La Saintélyon 2003


Le récit de cette course est ponctué de noms bizarres (bio-puce, Bibi, Bourrin, Tortue...) se sont les surnoms de coureurs venus de la liste jogging.
" Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas" aurait dit André Malraux. Certains discutent de savoir si la paternité d'une telle phrase lui revient, mais moi j'ai pu en constater la véracité en ce samedi 6 décembre 2003 lors du pèlerinage annuel en l'honneur de St Elyon.

Pour participer pleinement à l'action de grâce, je suis allé rompre le pain et boire le vin avec quelques frères internautes des chapelles UFO et Ménagerie. L'atmosphère de partage, d'échange fut à la hauteur de mes espérances.
Une partie de la tablée

Profond recueillement lors du repas

Préparatif dans le gymnase
L'attente dans le hall des sports à St Etienne fut aussi un moment de plaisirs et de rencontres avec des coureurs connus et inconnus. Seul regret la salle beaucoup moins spacieuse que l'an passé.

Minuit, c'est en cortège que nous nous rendons sur le lieux de départ de la longue procession. Le temps est frais, zéro degré, humide à cause du brouillard. Je ne porte sur moi que un cuissard long, un t-shirt et une polaire fine. Dans mon sac à dos, 1,5 litres d'eau avec un peu de poudre de perlimpinpin, un coupe vent deux barres et deux gels...au cas où.
Le départ est donné, et c'est près de 2000 pratiquants qui s'élancent sur cette course oecuménique. Et oui ! du bitume, de la terre et même un peu d'orientation grâce à la nuit et au brouillard, toutes les sectes de la course à pied y trouvent leur compte. Il faut slalomer dans les rues de St Etienne pour arriver à trouver notre rythme de croisière. Nous sommes un petit groupe de 4 au milieu de cette multitude : Gè, Toutou, Blueb et moi. Rapidement un schisme à lieu, avec le Blueb nous laissons Gè et le Toutou en arrière.
Rien de bien extraordinaire sur cette partie, si ce n'est la présence de voiture circulant sur le parcours!! Comment est-ce possible?? Heureusement que Elyon était avec nous, pour nous protéger des hérétiques à l'automobiles.

Une grande montée et nous voilà doublé par Gè, parti vers une longue aventure solitaire. Le ravitaillement, cela fait 41 minutes que nous sommes partis, le rythme est raisonnable (11 Km /h). J'ai l'impression d'être plus rapide que l'an passé et de ne pas pouvoir suivre ce rythme bien longtemps. Je reste avec mon compagnon sur les premiers chemins de terre.
Je m'accroche mais rapidement pour ne pas transformer mon pèlerinage en chemin de croix je laisse partir le Blueb et vais à un rythme plus lent. Je prends un nouveau train et avance tranquillement et à ma grande surprise retrouve le Blueb avec le Poc.
Un passage sur route et une petite côte, je les laisse partir sur les traces de leurs exploits de 2001. Et tel un pénitent reste seul avançant comme une âme en peine vers le second ravitaillement de Saint Christo.

J'y arrive en 1h42, persuadé d'être loin de mon temps de l'an passé. En fait seulement un retard de 3 minutes. Quelques libations à Saint Christo, je cherche autour de moi un membre de la confrérie des zanimos en criant un " ZOO !!! " point de réponse. Sauf un concurrent qui me dit avoir vu quelqu'un avec un béret quelques instants auparavant. " Merci ! Saint Elyon pour ton aide. " Ne le voyant pas je repars avec mon coupe vent sur le dos en plus.
L'Electron, à gauche, avec le Poc

Le Toutou toujours au téléphone
Un raidillon, un peu de route où ça ne va pas je n'arrive pas à trottiner. On entame un chemin, je tente de quitter ce purgatoire où je ne suis bien ni en marchant ni en courant, je commence même à penser à finir la course au prochain ravitaillement. La providence me fait reconnaître le Toutou devant moi. Comment est-ce possible ? Je le pensais loin derrière, un miracle. Et à partir du lieu dit l'Hôpital jusqu'à l'arrivée nous n'allons plus nous séparer. Nous allons méditer ensemble sur de nombreux sujets tous plus ou moins mystiques. Et de fil en aiguille allons progresser vers la rédemption, oublier les douleurs et petits coups de mou, pour finalement parvenir au paradis, à la ligne d'arrivée.

Nous quittons la course pour la marche rapide, au début tout le monde nous passe. Enfin ! Jusqu'au passage boueux, car là nous passons tout droit pour nous oindre de boue le plus méthodiquement possible, au risque de nous attirer les anathèmes des autres concurrents.

Moreau, petite pause, pour permettre à mister Toutou de mettre une épaisseur de plus, de nous sustenter tous les deux en thé chaud et tucs salés. Au total un arrêt de 8 minutes. Cela fait 2h40 que nous sommes partis et tout va bien.
Grossièrement, le chemin est maintenant en descente et dans la boue. Voilà de quoi nous satisfaire pleinement. Sans cérémonie nous nous laissons choir dans ces passages. Plus d'un est surpris par ce drôle de cortège : un devant sans lumière qui fonce, suivi de prés par un autre avec une frontale. Ces deux zigs doublant à droite et à gauche dans les cailloux et la boue.

Il est amusant de constater que dans ces portions nous ne sommes pas doublé, alors que dans la section suivante de bitume nous sommes repris par une partie de nos éclaboussés.

Sainte Catherine, après une descente bien sympathique et 3h38 de course nous attend. Nous y trouvons une salle chaude que nous décidons de fuir le plus rapidement possible. Nous y trouvons un Bourrin blesser dans les bras d'une infirmière le strappant. Pour lui les derniers kilomètres ont été un vrai calvaire. Quelques plaisanteries surprennent son ange - gardien et remettent tout le monde de bonne humeur.
Si le Bourrin est arrivée jusqu'ici c'est dans l'espoir de transmettre le flambeau, le t-shirt de " Franchir l'Horizon ", que quelqu'un poursuive sa croisade pour " Enfants du Mékong ". Ce quelqu'un sera moi, me voici maintenant porte étendard de l'opération avec la tache ô combien symbolique de porter cet emblème jusqu'au(x) bout(es).
Le Bourrin et son maillot "Franchir l'Horizon" avant le départ

Bio-puce qui abandonera après avoir traversé cette forêt seule.
Nous croisons l'Electron en sortant de la salle tous les trois (Bourrin / Toutou / Lapouneur). Le parcours commence par une rue en pente qui se transforme vite en chemin instable montant. Le Bourrin décide de ne pas vivre l'enfer et rentre à Ste Catherine. Comme un vieux couple (le Toutou et moi) nous continuons notre pèlerinage sur les traces de St Elyon. Cette deuxième partie de la course est plutôt en descente vers Lyon, mais c'est aussi ici que se trouve les plus belles montées. Ces montées sont l'occasion grâce à la marche rapide de doubler nombres de coureurs sur bitume bien gênés par la terre et le dénivelé.
Un passage en forêt, nous permet de découvrir un chemin digne de la Sparnatie, un chemin roulant !!! Pour les non-initiés il s'agit d'une union entre le sentier et le torrent. Evidemment, nous passons au milieu et doublons ainsi encore du monde.
Une portion un peu plus raide et mon partenaire lâche les freins, il part comme un dératé devant. Une cinquantaine de mètres plus loin, il se retourne et ne me voit pas. Je n'ai pu le suivre, me retrouvant sans lumière et en plus dans son ombre, il était entouré d'une auréole de lumière aveuglante. Finalement nous reprenons notre procession en bon ordre.

Cette forêt laisse la place à de la route, tant pis, laissons repasser les gênés de tout à l'heure. Une dernière côte bien raide et nous voilà à Saint Genoux (4h50). Voilà un saint à qui il ne faut surtout pas oublier de faire sa petite prière, son offrande, son sacrifice, sa génuflexion… car il est jaloux. Combien de coureurs ont oublié de l'honorer et ont subi qui une tendinite, qui un ménisque en vrac… Pour autant il faut continuer à vénérer sainte cheville pour les mêmes raisons.

Nos libations faites, nous repartons pour la portion la moins drôle du parcours : plus que du bitume jusqu'au prochain ravitaillement. Nous profitons de la vue sur les lumières de Lyon et devisons de projets de vacances l'été prochain, de tout, de rien. Et tous les coureurs de bitume scotchés dans la boue nous passe.
A un moment, le Toutou décide de refaire son lacet, grand moment de contorsion pour arriver à le faire sans tendre ou tordre un muscle acariâtre qui viendrait à se venger par une crampe.

6h03 de course, Soucieu, nous y sommes sans l'être. Une soupe chaude, un verre d'eau et hop c'est reparti. Il reste 18 Km au panneau à la sortie de la salle. Il nous semble que les indications kilométriques ne soient pas paroles d'évangile car les temps mis entre les repères de distances sont fantaisistes. Parfois nous marcherions à plus de 10 Km/h et d'autres à moins de 5 Km/h.
Cela ne nous concerne pas, notre unique objectif est de finir notre pèlerinage en l'honneur de Saint Elyon.
Dans une descente faite à bonne vitesse, nous doublons la Tortue qui contrairement à ses allégations semble en pleine forme. Un peu de plat et un pont, monsieur Tortue nous redouble. Le chemin remonte dur, nous repassons notre tortue. Ce n'est que quelques kilomètres plus loin lorsque la route sera plus plate qu'il nous repassera. Il nous repassera pour être dans le groupe d'une coureuse décourager de voir qu'elle courre à notre vitesse de marche.

A nouveau de la route et des rues de lotissement de la banlieue lyonnaise. Mais aucun signaleur. Une place où se prépare le marché du dimanche, une boulangerie qui sent bon les croissants frais cela semble irréel, surréaliste que le monde ait pu continuer à vivre normalement alors que nous sommes 4000 à avoir fait procession dans la nuit, la fraîcheur et la boue.
La Tortue se préparant à St Etienne

Après cette petite place, le sentier entre dans un parc, nouveauté du parcours 2003 qui rajoute un kilomètre sur l'itinéraire de l'an passé et un peu de dénivelé. Et oui, le chemin descend tranquillement vers un étang, le contourne, puis sort de ce parc par un raidillon glissant à souhait. Je donne le rythme et à grandes enjambées nous doublons. Un grand moment de cette montée, un passage en forme d'entonnoir, le chemin n'a la largueur que d'un pied, il n'est plus qu'un rigole de boue, les parois sont raides et glissantes. Devant nous un coureur tente de ne pas mettre ses chaussures dans la fange. Dès que possible nous le passons.
A la sortie de ce chemin, je prends une barre et un peu de gel. Le ravitaillement est bien loin. Plus de 10 Km depuis Ste Catherine, cela fait long. On s'était habitué au rythme d'un ravitaillement tous les 8 Km.
Un panneau nous annonce l'arrivée dans 10 kilomètres. Là encore nous doutons de son emplacement, ou de l'indication des 18 kilomètres restant donné à Soucieu. De plus les panneaux pour les kilomètres restant semblent avoir été placés selon les possibilités d'accrochage et non selon la distance effective restant à faire.
Une grande descente, un panneau 7 kilomètres et le dernier ravitaillement (7h48). Un coureur est évacué sur une civière avec une perfusion. Nous pensons à l'analyse de sang qu'on va lui faire à l'hôpital… Ils vont avoir des surprises, s'ils ne sont pas habitués à ce type d'épreuves sportives.
Le mur pour rejoindre Ste Foy, un bon rythme et ça passe presque facile, nous y doublons plusieurs concurrents à la dérive. Que ces 6 derniers kilomètres vont être long pour eux.

Un hôpital à gauche, un cimetière à droite et nous y sommes. Il ne reste plus qu'à redescendre vers Lyon. Une longue descente et c'est fini. Je vois que mon compagnon est ému par la joie de finir. Toute la charge émotionnelle mise dans cette course se libère. Je lui propose de courir dans cette descente et n'ose plus lui parler. On double, redouble, les escaliers sont dévalés à côté de coureurs peinant marche après marche.
Il y a comme une communion entre nous deux, pas la peine de parler pour savoir ce qui se passe. J'ai eu le temps depuis maintenant presque 7h de comprendre. Nous marchons un peu sur 500 mètres et finissons en courant, montons les marches et passons main dans la main l'arrivée.

Notre championne Bibi, à gauche, recevant le prix de sa troisième place
Comme beaucoup de monde je suis déçu par cette arrivée au rabais dans un couloir sans vie, un morceau de cake, un verre d'eau et un bout d'escalier pour tout ravitaillement. Voilà de quoi offusqué St Elyon, qui mérite beaucoup mieux.

Dans les douches, un jeune coureur s'affale sur un banc et se demande pourquoi il a passé sa nuit à peiner comme cela, il a mal partout. Beaucoup de monde est là pour lui montrer la grandeur de ce qu'il à fait, que dans une semaine les douleurs seront oubliées, seuls les bons moments et la fierté resteront.
Oublié le manque de signaleurs, oublié l'arrivée étriquée, oublié le balisage invisible dans le brouillard, oublié ces longs tronçons de bitume, oublié ces passages glissants, oublié ce podium fait à la va-vite…
Mais toujours en tête le plaisir, toujours les images de ce serpent lumineux, toujours la fraternité, toujours les petits secrets, toujours le courage de certains, toujours la fierté de l'avoir fait, toujours…

Quelques résultats :
en gras sont indiqués les temps des personnes passant dans le récit et le groupe des "zanimos" faisant la course
NomPrénomTempsClassement
AttalaArnaud04:52:041er
CareddaStéphane04:57:012e
SerazihJohan04:58:053e
............
LeservoisierMichelle05:51:4460e
1ere femme
............
MartinLionel / Zèbre05:58:0485e
BecBrigitte / Bibi05:59:3389e
3e femme
MarracqNicoals / Dindon06:00:2991e
GeryMathias / Boeuf06:11:48112e
............
GaudillatPhilippe / Blueb07:20:15487e
............
PocielloChristian / Poc07:57:52777e
............
BoixDamien / Tortue08:37:39997e
CrepyJosé / Toutou08:40:241007e
HarpValéry / Lapouenur08:40:251008e
............
LaurentMichel / Electron09:08:491128e
............
TorregrosaJean-Luc / Ratounet10:18:051285e
............
GibertYolande14:50:011390e
BartolucciAristote15:06:001391e


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