La Saintélyon 2003

Surréalisme et course à pied


Récit d'un premier ultra.

Pour mieux connaître l'auteur de ce récit : Damien Boix, surnommé la Tortue.


Le récit de cette course est ponctué de noms bizarres (bio-puce, Bibi, Bourrin, Tortue...) se sont les surnoms de coureurs venus de la liste jogging.


Une fois n'est pas coutume, j'ai pris du temps pour rédiger le cr de cette SaintéLyon. En effet, j'ai voulu prendre mon temps pour tout analyser à "tête reposée" et à "courbatures dissipées" afin de ne pas vous balancer tous les sentiments qui m'ont traversé pendant cette "course" qui restera pour de nombreuses raisons l'un des grands moments de ma "carrière" de sportif, et pas seulement de CAPiste mais aussi de volleyeur, de rugbyman et autres sports en tous genres.

Je commençais à en avoir marre de me faire traiter de tafioles par l'Bourrin parce que je ne faisais que des "petits" marathons (ce qui représentait déjà un graal quasiment impossible à atteindre pour moi il y a à deux ans... et pourtant...). Et puis, à force de lire des récits du Tchimbé, du Mercantour, de l'UTMB et autres courses d'extra-terrestre, je m'étais mis à rêver de me retrouver un jour à traîner ma carapace dans ces lieux mythiques. Mais, pour cela, il ne me fallait pas brûler les étapes. Ainsi donc, j'avais testé le terrain sur la ML à la recherche d'un premier trail long, mais pas trop et pas trop hard surtout. Je m'étais inscrit pour juin 2003 au trail du Val Nantais (42 km de GR vallonné entre Nantes et Savenay), mais des obligations familiales m'avaient obligé à renoncer. J'ai ensuite envisagé le Sparnatrail qui m'aurait permis de faire d'une pierre 3 coups : découvrir de nouveaux zanimos, revoir mon bon vieux papy et découvrir le trail long dans une ambiance zanimalienne réconfortante. Malheureusement, mal remis de mes crampes de mon marathon de la Baule et surtout pris par le sprint final de ma soutenance de thèse, j'avais également du renoncer au dernier moment.

Restait donc cette fameuse SaintéLyon, dont beaucoup de monde sur la ML parlait depuis longtemps. J'en rêvais secrètement sans trop y croire, en allant très régulièrement sur le site pour analyser le parcours (et à chaque fois, je me disais : "c'est pas pour toi ça, 65 km, à minuit, et sur sol instable, toi qui te flanque des entorses en regardant la télé, non, non rêve pas mon pov'vieux, oublie...). Et puis, j'ai relu les CR des zanimos des précédentes éditions, et je me suis dit : "bof, après tout, ce n'est qu'un semi et un marathon enchaînés. En y allant cooool et zen, y'a pas de raison, tu peux le faire. T'as bien fait 2 "Médoc" en 6h30 et plus, tu dois pouvoir gérer la montre". Et oui, car ce que je craignais le plus c'était "l'ennui". En estimant le temps nécessaire à mon périple, je me disais : "Mais à quoi je vais penser pendant 10 heures ?!?".

Et puis cette SaintéLyon, ce ne serait peut être pas si mal pour se tester sur trail long : ma soutenance sera passée (j'aurais l'esprit libre), il y aura sûrement des zanimos à rencontrer, il y a des ravitos assez souvent, il y a des abandons possibles au km 30 et 45, et l'alternance bitume/chemin me permettra de casser le rythme.

J'ai ensuite fait un premier sondage pour voir les probables : Bourrin, Electron, Lapouneur, Blueb, Bibi, Shadock, Toutou et d'autres encore, bref que du beau monde et surtout des "vieux guerriers" de la bouillasse et du pierrier. L'Electron m'ayant annoncé des objectifs à peu près similaires au mien et ayant trouvé ainsi ma bouée de sauvetage en cas de détresse, je me suis dit : "Allez, entraîne-toi, vois dans quel état tu seras à 2 ou 3 semaines du départ, et tu prendras ta décision". J'ai donc couru plus longtemps, plus lentement (si c'est possible !!! ) lors de mes entraînements avec quelques 30/30 de temps en temps sous les conseil du papy. Je me sentais bien, super cool, pas inquiet et hop j'ai envoyé mon bulletin d'inscription en me disant que comme ça je pourrais plus reculer...


Samedi 6 décembre 2003, départ pour Lyon le matin, 7 heures de train plus tard, j'arrive à Part Dieu (je dois être le seul à avoir un train à Part Dieu, sachant que le départ est proche de Perrache, mais bon à 20 euros le billet, je peux bien faire une petit tour en tramway pour relier les 2 gares). Je me rends ensuite à la salle de sport en espérant trouver des bérets bleus partout, que nenni, pas de zanimos en vue. Je me planque dans un petit coin pour essayer de me reposer un peu mais y'a trop de bruit et je n'arrive pas à dormir. Je me rends ensuite à l'AAB : un moineau en rase-motte, le service un poil lent sur la fin, la super bonne humeur, la découverte ou la re-découverte de zanimos, le pichet de rouge ravageur.... bref, je ne m'attarderais pas. Tout ce que je tiens à dire, c'est que pour tous les rassemblements de zanimos auxquels j'ai participé, l'AAB fait parti intégrante et indissociable de l'aventure.

Je m'installe dans le bus à l'avant à côté du Toutou et nous papotons sur la route entre Lyon et Sainté. Nous avons une petite pensée pour le Millepattes en passant devant la sortie Saint Fons et la route défile.
C'est fou cette route, à chaque fois que je la prends, je me fait la même réflexion : en fait, de Lyon à Sainté, on a pas vraiment l'impression de sortir de la ville. Le voyage est très tranquille, j'ai même du mal à repousser quelques bâillements qui me rappellent que ce n'est pas une heure à mettre une tortue sur les chemins. Tout cela ressemble à un déplacement d'un équipe de sport co qui part jouer à l'extérieur. rien de bien follichon, quoi !!

En revanche, en arrivant à Sainté, changement d'ambiance radical : en entrant dans la salle, j'hallucine ... il y a là pelle mêle, assis par terre, des centaines de coureurs. A voir leurs mines et à voir la façon méticuleuse avec laquelle ils se préparent, je comprends enfin que je vais faire une course d'un genre nouveau...Alors, je m'assied par terre aussi, je m'étale diront certain(e)s et j'observe. En effet, je suis captivé par le spectacle, j'observe l'Toutou et le Lapouneur se préparer : tous les gestes sembles précis, on sent du vécu chez ces montagnards. Je vais faire un tour du côté des Ufos, depuis le temps que j'en entends parler ... Ils sont faciles à reconnaître, ils ont tous un T-shirt blanc , sorte de maillot du même club. Y'en a un qui répond au nom prometteur de "Beaujolais runner", un futur copain à moi avec un nom pareil. Le temps passe, il va maintenant falloir que je résolve ma mini-patatoïde que je traîne depuis quelques semaines : "keske je mets comme godasse ?". Bon puisque 90% des coureurs sont en trails, je mets mes trails en me demandant bien toutefois comment mes genoux vont supporter les 35 km de bitume avec ces chaussures dont l'amorti n'est pas adapté à mon poids ?!!

Très lentement, les préparatifs de chacun se terminent, j'ai en face de moi un Toutou bien sombre que je sens très "intériorisé", je le laisse dans sa bulle. Le Bourrin nous montre ses jolies guêtres (très sexy !) et surtout son maillot des "Enfants du Mekong". Sacré Bourin, il m'explique un peu ses démarches, sacré bonhomme, y'a pas à dire ! L'Electron arrive avec ses potes, sortant de leur AAB perso. L'Blueb et le Ratounet arrivent avec une bonne heure de retard because service de bus pas au point. Allez, c'est l'heure, je mets le bonnet, la frontale par dessus, je me regarde dans une glace.... c'est bien moi !!! Mais qu'est ce que je fais là ? C'est l'heure d'aller se coucher et me v'là déguisé en mineur de fond. Je sort de la salle, j'ai perdu d'un seul coup tous les zanimos ;-(( 200 m plus loin, je retrouve le Toutou qui ne me reconnais pas avec mon déguisement ;-)).

Minuit et des brouettes, c'est parti. A ce moment là, je suis hyper zen, même pas peur !! J'ai l'impression de m'élancer pour un entraînement. On courrotte / marche sur 2 km car le départ est donné dans des rues étroites et encombrées de véhicules. On est tout un paquet de zanimos mais très vite le groupe se disloque et en on se retrouve à 4 avec l'Bourrin, la Biopuce, le Ratounet. On fait ainsi le premier tronçon jusqu'au premier ravito en papotant sur nos différents travaux de recherches. Les premiers km sont monotones, c'est plus sympa à plusieurs. A ce moment là, j'ai un gros souci stomacal avec les tagliatelles à la carbonara qui veulent pas glisser. Je pense même m'arrêter pour les évacuer par le haut, mais ça fini par passer.

Après le premier ravito, le Bourrin nous abandonne lâchement. Et c'est à partir de ce moment là que la course commence vraiment. Pour la première fois, il faut allumer la frontale et ça fait flic-floc sous les pieds. A la première descente, je ne fais pas le malin, je suis au ralenti, la Biopuce me passe en virevoltant d'un trou à l'autres, impressionnant.... On se fait comme ça le deuxième tronçon jusqu'à St Chrysto, avec le Ratounet et la Biopuce qui fait l'élastique. A St Chrysto, j'ai une grosse faim, je tombe dans l'assiette de cookies (miam !). Et on repart tous les 3 tranquilles. Et pi, je ne sais toujours pas comment, j'ai alors perdu mes 2 derniers compagnons de la ménagerie. J'ai continué seul, tranquillement, en faisant hyper gaffe ou je mettais les pieds mais je n'ai qu'un souvenir très vague de ce passage. Au ravito suivant, j'ai attendu quelques minutes pensant voir revenir le Ratounet et la Biopuce, mais rien ne venant, j'ai repris ma route car j'avais pas chaud une fois arrêté. Toujours sans trop me rappeler du parcours, je suis arrivé à Ste Catherine. Là encore, très copieux ravito. Je retrouve la Langouste, je suis content de voir une tête connue, malheureusement, elle est mal en point. je sort de la salle pour repartir, et là je croise le Bourrin qui arrive dans l'aut'sens et qui me dit abandonner ;-((((

Vous me croirez si vous le voulez, mais c'est à ce moment là que j'ai regardé ma montre pour la première fois !!! A la sortie du ravito de Ste Catherine, cela faisait 4 heures justes que j'étais parti.

Jusqu'au ravito suivant, le parcours était hyper casse gueule, mais je me suis enhardi un peu et j'arrive à descendre un peu mieux. J'arrive à St Genoux (où j'ai une pensé pour l'Electron). Je m'arrête au poste de secours pour demander de la crème anti-échauffement car je sens quelques ampoules s'allumer aux orteils. Quel type de chauffant qu'on me demande ? Je réponds, qu'après 5 h de course, je suis bien chaud et que j'ai pas besoin de musclor, mais de vaseline ;-))) "Ah ben non", qu'on me dit, "on n'a pas ça en magasin"... Tant pis, je papote avec des concurrents qui me disent que la prochaine partie est tout sur le bitume. Je repars de St Genoux après 5h10 de course. Jusqu'à Soucieux, c'est un très long faux-plat plus ou moins descendant, sur lequel je laisse parler les watts (et les kg), et je cours allègrement, frontale éteinte (on y voit mieux sans la frontale à cause du brouillard), seul et doublant tout le monde. Un moment surréaliste encore. J'ai l'impression d'être dans une bulle. J'ai mal nulle part, j'ai la tête complètement vide, bref je suis heu-reux. C'est sur ce tronçon que se fait le passage au marathon. Je dois bien avoué, que j'étais un poil inquiet sur ce qui allait se passer après car je n'avais jamais couru plus long. Et ben, no problemo, je n'y ai même pas pensé pendant la course. Je me suis retrouvé avec 2 gars (1 tout petit et 1 grand) avec lesquels on s'est mis à 3 de front et on a parcourus ainsi de nombreux kilomètres, sans se parler, mais c'était tout comme. Quand l'un des 3 avait un petit coup de barre, les 2 autres ralentissaient pour l'attendre. A un moment, me sentant bien, j'ai accélérer un peu et ils m'ont suivi, mais plus tard, dans un côte comme j'étais un peu à la ramasse, ils m'ont attendu. sympa !

Je fais une longue pause à Soucieu, j'ai trouvé de la vaseline et je tartine allègrement les orteils. Une bonne soupe bien chaude (trop, je me brûle la gorge...) et je repars pour les 18 petits km qui restent. Je suis plein d'espoir, je regarde ma montre : 6h15, ben mon vieux à ce rythme là tu vas mettre bien moins de 10 heures, peut être même moins de 9 voir de 8 !!! non stop, faut pas rêver . En fait, c'est la seule fois de la course, où je me suis projeté mentalement en avant, et je pense que ça a été une erreur. A partir de là, j'ai commencé à essayer de gérer, de calculer, de réfléchir quoi ! Ben fô pas ! Y'a rien de mieux pour se pourrir les mollets que de se pourrir l'esprit avec des pensées autres que : "Sois cool, fais toi plaisir, écoute la nuit..." J'ai alors eu un petit coup de moins bien mental juste au moment où je vois me doubler le t-shirt du Bourrin, descendant comme une balle dans un chemin où je venais de me faire secouer les lombaires quelques mètres plus haut. J'interpelle le malotru qui m'a tout éclaboussé en passant : "Allooo l'Bourin !!". Non, c'est pas l'Bourrin, c'est le Lapouneur et le Toutou !" A ben ça, c'est une bonne nouvelle, qu'est ce que je suis content de les voir ces 2 zanimos à ce moment de la course. Malheureusement, leur rythme de course est complètement différent du mien. Ils marchent tout le temps, mais à une cadence impressionnante dans les montées raides et boueuses. Je les laisse donc filer. Quelques kilomètres plus loin, je les reprends sur le bitume. Je les redépasse persuadé qu'ils vont me repasser dans la prochaine côte. Au panneau, arrivée 10 km, je commence à sentir la fatigue ! Le dernier ravito s'est fait vachement attendre et j'y attends quelques minutes le Toutou et le Lapouneur en m'étirant , mais ne voyant rien venir je repars pour la dernière bosse, que je monte en papotant en compagnie de 2 autres gars. Le jour se lève, c'est surréaliste, j'ai même pas eu sommeil une seule fois ?!. En haut de la bosse, mais 2 camarades de route sont cuitos mais je suis encore pas trop mal, et je me remets à courir.

Je double un grand nombre de concurrent sur le dernier faux plat montant. Et puis, il y a eu cette très très très longue descente vers le Rhône, où j'ai eu de plus en plus mal à lever les genoux, avec des douleurs sur le devant de la jambe , juste en avant du tibia, à la limite du supportable. J'ai ramé sur les 2 / 3 derniers km. et je passe la ligne, les larmes aux yeux.... dans anonymat le plus total. Je cherche un visage connu pour partager mon bonheur, rien, nib, que dalle !!! C'est là qu'on regrette les sports co avec lesquels on peut communiquer son bonheur à chaud avec les autres joueurs...Le temps de récupérer mon sac et je vois arriver l'Toutou et le Lapouneur. Le Toutou est métamorphosé par rapport à son visage au départ dans la salle. On a l'impression qu'il pourrait faire le retour à pied vers St Etienne. Le Lapouneur marche dans son sillage.... une bonne douche, où la vue des concurrents tous crottés me rappelle les années rugby où l'on prenait une première douche tout habillé pour enlever le plus gros et économiser les machines à laver.

Frais et propres, on rejoint les autres zanimos déjà attablés devant quelques cadavres de kro.
Bravo à bibi pour sa coupe !!! Je commence à sentir méchamment la fatigue et je pique doucement du nez...

Allez, c'est l'heure de rentrer, mais j'ai les jambes défoncées !!! Je profite du départ du Lapouneur et du Toutou pour la gare pour leur emboîter le pas. Braves savoyards, ki ont eu pitié de moi et ki m'ont attendus, faut dire que j'avais rarement eu aussi mal aux pattes. Perrache / Part Dieu avec le Lapouneur. 1 heure d'attente à Part Dieu, où je me suis pratiquement endormi debout. TGV 4 heures, dans un état semi-comateux, l'esprit complètement vidé, les jambes en feu, n'arrivant pas vraiment à dormir, ni à garder mes esprits. Toute ma petit famille m'attendait à la gare. J'ai eu beau essayé de faire le malin, impossible de marcher normalement (et cela pendant 48 heures). Ce soir là, j'ai pas fait de vieux os : dodo très tôt .....

Bon ben maintenant, que j'ai plus mal au pattes, et dès que j'ai guéri ma grippe, on s'en refait une ??? Alors c'est quand la prochaine ?? Parce que si c'est aussi bon à chaque fois, faudrait pas s'en priver !!!

Je conclurais en m'adressant à ceux qui, comme moi, ne sont pas des rois de la basket et des chronos (et ceci n'est pas péjoratif du tout). Ma première course a été en 1999 un 10 km, puis un semi et un premier marathon en 2002, 5 marathons plus tard (dont 2 médoc zanimaliens), j'ai couru la Saintélyon. Et dire qu'il y a 3 ans, je ne savais même pas que ce genre d'épreuve existait ! Maintenant, je sais que tout peut s'envisager. C'est juste une question de temps, de patience, de préparation et d'état d'esprit.....coooooool !!!!


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