| Le Grand Duc de Chartreuse |
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La photo du classement sans trucage, incroyable mais vrai
Le CR du Blueb
Le CR du Lapouneur
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Salut la foule, UFOs et animaux en tout genre,
[mode flash back on]
Petit retour en arriere, 4 semaines plus tot, au soir des Drayes du
Vercors...J'en ai quand meme bavé pour aller au bout de ma "ballade" dans le
Vercors, bavé au point de songer renoncer a mon objectif de l'été, le Gd Duc .
Encore marqué par les efforts du jour, malgré les relances
incessantes de Maitre Lapouneur, j'ai beau tourner et retourner les
scenarios possibles dans ma tete, plus je réfléchis et moins je me vois
aller au bout en Chartreuse le 29 Juin ; finalement, peu satisfait de
mes conclusions, je m'arrete de reflechir et 2 jours plus tard j'envoie mon
bulletin d'inscription ;-))) . J'ignore a ce moment là que nous entrons
dans une des plus longues periodes de forte chaleur de ces 20 dernieres
années; desireux de preserver la petite condition physique acquise lors
des dernieres semaines, je m'inflige quelques sceances de cagnard
maison, de preference entre 12h et 14h, histoire d'etre pret le jour J,
en cas de grosse chaleur...
[mode flash back off]
J-1, j'ai quasi coupé l'entrainement cette derniere semaine,
privilegiant la recuperation. Au briefing d'avant course, nanti de mon beret de
la "ménagerie", je fais la connaissance du Festnoz et de Mikael (UFO); je
retrouve egalement le célebrissime Lapouneur, entrevu a Belledonne 2002. On y
apprend la difficulté qu'a eu l'organisation pour obtenir l'autorisation de
traverser la Reserve Naturelle,accordée pour cette année, a renégocier en
fonction du comportement des coureurs de l'édition 2003.. On y apprend
egalement que les batons ne sont pas autorisés, que l'organisation n'achemine
aucun sac vers les ravitaillements intermediaires,bref que des trucs qui vont un
tout petit peu changer mes plans. Les previsions météos pour le
lendemain (36°C en plaine) constituent egalement une inconnue supplementaire...
[mode flash back on]
Fin des années 90, je pratique la course a pied depuis quelques mois et
petit a petit je fais la connaissance de gens plus expérimentés, qui me
narrent leurs experiences sur les longues distances de la region
(SaintéLyon, Balcons de Belledonne, Gd Duc); ces epreuves me fascinent,
j'écoute bouche bée, moi qui n'aurais pas imaginé quelques mois plus tot qu'il
fut possible de courir 50km et plus; c'est d'ailleurs une constatation que pour
le grand public, la course a pied s'arrete a la distance du marathon et qu'au
dela il n'y a rien ;-) je suis en tout cas a cette epoque loin
d'imaginer qu'un jour je m'elancerai a l'assaut de ces "geants"
[mode flash back off]
Dimanche 29 Juin 2003, 3h30 : le reveil sonne, je mets peniblement un
pied devant l'autre apres quelques heures de sommeil dans la moiteur de
l'agglomeration grenobloise. Café, petit dej; je finis mon sac (DK5L) qui contient :
- 1 poche a eau 1L (Maxim Neutre 80gr)
- 6 sachets de Maxim 80gr
- 2 sachets de Maxim 60gr
- 6 Gel Arnica 27g
- 2 Gel Maxim 100gr
- Homeopathie (Arnica, Rhus Tox, Cuprum)
Maillot UFO enfilé, j'arrive au Sappey apres 20' de ouature,rejoins le foyer de
ski de fond ou tous les UFOs/zanimaux se retrouvent peu a peu : Lapouneur,
Festnoz, Zebulon, Coureur Solitaire. Manquent Mikael et la Sauterelle (Serge),
dont le relais part 1 heure plus tard.
5h, les 64 inscrits présents de l'epreuve solo traversent le village du Sappey
et rapidement les premiers groupes se forment lors de la montée du Col de
Bens (mi bitume/mi sentier); la montée continue sur un chemin forestier et nous
parvenons a Sarcenas par la route (en raison de coupes de bois). Un trio
d'animaux/UFO s'est constitué (Lapouneur/Festnoz/Blueb) auquel se sont
joints Gilles et Patrick, un apprenti trailer chaussant du 49 et sauvé par
Barlou.com ;-) Bref, notre arrivée au Col de Porte (KM 7, 56') se fait dans la
bonne humeur. Un verre de thé, un verre de coca et une "vidange" plus tard
nous voila a l'assaut du Charmant Som d'abord par la route, puis par un sentier
qui nous amene sur l'alpage du Charmant Som au sortir de la nuit , décor
fabuleux, depaysement total, le pied quoi ;-) . Au pied du sommet (KM 11, 1h47),
un 2nd ravitaillement, puis traversée d'un troupeau de bovins avant d'attaquer
la descente ; apres 10' de traversée assez technique, le trio de la
ménagerie se reconstitue et nous empruntons un sentier tout confort en lacet et
en sous bois dans la foulée (ultra reguliere) de celle qui terminera 3eme
feminine...loin devant nous ;-) Le Lapouneur s'echappe quelque peu ; ma foulée
rasante de bitumeux me vaut de friser la chute a plusieurs reprises (vive les
racines). Et c'est ainsi que nous arrivons a St Pierre de Chartreuse (KM 21,
2h45, 950mD+), lieu de depart du 2nd relais a 5. Remplissage de poche a eau,
quelques etirements; vu que l'on repassera a St Pierre plus tard, avant
d'attaquer les 16 derniers kilos, je laisse dans un sac ravito a mon nom de quoi
assurer ce dernier relais, enfile casquette/lunette et je repars 5' apres mes
deux comperes ;-))
Un long faux plat sur route nous amene a Perquelin (alt 900m), juste le
temps de me faire doubler par le 1er du relais duo...
Face a nous une seule issue, 1000m au dessus de nos tetes,
l'impressionnant Col de Bellefond, situé a 1902m d'altitude. La montée
s'effectue en 2 etapes.
D'abord par un large chemin forestier, devenu ensuite sentier. Chacun
montant a son rythme, notre trio s'est un tout petit peu étiré; Altitude
1480m, nous arrivons d'abord a un petit ravitaillement insolite car
inaccessible, puis un peu plus haut apres une petite cabane de berger,
le paysage devient fabuleux , la lumiere ideale (il est un peu plus de
9h)... Je saute l'arret remplissage de poche et amorce l'ascension via
un chemin en lacet ou l'on devine plus haut une bonne dizaine de
coureurs. Arrivé le premier au col (KM ~27, 4h30, 2000mD+), je m'etire,
admire la vue, puis distingue en leger contre bas Serge, la Sauterelle
qui nous rejoint illico presto, permettant ainsi la rencontre de 4
animaux a cet endroit un peu original ;-)
Le Col de Bellefond est l'une des portes d'acces a la Reserve Naturelle
de Chartreuse, qui pour moi est une veritable découverte; le relief un
peu atypique (plateau de 15 kilometres relativement etroit, encadré de
chaque coté par 1 barre rocheuses) fait plutot penser a celui du Vercors; le
cadre est feerique . Bref c'est un superbe terrain de jeu dans lequel on peut
neammoins se perdre (salut Eric). Quelques ravitaillements bien sympathiques ont
été placés sur ce secteur ; celui du 28 eme kilo nous rappelle qu'il en reste 60
;-) au suivant, le whisky est servi a volonté (ou presque) ; enfin le dernier
avant la descente sur Epernay tombe a pic (c'est l'heure de l'apero) mais je
n'ai pas prévu ma fiole de pastis (-;
Entre temps, les premieres fusées du relais a 5 ont enrhumé les marmottes de la
réserve que nous n'avons pas vu mais simplement entendu eternuer ;-)
Bref il est midi et il est temps maintenant de perdre de l'altitude direction
Epernay via le sentier de l'Alpette, pierreux a souhait et donc terriblement
technique : 30' de descente continue qui font bien chauffer les pieds ;-)
Il y a foule a Epernay (KM 46, 7h34, 2310mD+), lieu de transition du relais duo
(Mikael vient de donner les clefs de sa Twingo a la Sauterelle).
Controle médical OK (tension 14, temperature 37,4°C). Le médecin me conseille 3
gorgées toutes les 5' (mon timer etait réglé sur 15' depuis le début) Le
Lapouneur et le Festnoz arrivent a leur tour quelques minutes plus tard. Je
profite de la fontaine pour immerger casquette, tete, etc ... avale quelques
trucs solides et repars tranquille en marchant direction Saint Pierre
d'Entremont. En descendant dans la vallée, la temperature s'est élevé d'un cran
et j'augmente la frequence des pauses boissons. 10'/15' plus tard je suis
rejoint par le Lapouneur qui a perdu son Festnoz en route ;-) la descente
continue... Ravitaillement de St Pierre d'Entremont, fait chaud et je me serais
bien jeté dans quelques gouilles qui nous narguent plus bas (Guiers Vif ou
Guiers Mort je sais plus) si le Lapouneur ne m'avait pas retenu et sans l'appel
du Millepattes ;-) On attaque la montée vers la Ruchere en regardant de plus en
plus souvent le chrono, focalisés par la barriere horaire de 17h30. Qu'elle est
rude cette montée... Le Lapouneur donne la cadence et j'avoue avoir du mal a
suivre. Un gel Arnica me redonne du peps pendant 15'. Puis un dextrose pour
atteindre le village de la Ruchere. Trempette dans le bassin et c'est reparti
par un sentier, puis moins marrant par une route (reste 30km ki dit le panneau)
qui apres 2km nous amene au foyer de ski de fond de la Ruchere (KM 60, 10h20,
2990mD+).
10' de pause salvatrice (les jambes sont de plus en plus raides), re-remplissage
de poche a eau, 1 pate de fruit; il reste juste 2h pour faire les 12km restants,
ca va etre chaud ... dans tous les sens du terme ;-) On monte toujours mi
ombre-mi soleil, en direction du Col de la Ruchere ou se trouve un nouveau
ravitaillement tenu par un charmant monsieur qui nous dit "ca sera dur pour les
delais a St Pierre..." ben oui, ca sera dur mais de toute facon on a déja décidé
a 90% de ne pas aller plus loin (-;
C'est reparti pour la descente vers le monastere de le Grande Chartreuse ; les
randonneurs se font de plus en plus nombreux ; par contre, nous sommes doublés
de moins en moins souvent par les relais : ca sent la fin de course ;-) C'est le
moment que choisit un "poing de coté" pour nous agresser l'un et l'autre en
l'espace de quelques minutes (ca vient d'ou un poing de coté ?)...
Dernier ravitaillement il reste 4km... je m'attendais a une descente legere
et continue ; le baliseur a choisit un tracé tout en finesse qui surplombe la
roue d'une centaine de metres : ca monte, ca descend, ca tourne, et enfin on
apercoit l'eglise de St Pierre ; une derniere combe , on remonte sur le village
sous les applaudissements et parvenons tout deux dans la meme foulée au point de
relais 10' avant la barriere horaire (KM 72, 12h20, 3370mD+), cassés, vidés...
Plus ni le mental, ni le physique pour continuer pendant encore 3h30 connaissant
la redoutable etape qu'il nous reste a faire . C'est fini pour aujoud'hui, je
rends mon dossard, recupere mon sac ravito déposé le matin, rejoins le
Lapouneur, la Sauterelle et Mikael a la terrasse d'un café proche...
On redescend en voiture au Sappey, assiste a l'arrivée de quelques coureurs,
donc Eric, qui nous conte sa mesaventure, retrouve le Festnoz, capitaine courage
qui a reussi a rejoindre St Pierre de Chartreuse apres 18h et tout le monde pose
pour la photo souvenir de l'édition 2003...A mon avis il y en aura d'autres...
Bilan general
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* Le Gd Duc est une course magnifique qui gagne a etre connue : je ne sais pas
s'il existe beaucoup de courses de ce type en France qui soit aussi peu
mediatique. Imaginez qu'avec 68 inscrits en solo, le record de participants fut
allegrement battu ;-)
* Le Grand Duc est une course difficile et selective (la limite horaire est de
type disuasive) ; vu les temps des "finishers", si j'etais allé au bout,
j'aurais terminé avant dernier...
* Quelques points de confort pourraient etre ameliorés comme une boisson type St
Yorre aux ravitos, un point massage aux km 46 et/ou 72 (avec de "nouvelles"
jambes j'allais au bout ;-) ), l'autorisation des batons (pas bien compris la
raison sur ce coup la)
* Ce fut sympa de rencontrer des UFOs...sympas. Ce fut cool de courir a 3 avec
le Lapouneur et le Festnoz . Si cela ne tient qu'a moi, on recommencera because
je trouve que cela apporte une dimension en plus a la course.
Bilan personnel
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* Abandonner n'etant pas dans ma nature, la deception de ne pas etre allé au
bout apparut le lendemain ; neammoins je pense avoir fait le bon choix en ne
tirant pas trop sur la "bete"... J'avais certainement la force physique pour
aller au bout mais dans quel état a l'arrivée et les jours suivants ? Au
contraire, depuis lundi, ma famille, mes collegues s'etonnent de me voir si
fringants : en fait, j'ai mal aux pattes mais ca ne se voit pas trop ;-))
* Satisfait d'avoir tenu 72km (record battu), 12h20 (record battu) et 3400mD+
(record battu), je considere "mon" Grand Duc comme une nouvelle etape dans
l'apprentissage de la gestion d'un effort ultra.
* Satisfait de ma strategie alimentaire (boisson/solide), je ne vois pas la une
des raisons possibles de mon abandon.
* Bizarre de voir un coureur ayant abandonné content de sa course ? Non pas du
tout, vu que j'estime le resultat a la hauteur de mes possibilités du moment :
les contraintes horaires du Gd Duc m'ont poussé a "forcer" dans la montée du Col
de la Ruchere et a y laisser les forces qui m'ont manqué pour aller au bout...
* Je pense qu'il m'aurait fallu ajouter 2 sorties rando avec 2000mD+ a 2 et 6
semaines du jour J
* Le genou a tenu le coup et ca c'est un autre point hyper positif quand je
repense aux diagnostics des medecins il y a 6 mois "courir avec votre genou est
suicidaire...". Bizarre mais j'ai pas bien l'impression de m'etre suicidé ce
week-end ;-)))
Vous avez tenu jusqu'ici, vous etes apte pour l'ultra ;-)))
L'Blueb
PS: J'ajoute ici mon bilan hebdo des 12 semaines qui ont précédé le Gd Duc. Vos
remarques/suggestions sont les bienvenues :
s-12 : 3h00 E + 1h30 velo
s-11 : 2h30 E + 2h00 velo
s-10 : 1h30 E + 1h00 velo + 6h Trail 37km/1800mD+
s-9 : 1h45 E + 1h15 velo
s-8 : 3h00 E + 2h00 velo + 1h30 Trail 500mD+
s-7 : 3h00 E + 1h20 Trail 300mD+
s-6 : 2h00 E + 3h30 Trail 1000mD+
s-5 : 1h30 E + 8h Trail 60km/1800mD+
s-4 : 1h50 E + 20' Cote 200mD+
s-3 : 2h00 E + 1h50 velo 700mD+ + 2h Trail 500mD+
s-2 : 2h15 E + 1h30 Trail 500mD+
s-1 : 1h E
Voilà, je trouve un petit moment pour écrire mon CR de la course du Grand Duc 2003.
Pourquoi être au départ de cette course ?
Je cherchais une course de montagne longue, évidemment les sirènes du Mercantour ont
chanté tout l'hiver, mais j'ai su résister à la tentation. Surtout mes contraintes
professionnelles ont su me faire rester à Chambéry. J'avais pensé aussi au Cro-Magnon
mais les mêmes problèmes que pour le Mercantour se posaient et puis un nom d'homme
préhistorique ce n'était pas assez noble pour moi. Aussi ai-je tourné mes yeux vers
la Chartreuse et son tour pédestre.
Cette course a l'avantage d'être intime, 500 participants maximum tous parcours
confondus, la distance de 88 Km pour 4180 mètres de dénivelé positif était aussi
très tentante. Les deux seules ombres au tableau étant le temps, souvent le parcours
haut a du être délaissé pour cause de mauvaises conditions météorologiques, d'une part
et de l'autre la barrière horaire, il faut passer le 72e kilomètre et déjà 2370 mètres
de dénivelé positif avant 12h30 de courses.
Faisant fi de ces détails, je m'inscris dès réception du bulletin d'inscription,
aussi samedi 28 juin je découvre que je porte le dossard numéro 2.
Nous sommes 63 hommes et 3 femmes sur le parcours en solitaire, il y a beaucoup plus
de monde présent sur le parcours en duo ou en relais de 5. Au total en comptant ces
trois formules plus la randonnée, il y a près de 500 participants, que le gratin.
Lors des dernières consignes données aux coureurs ce samedi, vers 18 h au Sappey,
je rencontre le Festnoz (dossard n° 1) , le Blueb (dossard n° 12) et Mikaël (un UFO) qui lui
s'aligne sur le duo avec la Sauterelle. Evidemment tout le monde est content de se retrouver
et s'interroge sur les mêmes choses : La barrière horaire et la météo…ne fera-t-il pas trop
chaud demain ?
Jetons un voile pudique sur la fin d'après midi et la nuit pour nous retrouver vers 4h du
matin dans la salle du foyer de ski de fond du Sappey pour le petit déjeuner.
Mes deux compères zanimos de 42kms.com arrivent, alors que je termine mon petit déjeuner,
sans cuillère en argent, avec Sandrine et Gilles, déjà rencontrés de nombreuses fois sur des
courses (la dernière fois à Nivolet-Revard dont Sandrine a fait le récit). Un voisin de table
affirme que la Fort'iche est une course roulante (sic !!!) Je n'entre pas dans une polémique
vaine et regarde les nouveaux arrivants parmi ceux-ci se trouvent Zébulon et Coureursolitaire
de UFO ainsi que Patrick.
Patrick, rencontré par le net, vient ici faire son premier trail avec plein d'interrogations,
de doutes et de bonne humeur, il cherche a entrer dans la haute société des coureurs au long cours.
A 5h, nous sommes sous les ordres et partons en suivant une voiture ONF à travers le Sappey
endormi. Rapidement Sandrine, Zébulon et Coureursolitaire partent devant, nous nous retrouvons à
un petit groupe de 5 dont je rappelle ici les noms pour ceux qui n'auraient pas suivi : Festnoz,
Blueb, Gilles, Patrick et Lapouneur. Il fait nuit, il fait bon tout va bien on se dirige
tranquillement après une première petite bosse vers le col de porte où nous arrivons de jour.
Premier ravitaillement, je prends du thé chaud et un peu à manger. Nous repartons ensemble
pour la montée du Charmant Som par la route, nous discutons toujours, en marchant cette fois.
Notre stratégie est simple, marcher quand le parcours monte, trottiner quand c'est plat et
descendre comme on peut. Logiquement cela devrait permettre de passer la barrière horaire de ce soir.
Nous coupons quelques lacets par un chemin, et nous arrivons presque au sommet. Un deuxième
ravitaillement nous temps les bras. Le Festnoz demande à la bénévole de retenir un coureur nommé
la Sauterelle quand il passera. Elle doute, nous lui expliquons que ce coureur du relais est un
ami à nous, et nous partons.
Il faut passer dans un champ où paissent des vaches tarines … et un noble taureau. Celui-ci est
juste sur le passage, les trois premiers enjambent le fil électrique plutôt que de prendre la
chicane réglementaire. Gilles, qui est très règlement - règlement, veut prendre la chicane. Nous
avons de peu louper une reconstitution de Interville avec Guy Lux, Simone Garnier, Léon Zitrone,
Gilles et le taureau. Pour mon compte, j'enjambe le fil, voyant la mauvaise humeur de notre taureau.
Une dernière montée et nous sommes sur un superbe sentier en balcon, rapidement ce sentier descend,
d'abord dans les rochers puis en sous-bois avec des racines félones au sol. Patrick joue rapidement
les filles de l'air, nous ne le reverrons que beaucoup plus tard. Je fais aussi une petite échappée
dans la descente en sous bois pour revenir sur Gilles au passage du Guiers mort. Il ne nous reste
qu'un très beau chemin le long de ce torrent et une remontée vers St Pierre de Chartreuse pour être
au ravitaillement et deuxième point de contrôle de la course. Cela fait 2h40 que nous sommes partis
et nous n'avons fait que 21 Km pour 950 mètres de D+.
Arrive maintenant le gros morceau de la journée : la montée du col de Bellefont qui culmine à 1902
mètres. Le passage du Guiers était à 795 mètres, soit au total 1107 mètres de montée plus ou moins continue.
Je quitte le ravitaillement en compagnie de Gilles et du Festnoz, le Blueb est resté trafiquer avec
les bénévoles. Pour notre compte, nous partons en trottinant et en marchant suivant le pente, mais
toujours en discutant de tout, de rien, des serpents…
En arrivant au parking de Perquelin, la route laisse la place à une piste forestière et la pente se
fait plus forte. C'est là que nous sommes doublés par le premier coureur du relais de 2, il est parti
à 6h su Sappey, soit une heure après nous. Maintenant, le jeu est de savoir si la Sauterelle nous
rattrapera avant le col ou non.
Petit à petit, je laisse derrière moi Gilles puis le Festnoz, je prends mon rythme de montée des
foulées courte mais régulière avec un balancement des bras en rythme. La piste forestière est
défoncée par les travaux d'exploitation du bois, on se rend compte que cela fait bien trois semaines
qu'il n'a pas plu et que nous avons de la chance que la boue soit figée en une croûte bien épaisse.
Après un bon moment de montée, le parcours quitte les pistes forestières pour un sentier en sous bois
qui nous amène au ravitaillement du col de la Saulce : quelques gobelets d'eau et de soda, un peu de
chocolat. C'est là qu'un groupe de relayeurs me doublent (les 2e à 5e) et que le Blueb et le Festnoz
me rejoignent.
Gilles, quant à lui, a connu un coup de barre et monte à son rythme, nous ne le reverrons qu'au Sappey
ce soir.
C'est à trois que nous montons tranquillement vers le col de Bellefont, au pied de la dernière partie,
alors qu'avec le Festnoz nous faisons une pause remplissage de poche à eau à une source le Blueb continue
à sa main. Le col est juste là, à 150 mètres au dessus.
On voit le chemin qui serpente dans la pente avec sur son dos des points de couleurs…les coureurs.
Je repars en regardant régulièrement vers le haut pour voir où est le Blueb et vers le bas pour voir
si la Sauterelle arrive, le tout avec le Festnoz dans ma roue ou presque. Ca monte mais c'est beau,
j'aurais presque envie de m'asseoir et de rester là à regarder le roi soleil venir sur nous. A propos,
je suis bien content d'être encore à l'ombre dans cette montée. On arrive au col où le Blueb nous
attendait, en dessous nous voyons la Sauterelle monter vers nous, nous restons dans le vent à admirer
le paysage à couper le souffle. Ce qui vaudra au Blueb cette remarque en parlant de lui : " Quel con !! "
pour ne pas être monté avant cette course à ce col.
Un " Bonjour messieurs !" nous fait nous retourner, c'est la Sauterelle qui est arrivée.
C'est un peu magique de se retrouver 4 zanimos comme ça, seuls à ce col perdu. Nous profitons de
ce moment de bonheur à humer les odeurs que nous apporte le vent, grand seigneur.
Il faut descendre dans la réserve des hauts de Chartreuse, en gardant bien en mémoire que c'est
une autorisation exceptionnelle qui permet à la course de passer ici, et nous comprenons pourquoi,
les organisateurs se sont battus pour l'obtenir. J'aperçois des marmottes un peu en retrait du chemin
qui fuient à mon approche.
C'est dans cette réserve que les premiers du relais à 5 nous doublent, un de ceux-ci va même me
demander de boire à ma poche à eau, alors que nous venons de passer un ravitaillement depuis seulement
quelques kilomètres.
Sur ce chemin, d'une main je me rattrape avant de tomber tête la première sur une pierre. Cela m'apprendra
à vouloir dire des bêtises en passant par-dessus un filin tendu à 15 centimètres du sol.
Peu après le ravitaillement du près de Pratcel, où en plus de notre ordinaire, Rhum et bière nous
sont proposés (nous déclinons l'offre) nous retrouvons Patrick assis à l'ombre d'un maigre sapin.
Il n'a plus de force, plus rien ne passe, certainement un problème d'assimilation par manque de sels
minéraux. Nous discutons un peu, il choisit de rester encore un moment puis de rejoindre à son rythme
le premier point voiture à Epernay. Drôle de baptême du trail longue distance pour Patrick, il est
anobli certes, mais dans la souffrance.
Juste avant d'arriver au col de l'Alpette je me tords la cheville gauche. Le premier instant de
douleur passé je repars. Depuis quelques temps le Blueb est devant moi, et le Festnoz derrière.
Du col à Epernay (en Chartreuse pas en Champagne) il y a trois kilomètres de descente et une chute
d'un peu plus de 700 mètres dont, 450 dans le premier kilomètre. La première partie est pénible à
cause des pierres qui jonchent le parcours. Avec la fatigue, la lucidité n'est plus là, je glisse et
camoufle ça en pause pour attendre le Festnoz qui est un peu plus lent.
Nous allons à la rencontre de la chaleur, il fait de plus en plus chaud à mesure que nous descendons.
L'arrivée sur Epernay est digne du tour de France tellement il y a de monde pour nous encourager, les
petites douleurs et fatigues disparaissent.
Cela fait maintenant 7 heures et 42 minutes que je suis parti, j'ai parcouru 46 kilomètres et gravis
2310 mètres.
La Sauterelle nous mitraille avec son appareil photo et annonce qu'il ne nous reste plus qu'un marathon
à courir pour en finir.
Je passe avec succès la visite médicale assis sur une marquise de camping (température 36°
(comment est-ce possible ?) et 14 de tension), je suis en pleine forme ou presque.
Remplissage de poche à eau, mouillage du bandana, petite toilette à la fontaine, ravitaillement
et zou ! je repars avec le Festnoz en trottinant pour rattraper le Blueb parti en marchant depuis
quelques minutes.
Nous longeons le Guiers Vif, cette fois, en pleine chaleur de midi, dès la première côte je
perds mon acolyte. Je continue doucement et finis par retrouver le Blueb. Nous faisons halte à un
abreuvoir pour nous rafraîchir et nous voyons arriver le Festnoz. Celui-ci nous demande de " tous
les pourrir en mon nom ", il est au plus bas et prend un petit rythme pour continuer.
Nous ne sommes plus que 2 du groupe de 5 de ce matin, et je commence à faire le jeu des calculs :
" A quelle vitesse devons nous poursuivre pour être dans les temps à St Pierre de Chartreuse ? " Le Blueb
est persuadé que nous sommes largement dans les temps, mon optimisme est plus que tempéré par la chaleur et
le dénivelé. Car à Epernay, il nous restait 26 kilomètres à parcourir en 5 heures soit un peu plus de 5 Km/h
mais avec un peu plus de 1000 mètres de D+. Ce matin au départ cela ne posait pas de problème, mais
maintenant je doute.
Le passage en fond de vallée le long du Guiers Vif sur une route bitumé nous permet de foncer à 11
kilomètres par heure voire 12 par moments. La chaleur est forte au ravitaillement de St Pierre
d'Entremont la bénévole change le chocolat proposé toutes les 5 minutes car il fond malgré l'ombre
du parasol. J'aurais bien pris un baron en terrasse, mais il n'y avait ni terrasse, ni baron.
Peu de temps après, le Blueb a un coup de téléphone du Millepattes, cela nous remonte le moral.
Nous arrivons au point le plus bas de la course, 650 mètres, en passant sur une passerelle d'où
nous voyons le torrent frais qui nous attend, il faut être fort et repartir, pour monter vers le
foyer de ski de fond de la Ruchère.
Cela commence par un voie forestière large qui monte régulièrement pour nous mener aux Sermes
à 666mètres, tels des bêtes, là un bénévole nous indique un point d'eau où nous faisons une rapide
toilette pour nous rafraîchir.
Juste après la maison à gauche, nous apercevons un raidillon de chez raidillon, " Il va être amusant
celui-là " lâche le Blueb grand seigneur, pensant tout comme moi qu'il ne durait que 30 mètres.
Que nenni !!! Il continue sur trois kilomètres jusqu'au village de la Ruchère. La piste est large
mais raide et irrégulière, il n'est pas possible de prendre un rythme comme ce matin dans la montée
du col de Bellefont.
Je mène un petit rythme, le Blueb me suit à distance. Je ne pense qu'à continuer pour passer sous
cette fichue barrière horaire. Il fait chaud, c'est long et pourtant des Sermes à la Ruchère le chemin
ne s'élève que de 250 mètres. Le coup de grâce est donné quant à la faveur d'une trouée dans les arbres
nous voyons les maisons du village au même niveau que nous et le chemin qui …descend pour passer le
lit d'un torrent à sec. Un peu de trot dans cette descente, mais sans conviction et nous voilà à ce
ravitaillement, où nous annonçons qu'il va être rasé et même arasé. Une bénévole constate que les
coureurs ont l'air fatigué en arrivant et demande si le parcours monte beaucoup : " Non, c'est trop
plat et cela en devient ennuyeux à la fin ".
Prochaine pause dans 3 kilomètres au foyer de ski de fond (300 mètres de montée), mais cela en
plein soleil sur la route, un calvaire. Ce passage va être la fin des espoirs pour beaucoup de monde
et le foyer de ski de fond le cercueil de nombreux dossards. Je revois un coureur qui est tombé passé
la ligne et un autre qui ne voyait pas le ravitaillement tellement tout le monde c'est donné dans cette montée.
Nous y sommes arrivés vidés après 10h 14 de courses, pour 60 kilomètres et 2990 mètres de D+.
Nous sommes sans force mais nous tenons toujours à finir dans les délais à St Pierre de Chartreuse,
il reste 12 Km pour nous y rendre et 380 mètres à monter en 2h 15 soit du 6 Km/h.
Pour cela, il nous faut rejoindre le col de la Ruchère, 330 mètres à monter en 4 kilomètres. Cela
me paraît dérisoire à écrire, mais à monter dans la chaleur, avec la fatigue c'est une autre histoire.
Je suis au plus bas physiquement, c'est la tête qui me fait avancer. Dans cette montée, les barres,
le gel ne font rien ou presque. Le Blueb a l'air bien, lui qui m'annonçait tout à l'heure qu'il
comptait s'arrêter à St Pierre, il mène le rythme de loin. A un moment il m'annonce qu'il n'y a
plus rien à monter " J'ai envie de t'embrasser pour cette nouvelle " est ma réponse. Quelques centaines
de mètres plus loin ça remonte, le Blueb n'aura pas son bisou !!
Le col, son ravitaillement, sa vue, son courant d'air.
On nous dit que nous serons juste pour la barrière horaire, ce n'est plus un problème pour nous.
En fait si, notre honneur nous pousse à vouloir être avant 17h30 à St Pierre afin de pouvoir choisir
d'arrêter, et non être obligé de le faire, noblesse oblige, la nuance est subtile mais elle nous tient
lieu d'ultime motivation.
Pour l'instant ça descend vers la Correrie, je connais ce chemin pour l'avoir déjà maintes fois
parcouru, ça descend tout seul ou presque. Une pointe de côté m'oblige à stopper dans la descente,
peu de temps après c'est au Blueb de subir le même sort.
Durant cette descente, c'est la tempête sous mon crâne, que faire à St Pierre arrêter ou continuer ?
Je suis naze physiquement mais ce n'est que passager, la descente m'a fait du bien et avec un bon ravito
et du repos, je pourrais faire les 16 derniers kilomètres. Je ne sais pas quoi faire.
Nous longeons le couvent de la grande Chartreuse et prenons la route menant au parking, nous devons
slalomer entre les promeneurs, je n'aime pas cette route en temps normal, aujourd'hui c'est encore pire.
Après le parking, nous reprenons un sentier où nous allons bon train, il faut dire que nous devons
faire 3 kilomètres en moins d'une demi-heure. Un vrai sprint contre ma montre.
Cela va bien, le chemin nous amène à la route. Quoi ??? Il faut prendre à gauche ????? Le chemin qui monte ???
Cela va moins bien finalement, il faut monter de 100 mètres sur 1 kilomètre, dur !!! Le Blueb est
toujours devant fringuant et moi derrière traînant les jambes avec toujours ma question " continuer
ou non ? " je sais que si je continue je m'embarque pour 3h30 à 4h de galère, mais avec le plaisir
de finir, la volonté de le faire rien n'est impossible.
Nous sommes en haut, un peu de route en faux plat montant, un chemin qui descend un peu, une
remontée, du monde qui applaudi. Mon sang, bleu, ne fait qu'un tour et je pars en courant vers le
point de contrôle où j'annonce que je stoppe tout.
La Sauterelle et Mikaël sont là, on discute et ils nous ramènent au Sappey. La course s'est
terminée pour le Blueb et moi au 72e Kilomètre après avoir gravi 2370 mètres en 12h16 minutes.
Au Sappey, je retrouve la raison de mon abandon, Mme Lapouneur qui m'attendait. En continuant,
je lui aurait infligé d'attendre jusqu'à au moins 21h.
La grande satisfaction de ma journée, outre d'avoir participé à cette superbe course et de n'avoir
pas eu de crampe grâce à l'homéopathie (Cuprum metallicum en 7 ch.).