La Saintélyon |
| La Saintélyon, nous voici dans la dernière ligne droite, nous sommes samedi matin et
je suis fatigué. Toute la journée, je garde cette sensation. Arrivé à Lyon, je me perd avant de trouver
le départ, puis un resto. 20h15, je monte dans la navette pour rallier le site de départ de St Etienne. Je tente de dormir, mais le manque de place ne me permet qu’à fermer les yeux. Le chauffeur manque le parc des expositions où nous devions aller, voici l’occasion de faire du tourisme nocturne. 21h30, j’ai récupéré mes affaires, me suis changé et me lance à la chasse au Shadock. ![]() L’affût a été de courte durée, en quelques minutes je le débusque avec sa femelle (la Bibi). ![]() Nous entamons la discussion, sans médire des colistiers, puis voyons arriver le Bœuf avec un cuissard du plus bel effet :) ![]() Vers 23h40, nous nous décidons, à contre cœur, à affronter le froid pour rejoindre la ligne de départ. Juste avant j’ai pu assister à une scène révélant le côté coureurs sur route de la famille Shadock. En effet madame avait à la main son téléphone portable et se demandait si elle devait le prendre à cause…de son poids (celui du téléphone bien sur). Un portable de 100 grammes maximum !! ![]() Sur la ligne, nous sommes enregistré grâce à notre DAG (sorte de puce électronique). Chacun fixe son
objectif, le consensus est total : 7 heures, mais personne ne tiendra parole. A minuit pile, le départ est donné alors que de nombreux coureurs ne sont toujours pas entrés dans le sas de départ. En quelques instants, je perd de vue mes trois compères et me retrouve seul au milieu de plus de mille autres compétiteurs. Il est difficile de narrer une course se déroulant de nuit : on n’y voit rien !! Seules des impressions restent
et il est difficile de les raccrocher à tel ou tel point du parcours. Enfin je vais essayer. Le départ est une succession de grandes avenues sans grand intérêt dans St Etienne, où chacun cherche son
rythme. Certains ont peur d’être trop rapide, d’autres d’être déjà trop lent. Enfin tout le monde parle
encore. Il est dommage que plusieurs automobilistes se soient retrouvés sur le parcours, certainement
ont-ils trouvé le temps long à attendre la fin de ce long cortège bigarré. Finalement arrive le 1er
ravitaillement après 7,5 Km de course et 41 minutes de courses, soit un peu moins de 11 Km /heure, juste
bien! Je prends un thé et un peu de chocolat - pour le plaisir. A chaque ravitaillement, je prendrai un
ou deux thés et un petit plus parmi les diverses propositions. Ainsi mes arrêts aux stands seront-ils
toujours très bref, de l’ordre de 2 à 3 minutes maximum. A ma surprise, en repartant je vois un panneau indiquant le kilométrage restant à parcourir : 57 km.
Un de mes camarades, en tira cette conclusion : « Ah !! Les cons !! » en pensant à tout ce qui lui reste
à couvrir. A quelques encablures nous quittons enfin le bitume pour le chemin. Un vrai
boulevard ce chemin d’exploitation agricole et pas de boue. Tout commence bien. Certes depuis un peu
avant le ravitaillement nous ne faisons que monter, mais rien de bien extraordinaire. De toutes façons,
il nous a été annoncé un dénivelé positif total d’environ 1000 mètres. Souvent, je me retourne pour
admirer le long serpent de frontales qui sinue le long du chemin. Dans une descente, nous entendons des bravos et des rires. Tiens ! Certains font la fête ! Non ! Ce sont
des bénévoles qui indique un changement de chemin avant d’arriver à St Christo. Une dernière montée et
c’est le ravitaillement. Un peu la cohue, mais rien de bien méchant. 1 h 40 depuis le départ pour seulement
16 Km, je me sens bien, la vie est belle. On quitte le gymnase où était le ravitaillement par un raidillon qui en fait pester plus d’un. Heureusement
que rapidement nous le laissons pour une rue en descente. Nous voyons nos premières traces de neige du parcours
dans les haies des pavillons que nous longeons. Le froid se fait plus vif. Ma tenue (un Tee-shirt respirant et
une polaire fine) laisse passer la bise et je pense un moment à mettre mon coupe-vent / para-pluie qui est dans
le sac à dos. Premièrement je n’en ai pas le courage, de plus je préfère attendre qu’il fasse vraiment froid ou
qu’il pleuve. Dans les vagues souvenirs que j’avais du profil du parcours, je pensais que St Christo était le point culminant
de la course, puis qu’un passage en plateau lui succédait avant de commencer la longue descente vers Lyon. Et bien
non !! Le sommet est un peu plus loin, un peu plus haut. On quitte la route pour un chemin qui nous permet d’entrer dans le brouillard. L’intérêt de la course de nuit est
de pouvoir découvrir le paysage sous un nouvel aspect, avec des yeux nouveaux, pour le coup c’est réussi.
C’est un nouvel aspect, que de ne rien voir au-delà du faible halo de la lampe. D’où des problèmes pour découvrir
les flaques d’eau du chemin. Quoique rapidement, il ne s’agît plus de les éviter mais de repérer où il est
possible de placer ses pieds sans risquer la chute et l’entorse. Les commentaires sur l’allure à tenir du
début de course, puis sur la neige et le brouillard ont laissé place aux jurons et autres exclamations signalant
ainsi aux coureurs les endroits dangereux, glissants, embourbants à éviter. Peu de temps avant d’arriver au point de contrôle, L’Hôpital, (Km 20) je double un coureur portant sur son dos
une concurrente dont la cheville n’a pas aimé les passages précédents. Un bénévole vient la prendre en charge.
Du coût, j’entends plusieurs concurrents raconter leurs entorses des précédentes éditions dans ce passage ou un
autre plus loin qui semble redoutable. C’est dans cette partie de la course que les premiers égarés se font entendre. Il est vrai que les flèches de
guidages sont assez petites et que de nuit avec du brouillard il est facile de les louper. Surtout quand on est
occupé à viser où l’on va mettre chacun de ses pieds. Enfin, on arrive au ravitaillement de Moreau (22,5 Km et 2h30 de course) où je change la pile de ma frontale. Maintenant, c’est tout schuss dans la boue vers Ste Catherine. Que de la descente sur chemin, rien que du bon.
D’habitude, je ne suis pas un as de ce sport, mais cette nuit je suis à l’aise et double nombre de groupes
peinant dans ces passages. Je me rends compte que depuis St Christo je ne suis plus doublé, sauf dans les
côtes. Globalement, il me semble remonter beaucoup de monde. C’est durant ce tronçon que le brouillard est le plus dense, souvent il y a doute sur le chemin à suivre.
Mais cela reste très beau avec la neige sur les bas-côtés que nous apercevons à peine. A l’entame, du dernier
sentier vers Ste Catherine, je suis en tête d’un groupe et je m’arrête plein de perplexité quant à la marche
à suivre, plusieurs choix s’offrent à moi et tous ont des points lumineux. Mon second doute comme moi, quand
finalement je découvre une flèche cassée indiquant le chemin le moins visible. La descente est pleine de cailloux
invisibles, c’était donc là le deuxième passage casse – cheville. Un peu de route et nous sommes à Ste Catherine
(30 Km de course et 3h 16 de course). Un rapide passage dans la salle des fêtes et je repars. Pourquoi faut-il mettre une côte maintenant ? Je vous le demande. Par pure méchanceté! il n’y a pas de
doute possible. Je traîne dans cette côte qui n’en fini pas à mon avis, je peine à relancer et à nouveau le
froid me gêne. Puis une nouvelle longue descente, où le brouillard plus d’une fois va gêner notre progression.
Certains passages sont très raides, notamment dans une forêt où le rubalise est bien utile pour indiquer le
chemin et servir de main courante. J’oubliais de parler des odeurs. Si de nuit la vue n’est pas le sens le plus utile, même s’il est fortement
sollicité, l’odorat est à la fête. Rapidement, on peut dire s’il s’agît d’un bâtiment hébergeant des vaches
ou des cochons, si le champ a reçu du lisier ou non, si votre voisin transpire des pieds ou non. La nuit est
un régal pour le nez. On discute mais ça remonte maintenant, et je n’aime toujours pas ça. Enfin nous voilà à St Genoux (37,5 Km et
4h21 de course). Un de mes camarades, nous signale qu’une grande côte nous attend, l’une des dernières de la course. Voilà
une bonne nouvelle. Mais effectivement sa monte, et tiens je double du monde !!! La grande forme toujours,
je vois que les 7 heures et le diplôme de Saintélyon d’argent sont largement à ma portée. Je me demande si
les 6h30 ne sont pas possible à taquiner. Après cette belle montée : descente, toujours sur du bitume depuis
le ravitaillement. Et cela commence à chauffer. Je n’arrive pas à allonger la foulée et de nombreux groupes
que j’avais doublés dans les boues me repassent. Tiens, mes cuisses me font mal. Bon, je marche sur 20 mètres et je repars. Mais ça va, j’arrive à me
remettre au trot, pas de quoi pavoiser à peine du 10 Km/h mais j’avance toujours et même plus vite que
ceux qui m’ont doublé lors de mes passages marchés. Oui, enfin, c’est longuet tout ça, et je commence à m’ennuyer ferme sur cette route. Nous arrivons finalement
à Soucieu en Jarrest (46 Km et 5h 13 de course) où je prends un verre de soupe avant de partir. Un rapide calcul, il reste 18 Km et 1h 45 si je veux passer sous les 7 heures de course. 18 Km en 1h 45
rien d’exceptionnel...en temps normal mais après 46 Km de course c’est un autre problème, il faut que je fasse
du 10,3 Km/h alors que mes douleurs aux jambes se font de plus en plus sentir. En discutant, avec un autre
coureur de ce problème, celui-ci me répond qu’il espère pouvoir terminer en 2 h dans le meilleur des cas.
Et effectivement rapidement je le laisse sur place. De mon côté, je reviens sur un groupe
qui m’avait doublé avant le ravitaillement. Bonne chose, mes cuisses ne me font plus mal. Mais les genoux
ont pris le relais puissance dix. Le parcours descend, pour nous amener à un pont, aïe trois marches pour y monter, nous passons une rivière,
aïe trois marches pour descendre, avant de monter dur. En haut je ne peux presque plus courir, j’alterne marche et course. Je me traîne, rien n’y fait, ni les boissons,
ni les barres énergétiques, ni le mental qui pourtant pousse au maximum. Tient! Un panneau « 10 kilomètres de l’arrivée »! J’ai mis près de une heure pour faire les 8 Km depuis le
ravitaillement. Je regarde l’aqueduc qui traverse cette ville en trottinant et calculant que 10 Km en 45
minutes dans mon état, ce n’est pas envisageable. Je me dis que je finirais en moins de 7h 30 la course.
D’ailleurs, nous descendons maintenant, et la douleur se fait plus discrète, je peut donc courir normalement
pour finalement arriver au dernier ravitaillement à Beaunant (57Km et 6h 32 de course) après avoir
contourné une épave de voiture brûlée. Un verre de thé chaud et je traverse la rue en marchant. Car devant mes camarades et moi se dresse une montée des plus impressionnantes, elle impose le respect.
Pour ne pas la déranger nous décidons de la gravir en marchant. Cela à l’avantage de ne pas me faire mal
aux genoux, et de me remonter le moral en doublant quelques coureurs encore plus cuits que moi. Par contre,
un fou nous double en courant, comment fait-il ??? En haut, je tente de relancer la machine mais non, je marche plus que je ne courre, les genoux étant trop
douloureux. Maintenant on redescend et je peux courir. La pente devient plus forte, j’augmente la vitesse
et remonte plusieurs coureurs, même les escaliers ne me pausent pas de problème. En regardant les panneaux
indiquant la distance restant à parcourir, je vois que je suis à plus de 12 Km/h, un record! Nous sommes sur les quais, je pense pouvoir passer sous les 7h 20 depuis quelques temps, le panneau
« Arrivée 2 kilomètres » me confirme dans cette pensée, même si cela est un peu juste. Je relance, mais
nous sommes sur le plat, je sers les dents, les poings, et tout le reste pour tenir mon rythme et passer
sous les 7h 20. Je ne vois pas le panneau « Arrivée 1 Km », je n’arrive pas à savoir où je suis par rapport
à l’arrivée. Et je suis obligé de faire une pause pour étirer un début de crampe au mollet gauche. Je repars
et décide de lever le pied pour passer sous les 7h 25 et ne pas chercher les problèmes. On tourne à droite
et je reconnaît le quartier de l’arrivée, je regarde ma montre je peux faire moins de 7h20 je me relance,
faisant fi de mes douleurs. Je vois l’arche, j’y suis et ce n’est pas fini, on me dit de continuer et de
rentrer dans la patinoire. Oui mais pour cela il faut gravir deux volées de marches qui me font souffrir,
je passe la ligne en 7h21 et des poussières. Je peux nourrir des regrets pour les 100 secondes qui me
manquent pour être sous les 7h 20. Le Shadockh fini avec du mal en 6h30, le Boeuf tout aussi difficilement en 6h40 et Bibi apparement sans difficulté
gagne l'épreuve en féminine en un peu moins de 6h. BRAVO!!
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