyais pas continuer avec ses deux peaux
de saucissons sur le dos sans mourir congelée et elle m'aurait maudit pour
l'éternité ! :-)))]
Je lui explique ou j'en suis et que je ne continuerais pas sur le 110kms. bizarre,
elle aussi est soulagée que je ne continue pas. Elle est rentrée à Chamonix.
Du coup, j'ai le moral qui grimpe en fléche ! et je suis pressé de finir. longue
suite de montée descente. on descend de 100m on regrimpe de 50. il en sera ainsi
jusqu'au col de Chécroui.
Col de chécroui :19h15, j'avale rapidos 3 biscuits et me prépare à repartir quand
je vois l'Diablo avec une gamelle de pâtes. Slurrrrpp.j'hésite un dixiéme de
secondes : macaroni avec une sauce extra et au piccorine. Moi aussi j'en veux
bien ! nenaplu ! QUOI ? Ma si mé la cassérole elle est vide ! Yé vais en chercher
oune autre ! Oufffff.. 3' plus tard notre hôte sors du refuge avec une casserole
pleine. Miammmm miammmm. mmmmmmmhhhhhh. il en faut peu pour atteindre le bonheur !
je déguste, que dis-je je savoure. parfumées. mhhhh un délice !
Tiens ils ont des radios pour communiquer ici. une pensée m'effleure l'esprit :
si j'avais su qu'en Italie ils avaient des radios peut-être que. mais je suis out
sur mon timing, alors tant pis.
Un quart d'heure plus tard je repars. l'Diablo était parti un peu avant moi, je
le rattrape avant la dernière descente qui va nous amener à Courmayeur. Il souffre
dans cette descente ultra moche ! Alternance de route et chemin dure avec des
cailloux roulants. casse figure et dure pour les cuisses ! Ca commence à tirer
sur les côtés des genoux comme au GTC. tendons des fascia-lata ? En tout cas,
ces descentes roulantes avec des pentes aux environs de 20% aïe aïe. ca fait mal.
j'aime pas du tout ! je préfére un truc de la mort avec plein de rocher à sautiller
dessus avec des relances freinages, mais surtout pas ces descentes ou je ne peux
qu'essayer de ralentir sans arrêt.
L'Diablo est à la peine, je l'attends, il me dit de continuer, je veux pas !
jusqu'au moment ou il doit bien nous rester environs 2-3 kms et il y a des marches
de 50-60 cm faites par des rondins, il grogne encore et me dit d'y aller. Ok. je
lache le Choual ! :-)))) je sautille sur les rondins hop. hop. ahhh ca fait du
bien aux cuisses.
Petit bout de route puis chemin, je relance tout doucement. je double. double
le gnack revient. gggnnnaaaahh.. Courir. je vois Courmayeur. enfin, mais je suis
pris d'un doute: et si on doit traverser tout Courmayeur avant d'arriver ? et il
est ou se foutu stade ? je double encore ! ca me rappelle le finish des Templiers:
au sprint !
Entrée dans Courmayeur : peu de spectateurs, mais ils sont hyper chaleureux.
zig-zag dans les vielles ruelles de Courmayeur avec quelques applaudissements.
je marche une minute au bord de l'explosion. :-))) je repars et ce coup-ci j'irais
au bout en courrant !
Le stade. j'accélére un peu. pas sur d'être en moins de 16h00..
Table de chronométrage : 20h03. j'aurais mis 16h03 pour faire mes 70kms et 400m D+.
quasiment qu'en marchant et "relativement" frais.
La sauterelle m'accueille il est arrivé depuis pas mal de temps et attends le zoo.
Les chronométreurs me demandent si je veux partir pour la deuxiéme partie, je réfléchis
même pas: non !
Le Bilan:
Mitigé, en effet je viens m'exploser les mirettes pour le site. pas de bol, météo pourrie !
La sécurité et les ravitaillements : limite. les trois éléments météo, sécurité,
ravitaillement n'étant pas réunis j'ai coupé mon effort à mi-parcours. Tort ou raison ?
mi-figue mi-raisin. après avoir lu divers CR du 110 ou 150, oui je regrette d'avoir
coupé et non car le parcours le long des routes ensuite ne m'aurait vraiment pas motivé,
et il fallait impérativement ne pas être seul. et me faire arrêter au petit matin
sur des raisons bizarres m'aurait vraiment ulcéré.
A la question qu'est-ce que j'ai découvert à l'UTMB ? pas grand-chose. juste la
puissance du mental, mais surtout son usure. je me suis rendu compte que je me
remettais seulement du Tchimbé. 4 mois plus tard. durant ces 4 mois je n'avais
pas du tout "envie de me faire mal", pas envie de me rentrer dedans. Je n'ai
réussi à me motiver pour l'UTMB que la dernière semaine, et c'est largement
insuffisant pour ce genre de ballade. En marchant j'ai préservé le mental,
jusqu'au col du bonhomme je me suis dit: là c'est l'échauffement, pas courir
juste avancer lentement, pas forcer.
Après ma décision de m'en tenir à la première partie, un soulagement car je préparais
à passer un nuit dure et à en baver autant qu'au Tchimbé.
Je me suis aperçu que le mental était beaucoup plus long à réparer qu'un muscle.
mais ne dit-on pas 20% dans les jambes et 80% dans la tête ? Un mois de récup
pour les jambes ? ca donne bien 4 pour la tête ! surtout celle d'un pôv' Bourrin !
Le seul endroit ou j'ai du me concentrer vraiment : la descente du col du bonhomme
pour pas me ramasser et dans la montée de l'Arête Mont Favre pour ne pas penser au froid.
Après le col de Chécroui j'ai senti l'envie de vraiment courir me prendre.
Voilà. il me reste plus qu'à attendre l'année prochaine pour finir cette course ! :-))))
car celle-là je l'ai quand même en travers de la gorge d'avoir arrêté au "petit parcours" !
Car cette course à tout pour devenir un mythe, même si le parcours est parfois
trop goudron, trop piste.
Merci à tout ceux qui m'ont laissé des messages et/ou appelé en direct avant ou après la course.
ULTRA TRAIL DU MONT BLANC 20003
CR de La Langouste, dossard 514
La veille, rassemblement de Zanimos dans un gymnase, pour la remise des
dossards et assister au briefing d'avant-course. Je fais la connaissance de
la Biopuce, du Dino, de la Sauterelle et du Festnoz et retrouve le Toro et
le Bourrin, qui me remet un zoli bérêt tout bleu.
Bibip--bibip--bibip à 02h45... Heureusement, le dortoir est plein d'autres
zanimos, ce qui m'évite de me replonger au fond du duvet !
Les questionnements existentiels du réveil sont vites chassés par l'
excitation du départ : revue rapide du sac, ablutions diverses et autres
préparatifs de dernières minutes, dont le tartinage des pieds à la crème
NOK.
P'tit déj rapide, puis direction le point de départ, où je retrouve le Toro.
4h00 : PAN ! Nous partons dans les derniers, et rattrapons le Bourrin et la
Biopuce. Après les déconnades habituelles du départ dans les rues de
Chamonix, nous pénétrons la forêt obscure à la lumière vacillante de nos
lampes frontales. Le chemin est large, sans surprise, parfait pour l'
échauffement. Après une demi-heure de course, dans une petite côte, le
Bourrin me rappelle que j'ai une paire de magnifiques bâtons flambants neufs
attachés au sac qui ne demandent qu'à servir ! Effectivement, le gain de
confort est immédiat, je ne les lâcherai pratiquement plus jusqu'à l'
arrivée.
Nous restons ensemble à allure réduite pendant une heure, puis je me détache
du groupe un peu avant Les z'Houches. Traversée du village endormi,
ravitaillement léger et début de la montée au Col de Voza. Ca monte dur en
lacet sur une piste carrossable, mais le ravitaillement au col arrive
relativement vite, avec le jour. J'y rencontre un groupe d'Anglo-normands
sympathiques, et entame avec eux la descente à un bon rythme. Après cette
grande descente, la piste atteint la vallée puis par un agréable chemin en
sous-bois rejoint les Contamines, que j'atteins à 8h10. Glou-glou-miam-miam,
et c'est reparti sur un chemin quasiment plat qui remonte le long d'une
rivière. Sachant que la montée du Col du Bonhomme approche, je ne cours pas
mais marche rapidement pour attaquer la difficulté avec tous mes moyens.
Mauvaise stratégie, le chemin est plus long que prévu et je perds du temps.
Les fameuses dalles glissantes non glissantes passent bien, entre deux
pitreries devant les photographes, puis c'est le passage du pont romain, et
la montée continue vers la Balme, où un ravitaillement très léger (2
tranches de quatre-quarts) me permet de passer le raidillon suivant sans
trop de problèmes. Arrive un replat, quand soudain un mugissement zanimal
retentit dans la vallée : « Langooooouste » !!! C'est le Bourrin qui me
rattrape ! J'ai juste le temps de l'entendre se plaindre de la météo, mais
je perds mètre après mètre et ne peut le rattraper. Son coupe-vent jaune me
servira un moment d'objectif. Enfin le Col du Bonhomme, et le chemin
continue en montée légère dans la pluie et le vent jusqu'à la Croix du
Bonhomme. Il fait froid, je regrette de ne pas avoir pris de gants. Le
refuge est ouvert, comme beaucoup de coureurs je m'y arrête quelques minutes
pour grignoter un peu et me réchauffer avant d'entamer la descente vers les
Chapieux vers 12h15. Les genoux tirent, ils sont douloureux et m'obligent à
descendre doucement, jusqu'à ce qu'ils se réchauffent et me permettent de
grandes enjambées. Pour ne pas trop les user, je ne cours pas jusqu'au
village.
La remontée à la Ville des Glaciers est monotone, sur une petite route
revêtue sur laquelle mes bâtons claquent : tak-tak tak-tak tak-tak, avec
pour horizon le Col de la Seigne. Enfin, le Chalet des Mottets, cachés dans
une combe, se dévoile. Petite pause au ravitaillement, et c'est parti (à
14h45) pour une montée pas trop difficile mais interminable, que j'avale
doucement mais régulièrement jusqu'au col. Un vent froid y souffle, je m'
élance pour redescendre rapidement vers le lac Combal, mais la douleur aux
genoux réapparaît, m'obligeant à marcher doucement et à amortir les chocs
avec les bâtons. Quelques centaines de mètres plus bas, un replat me permet
enfin de trottiner un peu, puis une série de lacets débouche sur une longue
piste plate et rectiligne qui amène au ravitaillement du lac Combal. L'arrêt
sera court, car il reste encore 3 km et 500m de dénivelé à monter, et 8 km
de descente jusqu'à Courmayeur, et il est déjà 17h45. On quitte enfin la
piste monotone pour suivre un chemin étroit qui s'élève sur une pente d'où
la vue sur les glaciers est magnifique. Le vent froid souffle fort, et je
franchis la crête après presque une heure d'ascension. Les premières
centaines de mètre de redescente sont difficiles en raison de mes genoux qui
coincent, puis le chemin devient plus facile. Au col Checroui, les gentils
organisateurs me proposent des pastas, mais marlgré l'envie de manger de
vraies pâtes italiennes je décline la proposition car il reste encore 800 m
de dénivelé négatif à descendre, et je sais que je ne pourrai pas aller
vite. La descente est ardue : des pentes très fortes sur des chemins
goudronnés que je tente de prendre en biais pour limiter les impacts. La
nuit commence à tomber, les lumières du village en contrebas brillent et j'
essaie de repérer le site de l'arrivée. Les minutes passent et je commence à
m'inquiéter pour la barrière horaire : tant pis pour les genoux, je cours
droit dans la descente. Ce faisant, je double quelques concurrents avant d'
arriver au village. J'accélère encore, ayant peur de devoir traverser toute
la vallée pour rejoindre l'arrivée, mais un habitant me rassure : l'arrivée
est à 5 minutes. Je regarde ma montre et me fixe un dernier objectif :
arriver avant 21 heures. Je franchirai la ligne à 20h58, après 16h58 de
course. CONTENT !
Gestion de la course :
Je m'étais inscrit pour le 110 km, mais au vu de ma forme et du temps qui
passait plus vite que prévu, j'ai décidé vers le Chalet des Mottets d'
arrêter à Courmayeur.
Des erreurs m'ont fait perdre du temps, comme m'arrêter pour grignoter ou
boire quelques centaines de mètres avant les ravitaillements, ou marcher sur
du plat pour mieux attaquer la montée, je n'ai jamais sorti le road-book du
sac pendant la course !. Par contre, je suis satisfait de la façon dont j'ai
avalé les montée, doucement, mais à un rythme régulier et sans jamais être
dans le rouge. Pour les descentes, j'ai perdu beaucoup de temps à marcher,
mais je préférai ménager mes genoux. Un collant long aurait certainement
limité le refroidissement. M'enfin, mon principal handicap était le manque d
'entraînement.
Equipement et alimentation :
Craignant beaucoup les ampoules et les échauffements, je me suis tartiné les
pieds de crème NOK (beurre de karité) : ça marche ! Pas une seule douleur,
pas une seule ampoule !
Sans rentrer dans des détails intimes douloureux, je recommande à tous ceux
qui se lancent sur ces distances avec un nouveau short de s'enduire de
vaseline ou équivalent.
Bâtons : +++
J'ai remplacé au dernier moment dans mon sac un K-Way par un coupe-vent
gore-tex épais : bien vu !
Regret de ne pas avoir pris de collant long (pour réduire les douleurs aux
genoux dans les descentes des cols) et de gants.
J'avais fait le choix de ne pas prendre la poche à eau, mais d'utiliser 2
bouteilles d'eau gazeuse de 1,25 litre. Buvant beaucoup aux ravitaillement
(de l'eau et du liquide énergétique « Squeezy »), je n'ai pas eu besoin de
reremplir les bouteilles.
En nourriture solide, j'ai grignoté au cours de la course une barre Grany,
une barre Ovomaltine et une Prince au chocolat, plus 200g de pâte d'amande.
Aux ravitaillements, j'ai glouti des petits pains aux raisins, des barres
Super U aux fruits rouges et des tranches de quatre-quarts. Je n'ai jamais
eu faim ni soif, ni de sensation de trop plein.
Avis sur la course :
Points positifs :
Site superbe et mythique.
Ambiance montagne de certains passages (Croix du Bonhomme, crête Favre).
Possibilité de choisir 70, 110 ou 150 km au cours de la course.
Accueil et dévouement des organisateurs et bénévoles (gros boulot d'
organisation, avec 3 pays traversés et 3 arrivées).
Balisage parfait.
Road-book très bien fait.
Site Internet complet.
Sac suiveur pour récupérer des affaires à Courmayeur et Champex.
Points à améliorer :
Certains concurrent ont été surpris par les conditions climatiques
(renforcer l'information sur la caractère montagnard du parcours et le
matériel conseillé).
Longues portions sur chemins carrossables.
Support à l'arrivée à Courmayeur limite (plus d'eau chaude pour la douche,
plus de masseurs, plus de lot de finisher).
Podium et remise des récompenses avant l'arrivée des derniers coureurs, pas
sympa pour l'ambiance (mais compréhensible au vu de l'écart des arrivées
entre les premiers et les derniers).
Ravitaillement trop léger aux Chalet des Mottets.
Problèmes dans le suivi en temps réel sur le site Internet.
Conclusion :
Course superbe, bien organisée (malgré les points négatifs ci-dessus), avec
bon esprit trail. La météo adverse a rajouté un petit parfum d'aventure bien
sympathique
Bien content d'avoir rencontré plein de zanimos.
Yapluka y retourner pour boucler la boucle !
La_Langouste
Ultra Trail du Mont Blanc . Voilà des mots qui résonnent dans mon esprit
depuis longtemps déjà . Depuis mon envie de participer à cette belle course.
Il y a trois distance au choix : 67 kms avec arrêt à Courmayeur (Italie ),
110 kms avec arrêt à Champex (Suisse ) , et le tour complet avec 150 kms
et retour à Chamonix .
J'opte pour le 110 kilomètres qui sera pour moi déjà un bel objectif .
U comme Ufo . Les Ultras Fondus sont une communauté de coureurs passionnés
et fêlés à la fois , les retrouver et en découvrir de nouveaux lors de ce
trail est pour moi un véritable plaisir .
T comme Tentation . Le Mont Blanc est un mythe à travers le monde . Le
défier , même sur une petite partie , est un rêve . En faire le tour ,
serait pour moi mon exploit. Tentation de toucher mes limites.
M comme Montagnes . Vu le parcours , c'est clair , cela se voit tout de
suite : avec des cols à plus de 2500 mètres d'altitude , des pentes à plus
de 15 % , les montagnards auront un avantage certain , quant à nous , les
mecs des plaines , ben , on fera comme on pourra.
B comme Beauté . Voilà là aussi une des raisons de mon déplacement dans les
alpes : la beauté des paysages . Côtoyer de près le Mont Blanc et admirer
ses différentes faces ainsi qu'avoir une vue majestueuse sur la vallée ont
penché énormément aussi dans mon choix .
J'arrive 3 jours avant le départ dans les alpes . Le mercredi donc , il fait
pour l'instant beau , le soleil est là , tout va bien . En écoutant la météo
du soir , il est annoncé pluie et orages à partir de vendredi . Optimiste ,
je me dis qu'ils se sont trompés !
Le vendredi je me rends à Chamonix pour le retrait du dossard et la pasta
party . Malheureusement , ils ( les gars de la météo ) avaient vu juste : il
pleut..
Mais bon , le plaisir de découvrir des UFO's , d'en revoir d'autres et l'
excitation à l'approche du départ font que la pluie est le dernier de mes
soucis . Pour l'instant du moins.
Je passe la nuit dans l'appartement d'Etienne et le réveil à 2H30 est un peu
dur . Je me prépare en vitesse , enfile ma tenue tout en déjeunant ( j'ai
opté pour le gâteau « Flap Jack « ) . 1 heure après , nous voilà sur la
ligne de départ . Nous faisons quelques photos avec les UFO's .
Je ne ressens aucun stress ni aucune tension lié à cette course . Pourtant
la distance ou le dénivelé pourraient me causer des maux de têtes . Il vaut
mieux positiver et se dire que l'on est à la recherche du plaisir .
Le compte à rebours est lancé : 5.4.3.2.1.Partez !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Le départ est tranquille et on s'élance dans les rues désertes de Chamonix
où parfois on rencontre quelques fêtards de la nuit , qui visiblement , se
demandent ce qui se passe . Ça papote tranquillement dans le peloton . J'ai
opté pour une tenue légère : tee shirt à manche courte ( estampillé Ufo s'il
vous plait ) et short . Bien sûr , j'ai ma frontale sur la tête en guise de
casquette . J'ai aussi décidé de prendre les bâtons de randonnée car je
pense qu'ils me seront très utiles . Durant ces premiers kilomètres
"bitumeux" , d'ailleurs , le bâton est un sujet de discussion très à la
mode ..
Puis on attaque les premiers sentiers . La nuit , tout est différent , la
perception des bruits , des distances , des obstacles , rien n'est
comparable au jour . Phil est à mes cotés , du coup cela me rappelle quand
on faisait équipe lors du raid 28 (voir le compte rendu sur mon site).
J'allume ma frontale mais quelque chose me chagrine : j'ai l'impression que ma
frontale déconne un peu et que l'éclairage n'est pas vraiment bien orienté
par rapport à mes sorties d'entraînement . Cela va m'occuper l'esprit
pendant quelques kilomètres et puis le déclic : « ben oui , gros naze que
tu es , tu l'as mal mise . « Je manipule l'engin et hop voilà , là c'est
bon . Je ne dis rien dans l'assistance , sinon ça va rigoler .
Coté paysage , même s'il fait noir , nous sommes à flanc de vallée dans une
forêt et dans le contrebas , nous pouvons voir les villages . Du moins leurs
éclairages , c'est un joli spectacle . Dans une nuit noire , voir toutes ces
petites lumières qui surgissent de nulle part , m'a toujours fasciné . Lors
de mes entraînements de nuit l'hiver dernier dans la région parisienne , je
restais parfois arrêté à voir au loin Paris et sa banlieue éclairées , alors
que tout est noir et silence autour de moi .
Mais ici , il faut pas trop traîner car il des barrières horaires..
Les chemins sont pour l'instant facile techniquement et nous rejoignons les
Houches pour un premier ravitaillement liquide après 8 kms de course . Au
ravitaillement , on se retrouve à plusieurs UFO's ( il faut dire qu'avec 60
participants inscrits , c'est sûr que l'on finit par se croiser )
Nous allons attaquer la première difficulté de la journée : le col de Voza .
On prend 500 mètres de dénivelé en 5 kms . Autrement dit , ça grimpe déjà .
Et hop , on marche . La montée se passe sans problème , les chemins sont
toujours « rapides « , et aucune difficulté technique n'apparaît à
l'horizon . J'alterne marche et course , comme de nombreux coureurs , et fais
équipe notamment avec Etienne , mon hébergeur de la nuit précédente mais
aussi compagnon de route lors de la Trans Oasis . Dans la descente de ce
col , je me remets à courir , d'ailleurs , je compte en profiter tant que
j'ai la force pour le faire et que j'ai pas mal aux jambes .
Le jour commence à se lever , j'ai éteint la frontale depuis belle lurette
mais je décide de l'enlever uniquement au prochain ravitaillement . Le jour
s'est levé avec ses premiers mauvais signes : car , on ne peut s'empêcher de
lever les yeux au ciel et de voir que les nuages sont gris . bref , que le
soleil sera certainement pas de la partie .
La pluie est toujours le dernier de mes soucis.
Les paysages sont verdâtres , de temps en temps on croise des agriculteurs
avec leurs vaches . Et hop , on se pousse un peu car les bêtes sont assez
imposantes et j'ai pas envie de recevoir un coup de tête . Entre Champel
(kilomètre 19 ) et les Contamines ( kilomètres 24 ) , il s'agit d'une partie
de parcours plus nerveuses , c'est une succession de montées et de descentes
assez brèves , qui conviennent parfaitement aux trailers des plaines comme
moi . De petits groupes de coureurs , plus ou moins espacés , se forment ,
se croisent , se regroupent et se défont sans aucune logique . Par contre ,
il commence à pleuvoir . Ca déjà , c'est moins bon . Je décide de faire
rapidement un petit arrêt et de sortir du sac de quoi me protéger . J'ai
deux choix , soit ma veste gore tex , soit une veste plus légère . J'opte
pour la seconde en me disant qu'à Courmayeur , si je repars , je serais bien
au sec avec la gore tex . Ai je fait le bon choix ? L'avenir proche me le
dira . J'en profite également pour enlever la frontale .
La pluie ne me fait pas peur..
Nous arrivons aux Contamines au premier ravitaillement solide à trois UFO's :
« Nitram » , un coureur que je connaissais pas mais fort sympathique ,
Etienne et moi même . J'en profite pour boire 2 à trois verres ( comme au
premier ravitaillement ) et je mange quelques morceaux ( chocolat , barres
de fruits ) . Je repars juste avant mes compagnons mais il ne s'agit pas d'
une tentative d'échappée , c'est juste pour prendre de l'avance dans le but
d'aller au petit coin.
La pluie s'arrête et reprend parfois . Pour l'instant , elle ne me dérange
pas d'autant plus qu'elle en rend pas la progression plus difficile .
Certains diront , c'est dommage ces nuages bas , ça gâche la beauté des
montagnes . Personnellement , je trouve que cela fait un peu apocalypse ,
style fin du monde . Alors profitons en , courons !!!!!!!!!
Surtout que nous sommes dans la plaine et que le parcours est agréable ,
plat et on en plus on longe une rivière .
Aux alentours de Notre dame de la Gorge , le parcours est plus compliqué :
il faut non seulement monter , mais aussi faire attention sur les chemins
car il s'agit d'une partie très rocailleuse avec de nombreuses dalles . Ça
glisse parfois mais avec l'aide des bâtons , l'équilibre est plus facile à
trouver . Nous progressons toujours à trois dans cette montée . Nous
discutons de tout et de rien , en fait , nous apprenons à nous connaître ,
pour l'instant tout les voyants sont au vert , l'alternance marche / course
y est pour beaucoup.
Un photographe apparaît , assis sur son siège . Et voilà une belle
photographie . Nous continuons ensemble jusqu'au ravitaillement de la Balme
( kilomètre 32 ) . Les choses sérieuses ont déjà commencé depuis plusieurs
kilomètres : On ne fait plus que grimper , et donc marcher , du moins pour
nous .
La pluie est toujours là , de plus en plus présente . Les chemins sont un
peu plus glissants maintenant mais le moral est toujours là .
La pluie , je crois qu'elle fait partie intégrale du décor .
A partir de ce ravitaillement , la pluie redouble d'intensité , avec en
prime , le vent , qui commence à souffler . Je repars avec Etienne , «
Nitram « ayant décidé de passer la vitesse supérieure . Etienne décide
alors de sortir son poncho « Adidas « . Contre la pluie , je sais que l'
efficacité est excellente mais avec le vent , j'émets des réserves . « T'
inquiètes , tu vas voir « qu'il me répond .
La montée au col du Bonhomme est longue et dure . Il y a des passages
difficiles , surtout à cause de la pluie . Des chemins de boue commencent à
se former et parfois , les pieds glissent . Heureusement , j'ai les bâtons
pour me maintenir . Plus personne ne parle . Je commence à avoir un peu
froid . Il faut dire que ma veste légère protège super bien de la pluie ,
par contre du froid glacial .
Enfin , nous arrivons au col du Bonhomme . Altitude 2500 mètres . Bienvenue
en enfer , je dirais même . Je plante le décor : Pluie ou neige fondue ,
bourrasques de vent qui vous font dévier soudainement du sentier , nous
sommes dans les nuages ( ou brouillard ) et la visibilité est de suite
tomber à une vingtaine de mètres devant . La situation se complique
dangereusement à cet endroit du parcours . Et en plus , j'ai devant mes yeux,
depuis de nombreuses minutes , un fantôme noir qui déambule sur les
sentiers . On dirait que ce fantôme noir qui essaye de s'envoler . Noir ,
comme la couleur du poncho d'Etienne . Car , ce dernier est juste devant moi,
qu'il a du mal à maintenir le poncho à cause du vent , et qu'il doit
lutter pour que celui ci ne lui gène pas la vue . La bataille fait rage et
on dirait bien un fantôme , comme en voit dans les séries B à la télé .
"Ouuuuuuuuuuhhhhhhhh , je suis Etienne..." , je rigole de la situation .
D'ailleurs , on profite de ces conditions ( oui on aime ça ) en prenant des
photographies . Nous ne nous éternisons pas trop car il fait vraiment froid.
Nous rejoignons la Croix du Bonhomme , toujours dans ces conditions
météorologiques difficiles . Bientôt la descente s'annonce.
La pluie ne s'arrête pas , j'ai l'impression qu'elle est collée à mes
chaussures.
Ça y est , nous amorçons la descente . Du coup , les conditions sont un peu
plus clémentes . Le vent ne souffle plus du coté de ce versant . J'en
profite pour courir un peu , ça fait du bien moralement . J'expérimente la
ligne droite , à la manière des ténors du trail . D'une part parce que j'en
vois certains le faire et d'autre part , les sentiers sont devenus très
boueux et très glissants , après le passage de nombreux coureurs et qu'il
est plus sécurisant de courir dans l'herbe humide . Enfin presque.
J'aurais l'occasion de glisser deux ou trois fois dont une belle frayeur :
Si chaque fois , je me rattrape avec les bâtons , ce coup ci c'est loupé ,
je pars en arrière , chute sur le sac à dos , et hop , c'est parti pour une
belle glissade . Le sac faisant office de luge ( ils sont très polyvalents
les sacs raidlight je vous dis ) , je m'offre involontaire une descente sur
une bonne quinzaine de mètres . Non seulement j'arrive pas à m'arrêter ou
freiner , mais en plus je prends de la vitesse.heureusement je finirais ma
course dans le sentier en contre bas . Je ne sais pas si le spectacle offert
à quelques concurrents les a refroidi , en tout cas , tout le monde , y
compris moi même , finissons cette descente sagement en empruntant la
totalité des sentiers , tous en file indienne.
La pluie continue toujours , plus fine mais toujours présente.
Nous voilà dans un petit village en contrebas des montagnes , il y a un
point de contrôle où les bénévoles nous annoncent le refuge des Mottets à 30
minutes . On ne saura jamais si les bénévoles parlaient du trajet effectué
en voiture , en hélicoptère , en jet ski , ou en vélo . En tout cas , la
montée bitumée sera un véritable calvaire . certainement pour avoir espérer
le ravitaillement à 30 minutes , il nous faudra moins de temps pour
constater que l'on est bien plus loin que cela . Dans cette montée , je me
retourne souvent car Etienne a disparu de mon chant de vision . Je
m'inquiète car , même si je descends un peu plus vite que lui , il aurait du
me remonter dans cette ascension .
Si la pluie nous a abandonné pendant quelques temps elle est vite revenue
signaler sa présence..
Voici enfin le refuge des Mottets à 1870 d'altitude . Et là une très grosse
surprise m'attends . Mes parents sont là , aussi trempés que moi . On se
fait la bise , ils prennent des nouvelles. Je réponds que ça peut aller ,
sauf que j'ai froid . Nous prenons des photographies . Mon père me dira que
les conditions s'améliorent un peu jusqu'à Courmayeur . En tout cas , il
aura la réplique exacte : « Décidément , tu as de la chance , chaque fois
que tu fais une course en montagne il fait mauvais. « Il fait allusion à la
Fila Sky Race de l'année dernière où les conditions avaient aussi été dures.
Je me ravitaille tranquillement , je remplis ma poche à eau . Et toujours
pas d'Etienne . Voilà au moins dix minutes que je suis aux Mottets . Enfin
le voilà qui arrive . Il m'expliquera qu'il a encore des problèmes
d'alimentation et qu'il rejette tout ce qu'il avale . Arf , pas de chance .
Je décide de l'attendre avant d'attaquer la montée au prochain col . il y a
aussi « Jésus « des UFO's . On en profite pour prendre encore des photos
et hop , on repart . De suite , on est dans le vif du sujet . Ça grimpe dur
et fort de suite après le refuge . Le vent gronde à nouveau .
Quant à la pluie , vous l'avez deviné , elle est toujours là . A croire que
quand je fais un pas , elle en fais un aussi.
Dans cette montée , Etienne a du mal . Visiblement il est pas dans son
assiette . Plus on monte , plus Etienne devient un petit point . Je suis en
compagnie de « Jésus » , on alterne marche et petite pause , au milieu d'un
troupeau de moutons . Ils sont tellement nombreux que je m'amuserais pas à
les compter . En tout cas , leurs laines me réchaufferaient bien. Après une
longue montée , nous arrivons au Col de la Seigne , à 2520 mètres d'altitude.
Je prends « Jesus » en photo avec comme fond le Mont Blanc . Enfin , ce
que l'on peut en deviner malgré les nuages toujours aussi présents.
Je lui dis de continuer , je décide d'attendre Etienne . Je retourne en
arrière et certains coureurs me regardent , d'un air de dire que celui là ,
il est fêlé ou il a perdu quelque chose. Après plusieurs minutes , Etienne
arrive . Ça ne va pas mieux . Re photo . Nous attaquons ensemble la descente
et Etienne me dit de continuer seul . D'après mes estimations , il y a une
descente puis un long plat et nouvelle descente sur Courmayeur . Je décide
de le laisser et comme je me sens bien , j'y vais en courant . Enfin ,
j'alterne marche et course car pour moi , il est toujours question de
continuer jusqu'à Champex .
Sur le plateau qui mène jusqu'au lac Combal , c'est plat comme dans nos
plaines parisiennes . Du coup , j'en profite pour courir ; Je suis surpris
de la mécanique humaine . Même si des douleurs sont là , la volonté permet
de surpasser tout cela .
J'arrive au lac de Combal et je fais une petite pause . Mon entre jambe me
fait souffrir à cause d'un début de brûlure . Je décide de remettre une
couche de crème nok . Il y aussi un ravitaillement , j'en profite pour boire
et m'alimenter.
Je repars tranquillement . Et là , je vais m'apercevoir que j'ai foiré dans
mes estimations . Pauvre Etienne.
Au fait , il pleut plus.
En effet , j'avais oublié un col sur le chemin . Donc , vous l'avez compris,
on remonte . Cette ascension est longue , d'autant plus longue que
maintenant les écarts entre concurrents sont plus grands . Parfois , au loin
j'en vois un , parfois j'en double un qui me redouble 200 mètres après .
Tout le monde souffre en silence . Si la pluie a disparue , ou presque ,
c'est le vent glacial qui a pris la relève . Et là , j'ai vraiment froid . Les
sentiers sont assez roulants , heureusement je dirais . Mais ça grimpe
toujours , en fait je le savais pas , mais on remontait à 2450 mètres ,
alors forcément , les pentes sont parfois raides . Plus loin , sur une
pierre , je vois l'inscription « Normandie « . Je n'en pense rien et après
quelques virages je comprends tout : des vaches à perte de vue , qui
broutent paisiblement l'herbe . Je souris en repensant à l'inscription . Il
y en a même sur mon sentier . Allez , un petit coup de bâton sur le train
arrière de l'animal , et hop , il se pousse . Non mais , il va pas
m'arrêter en si bon chemin . Si je fais plus attention à l'endroit où je mets
les pieds , c'est surtout pour éviter les bouses de vaches , très nombreuses
par ici .
Il fait froid , mais la pluie a pris du retard sur mon allure . Tant mieux.
Après l'arête du Mont Favre ( 58ème kilomètre ) , c'est la descente qui
commence . On alterne faux plats descendants et descentes . Je recommence à
courir un peu . Ahhh , ça fait du bien . Je suis seul maintenant . Je
regarde les paysages tout en continuant d'avancer . c'est magnifique malgré
le ciel gris . Et quel silence , c'est tout simplement divin.
J'arrive au ravitaillement du col Chécroui . Je m'arrête et je me ravitaille.
Tiens , ils parlent français ( car je le signale , nous sommes en Italie ).
Et ben , j'aurais mieux fait d'être sourd . Car ils discutaient des
conditions météorologiques après Courmayeur . J'ai pris un coup au moral car
dans les conditions énoncées , je sais que je suis pas équipé pour continuer.
Néanmoins , Courmayeur n'est plus très loin , je préfère m'élancer et décider
ensuite de la tournure des évènements .
Au fait , ils annonçaient de la pluie orageuse pour la nuit , cela me
changera pas trop.
La descente sur Courmayeur fut un véritable calvaire pour mes cuisses .
Longue et cassante descente . Chemins larges certes mais impossible de
marcher dans ces descentes , en tout cas , moi , j'y arrive pas . Je cours
tout en grimaçant et je vois Courmayeur se rapprocher . A petits pas , je
vois la fin de cette première partie du parcours . De zigzags en zigzags ,
Courmayeur m'ouvre ses bras . Les chemins rocailleux font place à une route
goudronnée . La pente s'adoucie au fur à mesure de mon arrivée sur la ville.
Et voilà , je me trouve seul à l'entrée du village . Quelques
applaudissements sont là , je me remets à courir quand je vois mes parents .
Je traverse les ruelles désertes en leur compagnie , en marchant .
J'apprends de mon père que les conditions climatiques ne vont pas en
s'arrangeant et que vu ma tenue légère de "danseuse des plaine" , il va
falloir penser à s'arrêter . Il ne fait que confirmer mes doutes .
Dommage , car j'avais oublié la pluie depuis plusieurs kilomètres.
Après un peu plus de 14H , j'arrive à Courmayeur , je dis à l'organisation
que j'arrête là , je récupère mon tee shirt , mon sac et file au vestiaire .
A ce moment là , ils affichent le dernier bulletin météo . On ne sait jamais.
Pluie orageuse , neige à partir de 2100 mètres , températures proche de
zéro , bref , rien de bon et je suis soulagé d'avoir pris une bonne décision.
Au final , très belle course , et déjà rendue mythique par les conditions
climatiques . bravo pour l'organisation qui a fait presque un sans faute
pour la première édition . Nous pouvons , les coureurs , remercier
chaleureusement tous ces bénévoles qui ont affronté la pluie , le froid , la
nuit , pour nous accueillir avec le plus grand sourire.
Personnellement , je suis assez content de moi . Quelques douleurs
musculaires ( la dernière descente a fait mal ) , des ravitaillements dans
l'ensemble bien gérés ( pour une fois , j'avais emporté jusque ce qu'il
fallait ) , une bonne maîtrise des bâtons ( enfin il me semble ) ..voilà mes
points positifs . Par contre , gros point négatif concernant ma tenue
vestimentaire . J'étais vraiment parti léger et je n'avais pas prévu des
vêtements adaptés à l'effort en montagne ( cuissard long , tee shirt manche
longue , polaire..) , il ne faudra pas que je me fasse avoir la prochaine
fois.
Les photos sont sur le site de Pouic-Pouic
Fin octobre, à une réunion du comité de course hors stade de Haute-Savoie,
je découvre une plaquette présentant cet ultra trail du tour du Mont-Blanc.
Vu que ma saison 2003 sera une saison de trail, cette nouvelle course sera à
n'en pas douter à mon programme. Quelques trails jusqu'à fin juin, une
coupure de 10 jours à la mi-juillet et une préparation spécifique arrêtée
deux semaines avant l'échéance afin de faire du jus.
Vendredi 29 août : grasse matinée, petit-déjeuner, un peu d'internet, un
plat de pattes et une sieste. Je n'arrive pas du tout à dormir, normal car
je n'ai pas du tout de sommeil en retard. Je prépare mes affaires et pars
afin d'arriver pour le briefing à 18h. J'arrive pour le début de celui après
avoir trouver facilement les lieux mais moins facilement une place pour se
garer. La principale info est que le parcours est allongé de 3.5 km afin d
'éviter le col des Fours et se descente rendue dangereuse par les dernières
pluies.
Je reconnais les zanimos à leur bérets bleus, présentation et nous allons
manger. C'est mon 3ème repas en 9 heures alors je n'ai pas vraiment faim.
Dans le même bâtiment, nous trouvons une pièce pour passer la nuit. Il y a
là le T-Rex, la langouste, le Festnoz et moi-même. Nous regardons les
championnats du monde à Paris et éteignons vers 22h. Comme prévue, je n'
arrive pas à dormir. Comme je n'ai pas regardé ma montre entre 0h30 et 2h20,
j'ai peut-être réussi à dormir.
Lever à 2h45. Je mange 2 cookies, rassemble mes affaires et retourne à ma
voiture pour me changer et préparer mes sacs. Bonne nouvelle, il ne pleut
pas. Je rejoins le centre de Chamonix 20 minutes avant le départ, quelques
étirements, derniers pipis et je me place pas trop loin de la ligne afin d'
éviter un possible bouchon. Le compte à rebours et le moment tant attendu
est enfin là.
Les premiers kilomètres sont sur route, je pars tranquille. Tiens mon cardio
ne fonctionne pas, je l'approche de l'émetteur pour l'initialiser et j'
obtiens 131, valeur correcte pas trop affectée par le stress de départ. La
vieille, j'ai réglé mon cardio sur une mesure sauvegardé toutes les 15
secondes, me permettant ainsi de dépasser les 14h53 d'enregistrement permis
par un réglage toutes les 5 secondes. J'ai également préparé de la boisson
énergétique pour refaire le plein de ma poche à eau et de boites en
plastique à Courmayeur. Après avoir longtemps hésité, ces petits détails
montrent que je suis parti pour aller jusqu'à Champex. Le parcours étant
annoncé roulant, j'ai hésité à essayer d'aller le plus vite possible à
Courmayeur afin de faire une bonne place, en comptant sur le fait que les
meilleurs continuent le parcours. 2 objectifs plutôt antinomiques.
Fin de la route éclairée et début d'un large chemin surplombant l'Arve. J'
allume ma frontale et teste pour la première fois la course de nuit noire.
Pas évident, je ne vais pas vite alors les coureurs qui étaient à coté de
moi me lâchent et je fais une petite portion seul. Ma tikka petlz est un peu
limite dans ces conditions. Alors quand je me fait rejoindre, je m'efforce
de suivre, légèrement décalé sur le coté. Des très courtes montées et
descentes sur un chemin sans pièges. Une montée plus longue " qui dure
environ 5 minutes " d'après le road-book que je ferais en pile 5 minutes.
Fin du chemin, de la route et un éclairage qui revient.
Première pause pipi. J'arrive plus loin aux Houches au bout de 50'. Je bois
un peu d'eau au ravitaillement pour me changer de faible goût du maxim
neutre. J'ai dans mon sac une boite pour 1l de maxim neutre et une autre
boite pour plusieurs recharges complètes en Maxim electrolyte. Je repars du
ravito et attaque très vite la montée du col de Voza. Le début est difficile
sur un bon chemin. Je suis rejoint par Michèle Leservoisier (2ème féminine à
Champex) avec qui je discute un peu. On retrouve des pourcentages plus
variés sur route. Cette fois, c'est Werner Schweizer (5ème au scratch à
Chamonix) qui me passe. On retrouve un bon chemin qui monte de façon
régulière. Je remonte des concurrents en marchant sans forcer (153
pulsations de maximum sur cette montée, 860 m/h de vitesse ascensionnelle
moyenne). La fin est moins dure avec quelques paliers. Une courte descente
et on arrive au 1er pointage et au ravitaillement. Je suis partie avec ma
poche à eau pleine ainsi qu'une bouteille de 75 cl à moitié remplie. N'étant
pas sur d'arrivé au prochain ravitaillement sans avoir vidé ma poche à eau,
je remplis ma bouteille et bois un peu d'eau ; 1'39 d'arrêt. Km 13, 1h39.
C'est parti pour la descente, de nuit sur terrain inconnue. Heureusement, le
chemin est très bon et j'arrive à suivre quelques coureurs et profite ainsi
de leur lampe. Cela se passe bien. Le parcours est varié : descente, plat,
montée, route, chemin, sentiers en foret. Un second arrêt pipi au court
duquel j'enlève ma veste et range ma polaire, le jour s'étant levé. Plus
loin, en suivant les coureurs, je ferai ma seule erreur de parcours de la
journée. Heureusement qu'un coureur plus attentif nous rappellera à l'ordre.
Un dernier morceau de descente sur route et j'arrive au ravitaillement
complet des Contamines. KM 24, 2h59. Je viens juste de boire les dernière
gouttes de ma poche à eau, c'est parfait car je n'aurai ainsi pas à mélanger
les boissons. Je m'assois sur une chaise, enlève un caillou d'une chaussure,
salut Mr Leservoisier, remplis ma poche à eau et repars après 6'03 d'arrêt.
Le coureur solitaire est reparti juste devant moi. Je le rejoins dans la
courte descente pour rejoindre les berges du Bon Nant. Je prends
connaissance de son état de santé après sa maladie du début de semaine puis
le distance légèrement. Il me repasse lors de mon 3ème arrêt pipi. Je le
rejoins sur ce chemin presque plat. Nous arrivons à Notre-Dame de la Gorge,
véritable début du col du Bonhomme. Il pleuviote depuis quelque temps déjà
et les dalles que le dino m'avaient annoncés glissantes ne le sont pas
tellement. Je remarque Michel Poletti, l'organisateur de la course, une
dizaine de mètres devant moi. Je le rejoins et salut. Le coureur solitaire,
à qui j'avais pris quelques mètres en fait de même. Je continuerais la
montée à une dizaine de mètres devant eux à écouter leur conversation. La
pluie s'intensifie alors je remets ma veste, 1 minute plus tard, l'eau s'est
arrêté.
Un replat où je recours et distance les deux UFO. 4ème arrêt pipi. Je
commence à me demander ce qu'il m'arrive à avoir envie aussi souvent. Mon
urine a toujours était claire et je ne penses pas avoir trop bu. Vu la
chaleur, j'ai très peu transpiré mais cela ne ma satisfait pas comme
explication. La pente se fait plus raide et j'arrive au ravitaillement léger
de la Balme, un coup d'eau et je repars. Je monte bien, rejoins des
coureurs, sauf sur la fin de la montée où c'est l'inverse, Michel Cerceuil
notamment. Un 5ème arrêt pipi. J'arrive au col du Bonhomme. Nous empruntons
alors un chemin vallonné et technique qui mène au col de la croix du
bonhomme. Michel Poletti me rejoins et distance. Je progresse prudemment.
Passage au sommet, 2472 mètres d'altitude et 2490 mètres de dénivelé depuis
le début, d'après ma montre, 5h23 de course.
Depuis le début de la course, le plafond nuageux est bas alors les sommets
ne sont pas visibles, tout juste le bas des glaciers, heureusement, pas de
brouillard. Je descends doucement, comme d'habitude dans ce genre de
descente trop minérale à mon goût. 6ème arrêt pipi. Le coureur solitaire me
rejoins, trouve que je manque de souplesse et continue sa route. 7ème arrêt
pipi. Je vois une maison et un pont, pense que c'est les Chapieux mais non,
c'est encore plus bas. Je m'assois sur le pont pour remplir ma poche à eau
vide avec l'eau de ma bouteille de réserve ainsi que du maxim neutre, 3'31
pour cet arrêt. Un peu plus loin, je fais mon 8ème arrêt pipi. A partir du
pont, la descente se fait sur un chemin carrossable plutôt herbeux, j'
apprécie beaucoup plus ce genre de descente où je peux dérouler ma foulée.
Quelques virages coupés et j'arrive aux Chapieux (6h14). Un pointage mais
pas de ravitaillement.
Suit une longue portion sur route qui monte par paliers. 9ème arrêt pipi. J'
alterne la marche et la course sur les quelques replats alors que les autres
ne font que marcher. Première alerte, une douleur à la hanche gauche et à un
tendon du genou gauche. Cela me fait boiter quelques mètres mais s'atténue
rapidement. Un chemin plat nous mène à la ville des glaciers. 10ème arrêt
pipi. Une courte descente pour traverser un torrent et cela remonte en
direction du refuge des Mottets. Les deux douleurs se font à nouveau sentir,
de manière un peu plus aiguë. Je double une caravane de randonneurs et
arrive au ravitaillement. Je fais le plein de ma poche à eau et de ma
bouteille.
Grâce à cette pause de 7'13, cela va mieux en repartant et j'effectue la
début de la montée du col de la Seigne à un bon rythme. Je coupe même droit
dans la pente afin de ne pas devoir doubler un groupe par le chemin. 11ème
arrêt pipi. Il fait plutôt froid, surtout aux mains et je n'ai pas pris de
gants. J'irai de moins en moins vite au fur et à mesure que j'avance dans
cette montée interminable, boueuse par endroit mais avec de nombreux
replats. La pente est faible sur le sommet mais le vent est violent. 12ème
arrêt pipi une fois passé le sommet (2490m).
Je descends doucement, en alternant marche et course. Mes quadriceps ont
déjà été beaucoup sollicité. Je me fais une nouvelle fois passer par plein
de monde. 13ème arrêt pipi. J'apprécie quelques replats où je peux courir
sans avoir à me retenir. Je vois plus bas le chemin à parcourir : une longue
ligne droite plate. 14ème arrêt pipi dans les grands lacets que l'on coupe
par un chemin qui nous mène dans la vallée. J'apprécie la longue portion
plate sans une piste sans difficulté. 15ème arrêt pipi peu avant un
ravitaillement. Je fais le plein de ma poche à eau. Il reste 12 km à faire,
on nous annonce que le premier a mis 1h50 pour les parcourir.
100 mètres après la ravito, on tourne à droite et c'est parti pour la
dernière montée. Je prends un rythme lent mais sans pause. Le cardio ne
dépassera pas les 140. Je change de lunettes pour mettre celles de soleil.
16ème arrêt pipi. La montée, d'abord en foret mais dans les prairie, est
assez régulière et pas trop raide. 17ème arrêt pipi. Le ciel est dégagé et
le soleil me réchauffe. Passage au sommet de la dernière difficulté. La
descente jusqu'au col de Chécroui se fait par paliers. 18ème arrêt pipi. Mes
douleurs du col de la Seigne ont disparus. A part mes quadriceps qui ne me
permettent pas de descendre vite, je vais encore bien. 19ème arrêt pipi. Je
quitte ma veste car le soleil a bien réchauffé l'atmosphère.
Arrivé au ravito du col de Chécroui. Je fais une dernière fois le plein de
ma poche à eau, mange 2 abricots secs et repars pour les 5 derniers
kilomètres. 20ème arrêt pipi. Cette dernière descente, principalement sur
des pistes de ski bien raides et horrible. J'alterne la marche et le
trottinement. 21ème arrêt pipi. J'aperçois Courmayeur plus bas et j'ai hâte
d'être en bas. Un peu de route qui devient plate pour traversée le village
de Dolonne. Je me fais plaisir à accélérer, mes jambes vont encore bien
quand cela est bien plat. L'arrivée est à la sortie du village. Je passe la
ligne à bonne allure mais n'hésite pas une seconde quand on me demande si je
continue : c'est non. Avec mes 11h30 de course, j'ai déjà plus que doubler
mon temps de course le plus long, les conditions météo sont annoncés
mauvaises sur la suite du parcours et je n'ai pas envie de recourir de nuit.
Arrivé suffisamment tôt, il reste quelques tee-shirt finisher 67 km, en fait
70 km avec 4055 m de dénivelé à ma montre. Je récupère mon sac, vais à la
douche. Comme elle est froide, seuls les jambes y ont droit. Je me prépare
ma boisson de récupération, vais au ravitaillement et retourne près de la
ligne d'arrivée pour attendre les zanimos. Arrive le Dino, qui arrête, suivi
de peu par le Festnoz, qui veux dépasser les 70 km, ayant déjà fait cette
distance cette année. Je vais manger et en revenant, vois le bourrin qui
vient d'arriver. Je rentrerais avec lui par le car. Une fois à Chamonix, je
n'ai pas eu le courage d'attendre alors je suis rentré chez moi.
Quelques remarques :
a.. 21 arrêts pipi en 11h30 de course, 4 en moins d'1h. Je n'ai pas
compris pourquoi. Pas de défaillance ni coup de barre. En plus de ma
boisson, j'ai mangé 3 gels et 2 barres.
b.. Vraiment dommage de ne pas pu avoir profiter de la vue sur les
montagnes environnantes.
c.. Parcours très bien balisé, une seule petite erreur pour moi pour avoir
suivi sans réfléchir
d.. Une confirmation de mes trails précédents en montagne : je perds
énormément de temps en descente alors je finis tranquille dans un bon état
général. Mes trails de fin de saison ne sont pas en montagne, je verrai ce
que cela donne.
e.. Un parcours plus difficile que je ne pensais par la répétition des
longues montées et la technicité des descentes.
Conclusion : je suis bien content d'avoir participé à cette première édition
et je tiens à féliciter tous les courageux qui ont continuer après
Courmayeur.
Le T-Rex 1ère partie
Au sortir du marathon de Paris au printemps, j'ai cherché un trail
plutôt long à préparer pour l'été. Après un rapide coup d'oeil sur les
divers calendrier et après avoir éliminé les impossibles pour cause de
transhumance, je jette mon dévolu sur l'UTMB. 67 kms, 3750 m de D+,
l'idée est de progresser sur la plus grande distance parcourue et le
dénivellé effectué en une seule course. Mes perfs précédentes
étant de 55 km et 3050 m de D+ à la 6000 D deux ans auparavant. Je
m'inscrit avant le 1ier juin.
Cette course m'offre l'énorme avantage d'être placé à la fin de mes
deux mois de vacances, tip top pour l'organisation de mes séances
sans mettre à mal la vie de famille.
J'avais prévu de faire le trail de Faverges en prépa, mais en juin je
me suis fait une petite contracture aux ischio. Je renonce donc à
cette course en me disant que je pourrais éventuellement faire le
marathon du mont-blanc, que je ne ferais pas non plus. La fin d'année
fut plus difficile que prévue et je commence les vacances avec une
vive douleur au pied gauche. Doc et radio pour effacer les doutes
concernant une fracture de fatigue, et repos plus glace et
anti-inflamatoire locaux et oraux auront raison de cette douleur qui
m'empéchait de courir. Nous sommes le 10 juillet et je n'ai pas
vraiment pu m'y mettre...je vais donc nager pour ne pas gâcher en
attendant que le pied aille mieux. Je ronge mon frein.
Je cherche un trail autour du 30 juillet pour faire une course 1 mois
avant l'utmb mais ne trouve rien. Alors je me rabat sur l'organisation
d'une rando montagne sur 6 jours sur le GR 5 entre Thonon et Les
chappieux. 120 kms et 7000 m de D+ et autant en D-. Un p'tit tour chez
Le Tartarin de Bormes, la rando tip top plaisir avec mon épouse
("c'était marche ou crève !" dira t elle après) et nous sommes déjà au
6 août. Je planifie les 15 derniers jours d'entraînement avant de
relâcher et c'est reposé et fort de plus de 15 000 m de D+ que je
prépare mon sac pour partir ce 29 août au matin. J'ai emmené, juste
avant de partir ma millet goretex dans mon sac, on ne sait jamais.
Bien entendu, j'ai prévu tout ce qu'il faut en vétements et ravito
pour faire la première étape et la deuxième au cas ou.
Je fais rapidement les 1h10 qui me sépare de Cham sous un ciel très
changeant. Il a plu les trois jours d'avant et la météo est tout
simplement calamiteuse pour le samedi matin jusqu'au dimanche midi.
J'arrive sur le parking devant le lycée de cham et cherche une
place...dur dur...ah tiens y a un gars qui s'en va...mais il a un
bérêt bleu le bougre...c'est L'bourrin que je reconnais du premier
coup d'oeil...hop je le bloque par ci, par là...y comprends rien :-))
ca me fait marrer et je vois Biopuce qui s'énerve aussi...je cris..
Bourrin et ça fait tilt...on cause 5 minutes et ils repartent.
Je file vers la salle et rencontre devinez qui ????? L'festnoz.
Curieuse coïncidence...la dernière fois que cela nous était arrivé
c'était aussi dans les mêmes circonstances à la 6000 D.
Nous allons chercher les dossards, et faisons un stand by chez les
UFO. Trop cool de voir réunis là tout un tas de forumistes UFOU et de
faire connaissance de gens aussi divers qu'agréable, gentils et
stressés par...la météo.
Briefing. Michel Poletti nous accueille avec émotion. Tous le sont un
peu. Je l'étais. L'ambiance, les bérêts bleus rassemblés (La
Langouste, Biopuce, L'bourrin, La sauterelle (sans bérêt bouuuuuhhh)
et j'en oublie...sorry les gars), le discours rassurant sur la
météo... tout fut gouté avec plaisir..On y étais enfin.
Pasta party, deux assiettes de pates et quelques autres mets pour
faire le plein et nous partons à la recherche d'un salle pour dormir.
Quand je retrouve le groupe nous sommes dans l'infirmerie du lycée et
il y a des matelats :-)) et la télé...nous regardons un peu les chpts
du monde et éteignons la lumière vers 22h30 pour une nuit de 4h00.
Elle n'en fera que 2h30 pour moi....l'arve fait un bruit monstrueux en
contre bas, débit impressionnant...et même avec les bouchons je l'ai
entendu toute la nuit...
P'tit dej gatosport et café...je passe à la voiture et hésite entre ma
veste millet et mon KWAY 2000, respirant aussi mais un peu moins
chaud... je prends le Kway...
Le départ est au centre de cham...c'est magique. Les spots, l'arche,
les coureurs, la nuit. J'suis bien là et c'est tant mieux. Compte à
rebours, c'est déjà le bonheur.
Le T-Rex 2e partie
Zéro.... c'est parti
Pas besoin d'allumer la frontale, les rues sont
éclairées. Il est 4 h00 et pourtant il y a des lève-tôt, ou des
couche-tard qui encouragent le peloton.
Nous sortons de cham et empruntons un sentier. Allumage de la
frontale. Les cyalumes promis sont bien là. Je m'arrête pour retirer
le kway, pas de vent et températures assez douce. Je retrouve
L'Festnoz et nous faisons un bout de chemin ensemble. Je me bat avec
mon cardio, qui ne veut pas s'initialiser...étrange...il refusera de
fonctionner alternativement sur tout le parcours.
Je prends du plaisir à découvrir la course de nuit. Ma ticka + de
petzl est bien suffisante. L'ambiance est toujours bonne. Je coure
doucement et bientôt, étrangement, je me retrouve quasi seul. Personne
à mes cotés. Je suis heureux d'être là.
Je laisse des coureurs me passer dans la descente douce vers les
houches. 1h00 de course environ et dès le ravito passé nous entamons
la montée vers le col de Voza. Rapidement la route s'élève fortement,
cela durera presque jusqu'en haut. Quelques petits faux plats tout de
même. Je marche bien entendu et discutte avec des coureurs.. c'est
cool. Il fait toujours relativement bon pour un matin. Je m'arrête
dans la montée pour faire une photo du serpentin de lumière qui monte
le col avec la vallée en lumière au dessous. J'ai aimé.
Le col arrive après 2h10 d'effort, les bénévoles sont tous très sympa
et dévoués. Ca compte. Je contrôle ma poche à eau d'hydrixir, il reste
1.3l. C'est bon. Je remets mon kway. Le prochain est aux contamines
et il y a des bassins d'ici là. Je mange une part de quatre
quart et prend un pain aux
raisins. J'avalle un tube de gel dans la descente raide qui nous
mènera à Bionnassay. Le jour se lève et je demande à un compagnon de
route de poser ma frontale dans mon sac. Tout va bien, je retrouve
avec plaisir des endroits ou mon épouse et moi même sommes passés lors
de notre rando de l'été. Ceci me permet de bien géré les petites
difficultés qui arrivent tour à tour. Le passage dans la forêt est
sympa, les torrents qui descendent des glaciers sont impressionnants
de force.
3h41 de course m'amène aux contamines. Arrêt au stand et remplissage
de la poche à eau avec du malto, histoire d'alterner le goût sucré
avec le neutre. Je repars après m'être rassasié en boisson et
victuaille, en compagnie d'un allemand avec qui j'engage la
conversation mais il ne parle pas un mot de français et moi j'ai pas
de souvenir impérissable de la langue de Goethe. Il part sans moi.
Nous arrivons sur le sentier qui va nous mener au col du bonhomme et
de la croix bonhomme. 1500 de D+ en enfilade. Des gros % puis des
passages plus cool. La voie romaine et ses dalles immenses qui
aujourd'hui ne glisse pas (la dernière fois elles l'étaient) sont passées
sans encombre. Un coureur me rejoint et nous discutons un peu. Il
vient de Paris et veut faire le tour. Il n'a qu'un petit sac, est peu
habillé et chausse des asics de route, pas de batons ! Je ne lui fais
pas mention de mes doutes sur sa tenue et le laisse filer. Il veut
courir et pas moi.
Je passe au refuge de la balme sous la pluie qui s'est remise à
tomber. Avec elle, le vent s'est levé. Les bénévoles sont pas
réchauffés. Je prends de l'eau, mange quelques part de gateau et un
pain. Je ne m'éternise pas et reprend le chemin. Ce qui s'annonce
promet d'être plutôt dur. Ce le sera. La pluie détrempe le GR qui
ruisselle par moments. Heureusement que j'ai les batons et que mes
addidas sont très efficaces dans ce terrain. Je pose un caillou sur le
monticule des dames, le replat fait du bien.. Quand j'arrive en haut
du col le vent a forci et la pluie aussi...les gars de la sécurité
sont dans la cabanne du col...on y voit rien, c'est tout.
Je ne m'attarde pas et file direction la croix du bonhomme, le trajet
est très "caillouteux" et l'on a l'impression que l'on n'avance pas.
Je retrouve mon Parisien, transit de froid et qui n'avance plus..je
m'inquiète de cela mais il me dit que ça va aller.
Je ne vois plus grand monde, on ne voit pas grand chose. Arrive le col
de la croix bonhomme. Il est 10h37. Je cherche le refuge et suis
obligé de descendre un peu pour le voir. Contrôle de passage. Il
devait faire de l'info avec des palms branchés sur le net pour envoyer
les classements intermédiaires !! avec cette purée de pois, les
volontaires sont adossés au batiment et un homme annonce nos dossards
à voix haute. C'est démentiel. Pourtant je ne me suis pas encore
demandé ce que je faisais là !!
J'entame la descente que je connais bien, glissante à souhait. Je fais
attention, quelques concurrents se ramasse dans les lacets devant moi.
Pas de bobo. Je mets 50' pour faire la descente tranquillement.
Arrivé aux chappieux je retrouve mes beaux parents qui sont venus me
soutenir. Sympa. Je me change avec un t-shirt propre et enfile ma
micro polaire, pas mon kway. 8' d'arrêts et je repars avec leurs
encouragements.
Il faut remonter à la ville des glaciers, la route est longue (7 kms)
jusqu'au refuge des mottets.la pluie s'est calmée. Je sais que je ne
serais pas à 16h00 à Courmayeur comme espéré. Je suis un peu fatigué
mais pas épuisé quand j'arrive au refuge des mottets. Je fais le plein
de la poche à eau, remet de l'hydrixir et espère trouver du salé sur
la table. Que du sucré et encore il me semble que les bénévoles font
grise mine. Il n'y en aura pas assez pour tout le monde. J'avale une
barre de céréales tirée de mon sac. La pluie se remet à tomber. Je
remets le kway et repars.
Le col de la seigne nous attend. Une forte montée puis ensuite plus
cool pour arriver au col. Le début va bien mais rapidement ma
situation va se détériorer. Le vent de face et la pluie commence à
avoir raison de ma résistance semble t il.
Des coureurs me rattrapent. Des belges, coureurs célestes ils se
disent. Un peu comme le Zoo quoi. Il reste plus de 20 kms à
parcourir arrivé en haut. J'y rencontre un ami de mon beau père, guide
de haute montagne à la retraite qui aide à l'organisation. Il devait
aussi s'occuper de pointer les coureurs avec le palm mais n'avait
aucun abri digne de ce nom pour cela.. même sur le papier s'était pas
possible.
La descente se fait sur un sentier puis un chemin large et en lacets.
J'arrive en bas vers 15h00. Courage et en avant. La fatigue est réelle
et je sais depuis bien longtemps que je n'irais pas plus loin que
Courmayeur.
De ce coté, l'Italie, le temps est plus supportable. On sent moins le
vent. La pluie cesse et l'on peut découvrir une longue ligne droite
qui longe les lacs combals. Les glaciers qui s'y jettent sont de toute
beauté. C'est géant et impressionant. Ravitaillement des lacs combal..
je repars avec un coureur et nous avons presque loupés le chemin qui
monte à l'arpe vieille... et ça monte..Il est 15h00.
Dans cette montée je vais vivre de l'inconnu pour moi. Dès que l'on
s'élève, le vent refait surface. Je suis de plus en plus fatigué. Le
vent me transit. Je regrette pour la première fois de n'avoir pas pris
ma goretex millet. Le sommeil m'envahit peu à peu, si bien que je
m'assied deux fois dans la montée et que je suis certain de m'y être
endormi. Des sommeils flash pendant lesquels mon inconscient
m'interdisait de rester là, tu vas finir en hypothermie si tu dors.
En me réveillant, le coureur que je suivait est 200 m plus haut. J'ai
dormi...
Je ne vois pas le bout de cette montée interminable.
J'entame la descente vers 16h15, la descente sera aussi interminable
que la montée. Seul le passage au col de chécroui, avec un
ravitaillement sauvage et du fromage, c'est bonnnnnnn, sera apprécié.
J'ai mal au genou gauche, le plateau du péronnet me dira la kiné qui
me massera à l'arrivée. La descente est absorbée en 1h30 environ et
c'est à 17h57, après quelques 13h57 de course, que je franchi la ligne
d'arrivée. La sauterelle est là pour m'accueillir. Sympa. On discute.
La fille me demande si je poursuis ou si je m'arrête.
Je n'ai pas besoin de réfléchir, j'arrête.
Je vais me faire masser, pas de douche, trop froide. Les muscles vont
bien et le mal du genou disparait rapidement après le massage. Je me
change et apprécie d'être au sec. Les pates chaudes sont très
appréciées et je n'envie pas vraiment ceux qui veulent repartir.
Je vais faire une sieste de 50 minutes. En émergeant je retrouve la
Sauterelle qui m'indique que L'festnoz est arrivé et reparti il y a 5
minutes. Je l'ai loupé. dommage. Je suis très fatigué.
Je monte dans le bus, passe sous le mont blanc dans le tunnel et
rentre à la maison dès mon arrivée à Cham..
J'ai apprécié de faire ce parcours. Je regrette que nous ayons subi le
pire samedi de l'été dans la région, mais ça c'était imprévisible.
J'ai augmenté mon total de km parcouru sur une seule course (70) ainsi
que mon total de D+ réalisé sur une journée, 4000 m.
Je la referai, l'an prochain peut être, mais j'y reviendrai pour aller
plus loin.
Je tire mon chapeau à tous ceux qui se sont lancés dans cette course.
Ultra félicitations à tous ceux qui sont arrivés à Courmayeur et qui
en sont repartis. Il fallait être très très solide dans son corps et
dans sa tête.
J'ai encore été vachement court. Merci d'en être arrivé là.
Avant la course :
Depuis 2 mois, j'ai des douleurs persistantes à un tendon d'achille. Malgré
quelques coupures et différents soins, rien n'y fait. C'est sûrement un signe
que mon corps est fatigué, qu'il faut que je le mette au repos quelques temps.
Il n'est pourtant pas question de renoncer à cette 1ère édition de l'Ultra Trail
du Mont Blanc (UTMB) qui s'annonce exceptionnelle. Je décide donc de jongler avec
ma blessure, d'alléger considérablement l'entraînement (190 Km en juin, 115 en
juillet, 87 en août et un peu de vélo) et de tout miser sur une préparation
« psychologique ». Pas facile à décrire une préparation psychologique !!!
Une espèce d'auto persuasion que « je peux le faire, je vais le faire, je dois
le faire... », que « la pluie, c'est pas grave, la nuit , même pas mal .. »,
que « même les meilleurs auront des coups de barre ... ». J'ai essayé aussi de
zapper complètement les étapes intermédiaires de Courmayeur et Champex en ne les
considérant que comme des points de contrôles, tout ça pour éviter la tentation
de m'arrêter en route.
Une unique sortie longue de prés de 8h, fin juillet, me permet de valider que mon
tendon supporte bien les efforts longs et peu intenses. Ma dernière sortie a lieu
le 15 aôut.17,5 Kms lors d'un mini trail (La boucle de Madeloc) où les sensations
sont excellentes. Je suis rassuré. Plus rien ensuite jusqu'à la course.
Dernière semaine, consacrée à faire, défaire, refaire le sac. Je me lève la nuit
en sursaut pensant avoir oublier des trucs. Sandra en a marre de se faire réveiller
à 3h du matin !!!!! Mais non je ne pense pas qu'à ma course !!.
Très important aussi, lors de la dernière semaine, j'ai étudié longuement et
méticuleusement le parcours, avec le road book et les cartes IGN de l'organisation.
J'ai également calculé des temps de passage précis qui me permettent d'estimer
mon temps d'arrivée à 34h.
Veillée d'arme
J'arrive en train vers 17h à Chamonix. La température est saisissante. Ca doit
bien faire 4 mois que je n'ai pas connu des températures si basses. J'ai fait le
trajet depuis Lyon avec Steven, un parisien de Chicago qui bosse chez Mickey. On
a parlé de la course, des Ufos .. assurément un futur Ufo. La remise des dossards,
un bonjour à Phil, le seul Ufo connu dans les environs au milieu d'un tourbillon
d'Ufos et de quelques bérets du Zoo. Un breefing complet plus tard, c'est l'heure
de la pasta. Je me retrouve par hasard assis en face de Nitram avec qui, sans le
savoir, je vais partager ma route pendant prés de 24h. Promis on avait rien prévu.
21h, j'essaie de dormir dans le couloir du réfectoire. 2h du mat et 2 à 3 heures
de sommeil plus tard, c'est le réveil, le grand jour. Déjeuner rapide, et c'est
parti.
La course :
Chamonix - Les Houches : dist. partielle = 8.3 Km (170 m+) ;
dist. tot = 8.3 Km (170 m+);
Temps partiel = 1h07 (prévu 1h10) ; Temps total = 1h07 (prévu 1h10)
Après le dépôt du sac qui sera envoyé à Courmayeur puis à Champex, on se retrouve
devant l'arche du départ, au milieu de pleins d'Ufos. Il fait frais et j'ai décidé
de partir léger en short, tee-shirt (Ufo bien sur) et manchette de cycliste. Je ne
le regretterais pas. Le départ est donné. Un peu de route pour étirer le peloton
et sortir de Chamonix puis on attaque un sentier vallonné qui longe l'Arve. Le rythme
est assez lent et tout le monde a l'air de se méfier du programme de la journée.
J'ai laissé derrière moi Phil, Jésus et d'autres Ufos, ils me rattraperont plus
tard. Le retour de la route goudronnée est synonyme d'arrivée aux houches. Après
avoir traversée l'Arve, Marmotte me rejoint (c'est la seule que je verrais de la
journée !!!). On profite des premières pentes pour sortir nos bâtons de randonnée.
Je ne les rangerais plus jusqu'à l'arrivée. Une pause rapide au ravitaillement,
un bout de cake, un coca et on attaque le premier col de la journée.
Les Houches - Col de Voza : dist. partielle = 4,7 Km (660 m+) ;
dist. tot = 13 Km (830 m+);
Temps partiel = 1h03 (prévu 1h) ; Temps total = 2h10 (prévu 2h10)
Ca grimpe dur. On marche et Marmotte est bien mieux que moi. Je lui dis plusieurs
fois de partir mais sagement il préfère rester avec moi. Tant mieux. On discute
un peu sur les parties moins pentues d'un large chemin. Comme d'habitude sur tous
mes ultras, c'est le traditionnel passage moins bien, au environ des 2h de course.
Pas un coup de barre mais des sensations très moyennes. Le sommet est plus plat et
on se fait enrhumé par un peloton déchaîné d'Ufos composé au moins de Phil, Jésus
(je crois) et de ...
c'est ki le 3ème ?. Je relance pour prendre les roues de ce groupe.. Le ravito est
rapidement expédié et Phil, d'un sauvage coup d'épaule (je suis encore tout courbaturé !!)
passe devant moi au premier point de contrôle. Promis, je me venge au prochain,
aux Contamines
Col de Voza - Champel : dist. partielle = 5,6 Km (60 m+) ;
dist. tot = 18,6 Km (890 m+);
Temps partiel = 52' (prévu 45') ; Temps total = 3h02 (prévu 2h 55)
On plonge vers Champel. Le jour se lève et quelques gouttes apparaissent. Je trouve
la descente très pentue et laisse filer mes collègues Ufos. Je m'arrête pour mettre
mon imperméable. 2' de pause. Je repars et 5' plus tard, il ne pleut plus. Re pause
de 2' pour enlever l'imperméable. La descente est maintenant irrégulière, large et
globalement roulante. Je déroule bien et peu avant Champel, je rattrape Phil.
Champel - Les Contamines : dist. partielle = 5,7 Km (290 m+) ;
dist. tot = 24,3 Km (1180 m+);
Temps partiel = 48' (prévu 55') ; Temps total = 3h50 (prévu 3h50)
On est maintenant sur une route, Jésus est avec nous. On tourne à gauche pour
attaquer une partie du parcours assez déroutante. Je m'attendais à un parcours
vallonné jusqu'aux Contamines mais le vallonnement est très prononcé. Des montées
raides et longues, des minis cols. Bien casse pattes. Phil me signale devant nous
une de ces connaissances, un coureur expérimenté, plutôt habitué au devant des
classements. Il me fait part de son inquiétude de se trouver avec lui.
« Si lui qui est super fort est là, c'est qu'on a du partir trop vite ».
Je n'ai pourtant pas l'impression. On le rattrape et la discussion s'engage.
Et là, sans le savoir, le collègue de Phil va dire un truc qui va me suivre toute
la course, toute la nuit et sûrement sur beaucoup d'autres ultras. Je cite
« Sur ce genre de course, au début tout le monde te double, puis vient un moment
où plus personne ne te double, et vient un moment où tu doubles tout le monde ».
Il s'en est pas rendu compte, mais cette phrase va rester dans ma tête quelques années
je pense !!. En vu des Contamines, je tiens ma promesse du Col de Voza. J'attaque
Phil. Tel Gebre sur 10000m, je descends à 25 Km/h les dernières pentes vers le point
de contrôle. Non je déconne. En fait je lâche Phil qui a compris ma frustration
du Col de Voza et il me laisse gracieusement le devancer de quelques secondes
aux Contamines. Ravito où je complète ma poche à eau avec de l'Isostar. J'étais
parti avec du Caloreen et le mélange Caloreen/Isostar passe bien chez moi.
Les Contamines - ND de la Gorge : dist. partielle = 4 Km (95 m+) ;
dist. tot. = 28,3 Km (1275 m+);
Temps partiel = 41' (prévu 40') ; Temps total = 4h31 (prévu 4h30)
Du plat, enfin du faux plat mais par rapport à la suite du programme, il faut
profiter de cette portion calme. C'est ce que je fais. Je me sens bien.. Je cours
à 8,9 Km/h en essayant d'adopter une foulée économique. Jésus est dans les parages
et Phil est devant moi. Je double pas mal de coureurs qui..marchent, rejoint Phil
et nous arrivons ensemble au pied du premier gros morceau du jour : Le col du Bonhomme.
ND de la Gorge - La Balme : dist. partielle = 4,1 Km (475 m+) ;
dist. tot.. = 32,4 Km (1750 m+);
Temps partiel = 54' (prévu 50') ; Temps total = 5h25 (prévu 5h20)
Cette première partie du col s'effectue sur un large chemin jusqu'à la Balme.
Au début sur de grandes dalles, puis sur quelques replats je cotoie Phil. Tiens,
je suis avec Steven, le parisien de Chicago qui bosse chez Mickey. Content de le
voir. C'est son premier trail et il va bien. Il part devant pendant que je fais
quelques photos. Après environ 1,5 Km de montée, je me retrouve seul. Bonne route
Phil !. Le chemin est irrégulier, parfois même plat. Je trottine. A environ
1,5 Km de La Balme, je vois ... La Balme. Le chemin serpente vers le fond de la vallée.
Très beau. Le plafond est bouché et c'est sûr la montée après La Balme va pas
être facile. Les dernières centaines de mètres avant le ravito voit l'arrivée de
la pluie. Impossible d'attendre pour se protéger. De concert, tout le monde
s'arrête pour se couvrir.
La Balme - Col du Bonhomme : dist. partielle = 3,5 Km (615 m+) ;
dist. tot. = 35,9 Km (2365 m+);
Temps partiel = 1h02 (prévu 45') ; Temps total = 6h27 (prévu 6h05)
Là, c'est plus pareil. On quitte le large chemin carrossable pour attaquer un
sentier escarpé, boueux (et c'est que le début). Ca grimpe dur et chaque pas
compte. Je m'arrête un instant pour mettre mon sac à dos à l'abri sous mon
imperméable. Jésus en profite pour me doubler. C'est pas forcément le lieu idéal
pour une rencontre. Il ne m'a pas vu et je préfère le laisser filer. Plus on monte
plus le col devient technique, plein de cailloux. J'aperçois au loin, un chapelet
de coureurs, accrochés à la montagne.
Il va falloir monter la haut !!!!. Je contourne un énorme cairn, chevauche un
torrent et attaque les derniers hectomètres du col. Je rattrape Steven. Courage
Steven, t'es en haut. Je le passe et poursuis ma route. Le sommet est là, le vent
et le froid aussi. Je laisse sur ma droite une maisonnette qui symbolise le sommet.
Je n'ai pas le courage d'aller y jeter un oil. C'est à 20m du sentier. En fait,
c'était un ravito je crois. Tant pis. Je suis en retard sur mes prévisions horaires
(22' de retard).
Col du Bonhomme - Col de la Croix du Bonhomme :
dist. partielle = 0,9 Km (180 m+);
dist. totale = 36,8 Km (2545 m+) ; Temps partiel = 25' (prévu 15') ;
Temps total = 6h52 (prévu 6h20)
Y a pas 900m, c'est pas possible. Ca m'a paru très long. Le froid est vif.. On est
à découvert, sur une crête, au milieu de gros blocs de cailloux. Je profite de
quelques replats pour courir et rattraper de nombreux coureurs. Le froid est en
train de faire son ouvre. La traversée d'un torrent est acrobatique et juste après,
c'est le sommet, dans le brouillard. Il gèle !!!!. Faut pas traîner ici. C'est
ici que nous quittons le parcours initial pour contourner le Col des Fours jugé
impraticable dans sa partie descendante par l'organisation. Je jette un coup d'oeil
sur ma gauche. Sûrement une sage décision. Nous devons descendre aux Chapieux, 900
mètres plus bas puis remontée à la Ville des Glaciers.
Col de la Croix du Bonhomme - Ville des Glaciers :
dist. partielle = 9,5 Km (250 m+);
dist. tot. = 46,3 Km (2795 m+) ; Temps partiel = 1h46 (prévu 1h10) ;
Temps total = 8h38 (prévu 7h30)
C'est parti pour une longue descente. Boueuse et donc glissante. La prudence est
de rigueur mais la tentation est trop grande. Je vois en contrebas d'autres coureurs.
Ca me permet de tirer droit dans la pente. C'est économique en distance, en temps
mais pas en énergie. La pente est plus rude et les cuisses chauffent. Et puis
comme c'est plus pentu, c'est plus casse gueule et ..paf, ça rate pas ...gamelle.
Rien de grave. Je profite du prochain torrent pour me laver. (Oulala, je fais
dans l'esthétique. Ce sera pas le cas cette nuit !!!!). Le soleil revient et
la montagne nous montre tous ces charmes. Je double et me fais redoubler par
quelques coureurs. On joue au chat et à la souris en coupant à tour de rôle tel
ou tel virage. On arrive à un petit pont. Le sentier devient chemin, je recours
normalement (8,9 Km/h). En contre bas le village des Chapieux et .. Etienne.
Je coupe 2 gros virages à travers champs. Les pieds trempés par ma promenade dans
les hautes herbes, je rejoins Etienne. Nous arrivons aux Chapieux.
Pour tous les coureurs qui sont passés là, BIENVENUE DANS LA COURSE DE TOUS LES ULTRAS !!!!!
Une jeune fille nous annonce un ravito dans 30'. On va pas tarder à se demander
si c'est 30' en voiture, vélo, ski. Assurément pas à pied. Nous empruntons une
route jusqu'à la Ville des Glaciers. Et ça grimpe. C'est monotone, long. Le seul
point positif, c'est qu'on papotte avec Etienne. (Il a des sacrés références
Etienne sur 100 Km, respect !!) Arrivée en vue de la Ville des Glaciers, le chemin
se fait plat et je recours.
Ville des Glaciers - Refuge des Mottets :
dist. partielle = 1,3 Km (105 m+);
dist. tot. = 47,9 Km (2900 m+) ; Temps partiel = 18' (prévu 25') ;
Temps total = 8h56 (prévu 7h55)
Je distance Etienne qui me rejoindra au Refuge des Mottets. L'accès à ce refuge
se fait par un chemin assez facile. Le paysage est magnifique avec en fond de
vallée, des grandes cascades qui dévalent de grandes pentes vertes, oranges,
rouges. Nous sommes au pied du Col de la Seigne, deuxième gros morceau du parcours.
8h56 de course, Sherpa est passé en 5h45 !!!
Refuge des Mottets - Col de la Seigne :
dist. partielle = 4,2 Km (640 m+);
dist. tot. = 52,1 Km (3540 m+) ; Temps partiel = 1h08 (prévu 1h05) ;
Temps total = 10h04 (prévu 9h)
Salut Etienne, on se voit à l'arrivée. Il a prévu depuis le départ de s'arrêter
à Courmayeur et m'a promis une photo à l'arrivée à Chamonix. Il tiendra sa promesse.
Le pied du Col de la Seigne est très raide. J'envisage de couper droit vers le sommet
où je vois d'autres coureurs. Je tente une fois mais cet exercice s'apparente presque
à de l'escalade. Je me résous à suivre le sentier qui serpente de gauche à droite.
Un changement de versant est synonyme de replat (relatif) mais surtout de l'apparition
du vent. Je me sens bien et trottine. Essentiellement dans le dos, le vent me surprend
parfois par sa fraîcheur quand au hasard du chemin je me retrouve face à lui. Ca
caille. Le final se fait au milieu des moutons, des cris de marmottes et des randonneurs,
équipés façon Jean Louis Etienne au Pole Nord. Ils nous regardent bizarre avec nos
shorts. Le sommet est superbe, une énorme colline en fait à franchir, avec à
gauche des sommets presque découverts. La pente est bien moins raide. L'Italie
est devant nous. Le vent souffle très fort. Le Lac Combal est juste là à portée
de bâton, 500 mètres de dénivelé plus bas. J'y serais dans un peu moins d'une heure.
Un petit coup d'oil à la borne de 20cm de haut et aux 10 cailloux alignés qui
symbolisent la frontière, et je plonge dans la descente.
Col de la Seigne - Lac Combal : Dist. partielle = 6,3 Km (10 m+) ;
Dist. tot = 58,4 Km (3550 m+);
Temps partiel = 54' (prévu 1h) ; Temps total = 10h 58' (prévu 10h)
Mon coup de cour du parcours. Magnifique. Après une première descente très raide
qui fait bien chauffer les cuisses, je me retrouve dans une vallée, plate. Au
milieu des vaches, j'aperçois sur la gauche un glacier qui a l'air de vouloir
écraser le refuge Elisabetha. Je suis venu pour ça. Les grands espaces. J'ai
l'impression d'être en Russie, au milieu de la steppe (c'est bien comme ça qu'on dit ?).
Devant moi une interminable ligne droite, parsemée de coureurs. Un tous les cent
mètres tout au plus.. Je cours et double pas mal de coureurs qui marchent.
Je suis bien, très bien. Moi qui habituellement n'aime pas trop les longs bouts
droits à l'entraînement, j'aimerais que celui là dure des heures. Je revois les
photos de Serge Girard et Jamel Baali, lors de leurs périples transcontinentaux.
Les mêmes lignes droites et la sensation d'être au bout du monde. Je vole.
J'arrive au pointage du Lac Combal.
Lac Combal - Arête Mont Favre : Dist. Partielle = 2,3 Km (485 m+) ;
Dist. tot. = 60,7 Km (4035 m+);
Temps partiel = 52' (prévu 50') ; Temps total = 11h50 (prévu 10h50)
Un peloton s'est formé d'une dizaine de coureurs. On attaque la montée. Terrible.
Un mur !! Je suis moins bien et laisse filer mes compagnons. En contre bas, un
glacier énorme avec un petit lac. Ca mériterait la photo mais j'ai pas la tête à ça.
Je m'accroche à la pente. Arrivée à l'Arp Vieille Sup, certains coureurs sont arrêtés.
Tous jurent : Pu.... de montée !!! Le final moins raide me permet de me rapprocher
du mini peloton où il ne reste plus que 5 coureurs.
Lac Combal - Col Chécroui : Dist. Partielle = 4,4 Km (45 m+) ;
Dist. tot = 65,1 (4080 m+);
Temps partiel = 46' (prévu 45') ; Temps total = 12h36 (prévu 11h35)
Une descente facile, peu pentue où l'on voit au loin les télécabines du Col Chécroui.
Je reprends encore des coureurs et suis assez surpris du peu de coureurs qui courent
encore sur le plat ou dans les légères descentes. Ils sont mal ou je suis très bien ?
Un peu des deux sûrement. Je vais réussir à arriver à Courmayeur frais, pas usé,
en pleine forme. C'est la grosse ambiance au ravito, Courmayeur n'est qu'à 5 Km.
Col de Chécroui - Courmayeur : Dist Partielle = 4,5 Km (10 m+) ;
Dist. tot = 69,6 Km (4090 m+);
Temps partiel = 46' (prévu 45') ; Temps total = 13h22 (prévu 12h20)
Mortelle descente, hyper raide, avec des marches de 50cm. Dans un passage périlleux,
je me mets à imaginer cette même descente si il avait plu. Un vrai coupe gorge !!
J'apprendrais plus tard, après l'arrivée que Rémi (Ltoro) l'a emprunté sous la
pluie et .. de nuit !!!. Puis un large chemin nous emmène jusqu'à Courmayeur.
Les derniers hectomètres se font dans le village, charmant village, au milieu
des touristes et des accompagnateurs venus voir passer ces fous qui courent
autour du Mont Blanc. J'ai en tête depuis quelques heures de trouver un téléphone
pour appeler Sandra, que je n'ai pas eu depuis le matin. Elle doit être inquiète.
Rouba est là, juste avant la base vie. Je me jette sur elle, lui demande d'appeler
Sandra et c'est en courant qu'elle m'accompagne jusqu'au point de contrôle. Merci
Rouba.
« Je continue »
Courmayeur Arrivée - Courmayeur Départ :
Temps partiel = 43' (prévu 30');
Temps total = 14h05 (prévu 12h50)
C'est la pause. Initialement prévu de 30', je me rends tout de suite compte que
ce sera impossible de rester si peu de temps. Je récupère mon sac dans le long
couloir qui mène aux douches. Je me lave les jambes (un poil boueuse) et cours
(si, si vraiment !!) me faire masser. 10' de repos. Mes jambes sont comme neuves.
Cool. Puis c'est la préparation des affaires pour la nuit (Gants, bonnet, frontale,
sweat Polarteck ..). Je change de chaussettes, enfile mon collant long et refais
le plein de mon camel bag avec du Caloreen. Tiens c'est bizarre, j'ai encore très
peu bu. J'ai donc maintenant dans ma poche à eau, un mélange Isostar-Caloreen aux
proportions indéterminées. C'est pas grave, ça passe. Je demande la météo pour
les heures à venir. « Vous voulez vraiment savoir ? » me dit-on. Ben oui. « Pluie
en début de nuit et meilleur demain matin en Suisse ». C'est noté. Même pas peur !!
Je vais manger un morceau. La charmante bénévole avec un accent italien me propose
des ..pâtes. Englouties en quelques secondes, je vois Nitram qui est avec Patrack
sur le départ. Je gobe quelques morceaux de fromages, un verre de coca et cours à
leur rencontre. Je ne voudrais pas rater le bon wagon d'Ufos qui s'annonce.
Courmayeur - Planpincieux : Dist Partielle = 6,7 Km (390 m+) ;
Dist. tot = 76,3 Km (4480 m+);
Temps partiel = 1h16 (prévu 1h25) ; Temps total = 15h21 (prévu 14h15)
C'est reparti. En rédigeant ces lignes, j'ai vraiment l'impression que la course
à commencer ici. En fin de course, en arrivant vers Chamonix et en repensant aux
kilomètres parcourus, je me surprendrais même à ignorer complètement cette première
partie de la course. Aujourd'hui je peux dire que c'est vraiment un apéritif,
une mise en bouche à consommer avec beaucoup de prudence.
Voilà, le trio est formé : Nitram, Patrack et moi. Nous traversons Courmayeur,
zigzaguons entre les touristes et les boutiques et empruntons un chemin qui surplombe
la route nationale. Direction le tunnel du Mont Blanc. A l'approche du tunnel,
on se retrouve sur une large route, montant en direction du Val Ferret. Bof, pas
terrible. Le road book indiquait un sentier jusqu'à Planpincieux mais non, y a
pas de doute possible, le marquage est bien là, c'est par cette route que nous
devrons rejoindre Planpincieux. Un petit groupe se forme. Au milieu des voitures
(les italiens se prennent tous pour des Fangio au volant ??), nous progressons
péniblement. Plusieurs coureurs nous rattrapent, certains nous distancent et
c'est à 8 que nous rejoignons Planpincieux.
Planpincieux - Lavanchey : Dist. Partielle = 4,1 Km (100 m+) ;
Dist. tot = 80,4 Km (4580 m+);
Temps partiel = 48' (prévu 40') ; Temps total = 16h10' (prévu 14h55)
Enfin un peu de chemin. On profite de ces quelques instants de calme pour discuter
(« Koi, moins de 3h au marathon, comment t'as fait, j'en rêve ?? »). Derrière nous,
la pluie tombe sur Courmayeur. Le vent aidant, cette pluie ne devrait pas tarder à
nous rejoindre (comme prévu par la météo). Devant, le Grand Col Ferret nous domine.
On aperçoit au sommet une lumière. Sûrement celle du douanier suisse qui va nous
accueillir dans quelques heures. Le jour commence à tomber.
Lavanchey - Refuge Elena : Dist. Partielle = 6 Km (420 m+) ;
Dist. tot = 86,4 Km (5000 m+);
Temps partiel = 1h34 (prévu 1h20) ; Temps total = 17h44 (prévu 16h15)
Le ravito de Lavanchey est très chaleureux. C'est le moment de déguster notre
première soupe de la soirée. La nuit s'annonce difficile. Nous quittons le ravitaillement
et peu après la nuit tombe définitivement. Une pause pour s'équiper des frontales,
de la veste, des gants et du bonnet .. et les premières gouttes sont là. Le chemin
est large jusqu'au Refuge. Au pied de la montée, quelques lumières signalent quelques
habitations. Au dessus de nous, le sentier menant au sommet du Grand Col Ferret est
marqué par les frontales de nos prédécesseurs, en pleine ascension. Droit dans la
pente !!! Les pourcentages jusqu'au refuge sont faibles et chacun prend son rythme.
Nitram seul devant et moi qui mène le reste du groupe. On passe au dessous du refuge
Elena mais la piste est encore longue pour l'atteindre. Interminable même. Une série
d'épingle, à faible déclivité mais qui nous éloigne à chaque fois de ce fichu refuge.
Enfin, après prés d'une heure de montée, c'est l'heure de la soupe. Je m'interroge
sur la « tactique » de Nitram. Il est très fort mais aussi inexpérimenté sur ce
genre d'Ultra. Je me demande s'il ne grille pas des cartouches à partir devant
puis à s'arrêter longuement. Un effort fractionné en somme. En fait, un seul mot :
Il est COSTAUD. Il fera ça jusqu'à ... 50m de la ligne.
Refuge Elena - Grand Col Ferret : Dist. Partielle = 2,1 Km (470 m+);
Dist. tot = 88,5 Km (5470 m+);
Temps partiel = 57' (prévu 50') ; Temps total = 18h41 (prévu 17h05)
Nous discutons avec Patrack. Il n'est pas au mieux et s'interroge sur la suite
des évènements. Objectif Champex puis après il verra. J'ai jamais été fin psychologue
mais j'essaie de lui expliquer que les coups de bambou, on va les prendre à tour
de rôle jusqu'à Chamonix. A toi à moi. Après le bas, vient le haut. Il préfère
nous laisser partir et a déjà repérer les lumières d'un groupe, encore dans la
montée au Refuge, qu'il pourra retrouver en cas de moins bien. Avec Nitram, nous
repartons dernier de notre groupe du ravito (après être arrivés les premiers).
C'est plus de la rigolade. Nitram est dans ma roue, pendu au téléphone. Il flotte
toujours, la nuit est sombre et le terrain ... pourri. Qui c'est qui a monté le
Grand Col Ferret sans bâton ? Faut lui faire une statue !!!. Une vraie patinoire.
On monte plus avec les bras qu'avec les jambes. La bonne nouvelle de la montée,
c'est que c'est Patrack qui ouvre la route. La mauvaise, c'est que moi derrière,
je suis pas fier. J'ai Nitram à 15cm derrière et je suis à fond, à 2 à l'heure.
Un pas, c'est un pas. Plus le temps passe, et plus on remonte le groupe. Mais je
suis toujours aussi mal. Je me mets même à rêver du sommet. Oh oui, faire un gros
bisou baveux au magnifique douanier Suisse au sommet. Tel est mon objectif.
(Et si le douanier est une douanière, je passe la nuit là haut !!!!.). C'est du
n'importe quoi dans cette montée. Les batonneux poussent les non batonneux pour
leur éviter de reculer dans cette satanée &&$##&ù. Ce qui est bien, c'est que
j'ai pas le temps d'avoir froid. Pas le temps d'y penser. Je passerais au sommet,
en tee-shirt (Celui des 100 Km de Millau 2001, mon préféré qui maintenant est bon
pour la poubelle), manchette (faudra que j'en reparle de ces manchettes) et mon
imperméable Goretex. A 200m du sommet, c'est la délivrance. Y a une RevParty ici ?
Quel bazar !!! Un bénévole suisse vient à notre rencontre en criant, chantant,
je sais plus. « Vous êtes en haut. 20 Km de descente facile ! On a nettoyé la
descente, vous pouvez courir ». Sympa le bénévole à part que 20 Km de descente,
c'est pas une bonne nouvelle. Et en plus, il a du avoir les oreilles qui sifflent
un peu plus tard !!!. J'avais prévu 10 Km de descente puis 10 Km de plat. J'avais
raison. On ne prend pas le temps de s'arrêter au sommet.
Grand Col Ferret - La Fouly : Dist. Partielle = 9,5 Km (65 m+) ;
Dist. tot = 98 Km (5535 m+);
Temps partiel = 1h49 (prévu 2h05) ; Temps total = 20h30 (prévu 19h10)
Nitram a des fourmis dans les jambes. Il veut courir !!. 20 Km comme l'a dit le
monsieur. Il part tout schuss. Moi, je suis plus prudent. Comme si j'avais un
frein moteur qui me rappelle à l'ordre sans cesse. Chamonix est encore loin. Un
italien est avec moi pendant que Nitram transperce la nuit au grand galop. Le
début de la descente est roulant. Pas boueux en fait. Le sommet étant à 2500m,
la boue va apparaître en dessous de 2000m avec les premières forêts. Nitram voltige.
J'ai des difficultés à le suivre. Il est obligé de faire des pauses toutes les
3,4 minutes pour m'attendre. Dés qu'il revoit ma frontale, il repart et disparaît
aussitôt.. Je crois pas être mauvais descendeur, preuve en est, on va reprendre
de nombreux coureurs dans cette descente, mais Nitram, il a un coté « Sherpa qui
s'ignore ». On reprend un à un des coureurs plantés dans la descente. Ils marchent
et nous on court. Les écarts se font. On est déchaîné, motivé, même pas fatigué.
L'euphorie est en train de nous prendre. Je suis bien. Tout à coup, au milieu de
nulle part, un bénévole. Il nous annonce 15' de descente puis le goudron jusqu'à
La Fouly. 15' de folie. Une pente infernale, un brouillard épais, de la pluie et
un sentier boueux et lissé par les nombreux concurrents qui ont du se gameller
dans cette portion du circuit. Et ça rate pas. Malgré les bâtons et une vitesse
d'escargot, je me prends une gamelle. Nitram, pour pas me vexer en fait de même.
Lui repart. Moi, je me relève, fais trois pas et rebelotte. Je me re-relève,
refais trois pas et re-rebelotte. Je me re-re-relève, re-refais trois pas et
re-re-rebelotte .etc. Bref, 5 gamelles en 5 minutes. L'enfer. C'est sûrement ce
passage qui a dû être fatal à nombre de coureurs. D'ailleurs, Marmotte me confirmera
qu'il a été fermé peu après notre passage, par sécurité. Impossible de ne pas
avoir le moral à l'envers après ça sauf que là .. c'est l'euphorie. Une vrai
carapace indestructible. Même pas mal. On commence à s'interroger avec Nitram
« C'est pas possible d'être aussi bien à cet instant de la course. Qu'est ce qui
se passe ? ». Une fois ce passage oublié, je retrouve Nitram et le goudron jusqu'à
la Fouly. On court. Je me revois à la SaintéLyon !!. On double des coureurs.
Ca doit faire mal au moral de se faire passer par 2 Ufos déchainés sur une route
détrempé et par un froid glacial. Oui, parce que particularité du parcours, sur
cette route dégagé, le froid est saisissant. On est plus à l'abri de la forêt,
ma couche de boue ne me tient pas chaud et la fraîcheur doit remonté de la route
pour nous glacer les veines. Enfin, les lumières de La Fouly où j'espère un ravito
au chaud. Mon voux est exaucé. On pousse la porte d'un...ravito reconverti en
hôpital de campagne. Wouah !!!!! Des coureurs partout, des regards perdus, qu'est
ce qui se passe ???. La descente a fait de gros dégâts. Le Furet s'affère pour
aider un collègue au plus mal. Un coup d'oil à Nitram et on se dit rapidement
« Faut pas traîner ici, c'est pas bon !! ». On essaie de trouver un peu de chaleur
autour d'une soupe, j'enfile un sweat et ..brrrrrggg, on pousse la porte,
direction Champex.
La Fouly - Praz de Fort : Dist. Partielle = 8,5 Km (90 m+) ;
Dist. tot = 106,5 Km (5625 m+);
Temps partiel = 2h03 (prévu 1h30) ; Temps total = 22h33 (prévu 20h40)
Il fait froid. J'ai froid. Nitram encore plus que moi. On se force à une marche
Rodienne, en bougeant bien les bras histoire de se réchauffer. A la sortie de la
Fouly, on tourne à gauche, on passe la rivière et ... 10' de CO. Avec ma frontale,
j'y vois à 20cm dans le brouillard. Décidément, j'ai pas trouvé l'engin idéal.
J'ai l'impression que Nitram, il a un projecteur et moi une bougie. Je constaterais
à ma grande surprise à Champex qu'on a le même modèle de lampe. (Et Yoyo, si tu
changeais les piles des fois !!!! ) On est presque décidé à prendre la route quand
2 coureurs nous aiguillent sur le bon chemin. On se cale dans leurs roues. La pluie
redouble, la descente s'est transformée en faux plat descendant et on est bien
derrière eux. Même Nitram ne bouge pas. C'est vraiment de très bons marcheurs.
Cette partie du parcours parait longue. Je repense à Patrak. J'espère qu'il s'est
refait la griotte (expression Nitramienne !!!), la route est longue jusqu'à Champex.
On est de nouveau seul avec Nitram. Moi, toujours derrière. L'euphorie est toujours
là. On reprend puis distance pas mal de coureurs. Lors des passages techniques,
la nuit nous permet d'ignorer le vide qui doit être sur notre droite à quelques
centimètres. Je repense au copain de Phil et à sa fameuse phrase (voir plus haut).
On est en train de faire un truc. Pourvu que ça dure.
Praz de Fort - Les Isserts : Dist. Partielle = 1,5 Km (10 m+) ;
Dist. tot = 108 Km (5545 m+);
Temps partiel = 28' (prévu 15') ; Temps total = 23h01 (prévu 20h55)
Retour à la civilisation. On traverse des villages endormis. Les bâtons ne nous
sont plus utiles. Nitram veut courir mais j'appréhende un peu la montée sur Champex.
Un détail sur le road-book mais quand même 500m de dénivelé au programme. On y va
tranquille, en marchant vite. Un petit groupe se reforme. Qu'est ce que je suis bien !!!
Les Isserts - Champex d'en Bas : Dist. Partielle = 7,1 Km (500 m+) ;
Dist.. tot = 115,1 Km (6045 m+);
Temps partiel = 1h40 (prévu 1h30) : Temps total = 24h41 (22h15)
Alors là, attention. Petit sur le road-book, mais une vraie montée, qui n'a rien
a envier à ses consours Bovines, tzeppes, Mont Favre. Au pied, ça a un petit air
de 6000 D. Mais si souvenez vous ! Au départ, après la piste cyclable, la route
goudronnée qui monte vers la Plagne puis à gauche, un sentier en lacet, hyper
raide. Ben là, c'est ça mais avec 110 Km dans les jambes. Comme d'habitude, Nitram
part devant et moi, derrière je gère, à la sensation. Jamais dans le rouge. J'ai
l'impression qu'à ce rythme, je pourrais monter des heures. J'accélère pas, c'est
les autres coureurs qui craquent. On en double encore quelques-uns. Au détour d'une
épingle, Nitram est arrêté avec un coureur au plus mal.
« J'en peux plus, j'arrête ... » bref le discours habituel du gros coup de barre.
« C'est quoi ton prénom ? » « Julien ». « Allez Julien, plus que 150 m positif
puis t'es à la route, à Champex, à la base vie ». Il repart et s'accroche quelques
dizaines de mètres. Il s'arrête. Nous aussi, on l'encourage mais il peut plus.
On repart. Pauvre Julien. Cette montée est interminable. Y a même une petite descente
au milieu. Il va falloir remonter encore plus haut. On y est. La route, la délivrance.
Encore quelques efforts pour couper quelques virages et on débouche, sur Champex,
son lac ...et Mars !!!!. Faut que j'explique. Comme prévu par la météo, le ciel
est dégagé, étoilé, il ne pleut plus. Nitram m'interpelle sur une lumière au
dessus de nos têtes. Le débat s'engage, pleins d'une remarquable lucidité après
24h de course : c'est Mars ou la lumière d'un pylône d'un téléphérique !!!!!.
Après négociation, on penchera pour Mars, mais ... après réflexion, on devait
être un peu fatigué !!!. 24h de course et 113 Km. Pas mal !! La route est là,
montante quelques instants puis descendante jusqu'à la base vie. Une longue descente,
sur un chemin bien large. 1 Km qu'il dit le bénévole suisse. Lui aussi devait en
tenir un peu. On aurait pu débattre avec lui sur Mars, le pylône ... Très long
kilomètre mais quel bonheur d'arrivée. Enfin, quel bonheur d'arrivée en vue de
la base vie parce qu'à l'intérieur, c'est plus pareil.
Champex d'en Bas Arrivée - Champex d'en Bas Départ :
Temps prévu = 1h07 (prévu 30');
Temps total = 25h47 (prévu 22h55)
Nous rentrons dans la base vie. Comme prévu par la météo, le ciel est étoilé et
on s'attend à repartir au sec vers Chamonix dans environ 1h. « Vous continuez ? »
« Ben ouais, bien sûr ». On récupère nos sacs et direction le massage. Wouah !!!
La Fouly puissance XXXL. Des coureurs qui arrêtent de partout, l'impression de
n'entendre que des « J'arrête ». Je demande à me faire masser, on me répond que
les tables de massages sont occupées par des gars en hypothermie. Une autre bénévole
approche, me regarde bizarre et me dit « Vous arrêtes ou vous continuez ? »
« Je continue » « Vous êtes sûr ? » « Ben oui, j'ai l'air si mal que ça »
« Non, mais on en a vu arriver qui étaient bien et qui sont tombés dans les
pommes aussi secs !!! ». Je suis sidéré. A croire que personne ne veut que l'on
reparte. Après le massage et quelques soins des pieds, je vais manger un morceau
avec Nitram. Hallucinant : les coureurs essaient de nous persuader de ne pas repartir.
Ils nous racontent des histoires pas possibles, nous affirment qu'on sera jamais
dans les délais.. Avec Nitram, on s'en fout, ON VA FINIR, même hors délais. On
engloutit quelques pâtes (Je confirme, les pâtes, c'est une spécialité italienne,
pas suisse), on refait le plein, et « qui nous aiment nous suivent ». On repart
un petit groupe de 5. On met le nez dehors. C'est le déluge. Tant pis, on est
remonté comme des pendules, motivé comme jamais, énervé par ce qu'on vient de voir.
Champex