Le marathon d'Orléans, des yeux pour Jean-Claude

Pour mieux connaître l'auteur de ce récit, Hervé Bec

Gérard, un ami, me l'avait déjà proposé au semi de Monéteau, guider Jean-Claude Perronnet avec qui il avait déjà participé à de nombreuses courses. Ce jour là j'ai sans doute hésité un peu, j'aurais bien voulu lui faire plaisir pour courir un peu plus vite qu'avec Gérard, mais j'ai refusé, ne m'en sentant pas capable.
Puis l'idée a fait son chemin, alors quand Daniel, webmaster du site du marathon d'Orléans a déposé une annonce sur le forum « Courir », j'ai répondu immédiatement, je ne savais pas que c'était de Jean-Claude dont il s 'agissait, quand nous nous sommes téléphoné, j'ai vu le chemin parcouru mentalement depuis Monéteau. JC Perronnet est non voyant, après paraît-il avoir été mal voyant, mais ma discrétion où ma timidité m'a empêché de lui parler de son handicap.

Je savais qu'il avait un niveau supérieur au mien, 2h57 sur marathon sans voir la route !, mais j'avais soumis ma disponibilité a un 3h30 à réaliser pour cause d'un 24 heures 6 jours après Orléans, ça ne le gênait pas, il était a son 12 ième marathon de l'année, le chrono importait peu. Il m'annonce samedi soir qu'il est arrivé, son hôtel est entre la gare Sncf et le départ , mais une chose le chiffonne il a appris que les coureurs recevaient leur dossard par la poste, mais lui ne l'a pas. Je lui précise que j'ai vu la liste des inscrits, qu'il a le numéro 1002, qu'on va aviser le matin.
De ce fait le dimanche matin je suis levé à 5h00, ne traîne pas à la maison et file vers Orléans pour y être à 7h00 plus tôt que prévu initialement, le temps de faire un peu connaissance, et d'aller chercher son dossard. Nous sommes rassuré, il est bien là, de l'hotel au lieu de remise des dossard, je guide Jean-Claude, il me tient l'avant bras et je commence à voir pour deux. Quelques personnes rencontrées sur des marathons ou 100 kilomètres viennent le saluer, j'ai également recupérer mon dossard, je lui attache sa puce à la chaussure. Et nous décidons de faire un petit échauffement avenue Jeanne d' Arc, où à lieu le départ.

C'est la première fois que nous courrons ensemble, nous nous contentons de trottiner, sans doute à 10 km/h, je me demande comment ce sera en course.Nous nous tenons simplement la main, mais avec chacun une extrémité d 'un gros élastique, qui nous servira quand il n'y aura plus de danger. La météo n'est vraiment pas bonne, il faisait doux quand nous sommes sorti, avec quelques gouttes de pluie, mais maintenant , la pluie est plus intense, le vent devient fort et nous nous refroidissons. Ce marathon promet d'être humide, Jean-Claude insiste sur l'attention à porter aux plaques d'égout. Nous sommes parti sur la ligne coté opposé au premier virage pour ne pas nous faire écrasé par 1700 guiboles qui nous suivaient. C'était impressionnant : comme une frêle embarcation au milieu d'une mer déchaînée, les 500 premiers mètres étaient une lutte , puis la marée humaine s'est calmée, au second kilomètre nous étions plus serein. Vers le quatrième nous commencions déjà à doubler (!), les pauvres ils avaient encore 38 kilomètres à faire.

Il a fallu faire mon apprentissage de guide, et parler pendant 42 kilomètres. Bibi à ce propos se demandait comment j'allais faire vu que je ne suis pas très bavard...Faire attention aux plaques d'égout, s'éloigner des trottoirs, ne pas trop coller les concurrents pour éviter de leur marcher sur les pompes (on l'a fait une seule fois), éviter tant qu'on peut les flaques d'eau et parler pour prévenir les virages droite et gauche (à la fin j'disais tout a l'envers), avertir des pavés , et plus simplement de l'état de la route (très déformée), indiquer les bateaux sur les pistes vélos, courir au milieu de la route quand la largeur laissée entre le trottoir et les plots n'est pas assez large...

Aux ravitaillements on prenait notre temps pour boire deux thés sucrés chacun, et nous repartions en remontant tranquillement vers "notre groupe" qui prenait de l'avance sur nous a chaque fois. Nous les passions jouant quelquefois les lièvres et au ravito suivant ça recommençait. Ainsi qu'a l'avant dernier ravitaillement, dans la vent, la pluie et avec le vent froid qui nous gelait les cuisses et les mains.
Le dernier ravitaillement n'était qu'a 2 ou 3 kilo de l'arrivée, alors nous avons un peu lâché le groupe pour faire une arrivée en solo (j'ai mis solo passeque "binôme" ça le fait pas) : 3h16'12", pas mal pour une première, vu que j'avais dit 3h30. Mais quand le démon de la course vous prend... Pendant à la course j'étais attentif à tous les détails et essayais de décrire un peu le paysage, tantôt la campagne au milieu des champs, puis la ville secteur pavillonnaire, je lui décrivais coureurs avec lesquels nous nous trouvions, la composition du groupe de coureurs qui nous passait lors de nos pause et où il se situait après, lui signalait notre écart qui diminuait au fur et a mesure. Ensuite quand nous repassions ces coureurs, jean-Claude le savait à l'oreille et par le fait que je le déportais doucement pour les doubler.

Je lui ai fait le décompte kilométrique très régulièrement en lui donnant nos temps de passage pour qu'il se fasse une idée du chrono final. Puis lorsque nous sommes arrivé devant l'arche d'arrivée, il m'a demandé combien de mètres ? », « 200 environ. », nous avons accéléré tous les deux, je voulais que les applaudissements de la foule soient pour lui et non pour la féminine qui nous talonnait à 6 secondes ; de toute façon, elle aussi a eu les siens. Juste avant de passer la ligne je lui ai glissé « c'est bon tu peux lever les bras », ce qu'il a fait quelques secondes avant de me demande notre chrono.

Après ce fut les photos, interview pour Radio Bleue.
Et après la douche, un bon moment dans une brasserie, pour boire le verre de l'amitié et nous restaurer un peu.

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