Le Trail des Cerces

Cela fait maintenant plus d'un mois que le trail des Cerces est fini, et pourtant je n'arrive pas à me lancer dans la rédaction de mon épopée. Est-ce à cause des vacances ? Est-ce à cause du manque d'inspiration ? Est-ce, finalement, car cette course a été choisie pas défaut ?

Cette dernière explication me semble la bonne. Au départ, je devais aller faire un tour autour du golfe du Morbihan, histoire de faire une sortie longue de 180Km. Mais des impératifs ont bloqué ce week-end et mon dévolu s'est porté sur la Merell Sky Race ou, dans sa version française, le trail des Cerces.

Yannick, Fabrice et le Lapouneur
equipe (66K)
Mes états d'âmes étant étalés, passons à la course, 53 Km pour un peu plus de 2000 mètres de D+, au départ de Monetier les Bains, le plus haut des villages de Serre Chevalier. J'ai entraîné avec moi Yannick et Fabrice, collègues de boulot. Fabrice a pris le TGV la semaine dernière, il fait dans les 20 premiers du Tour des Glaciers de la Vanoise, pour sa première participation à une course de ce type (trail et montagne). Yannick, quant à lui, il n'a jamais dépassé le semi et voudrait tenter cette aventure. La règle est simple : on reste ensemble tout le temps et je l'emmène sur la ligne d'arrivée en gérant les barrières horaires.

Les acteurs sont présentés, place à l'action.

Il est 7h, le départ est donné. Fabrice a disparu depuis quelques minutes déjà, il part devant, pour voir « comment c'est ». Je ne le reverrai plus de la journée.

Le début du parcours est calme dans le fond de vallée et l'on s'élève tranquillement vers le col du Lautaret en empruntant chemins et petites routes. Je ralentis un peu mon partenaire qui a des fourmis dans les jambes. Nous remontons tranquillement le peloton, puis nous stabilisant dans un groupe. Nous en profitons pour deviser de tout, de rien, de notre rythme surtout. Il faut noter que pépère Yannick est un peu beaucoup anxieux.

La longue montée vers le Galibier
Le soleil arrive, le frais du départ disparaît. « Tu crois qu'il va faire trop chaud ? » remplace le « la température est idéal » qui lui même remplaçait un « fait un peu frais ce matin ». Je me gausse fier de mon expérience des longues distances et de mon rôle de grand frère. Mais c'est vrai qu'il commence à faire chaud !

A gauche le Lautaret, à droite le Galibier
Nous découvrons petit à petit le col du Galibier, le sommet de la course et notre première ascension. Sur la gauche, la Meije nous surplombe. Je regarde, photographie et ...perd Yannick. Ces fourmis sont devenus sauterelles et il gambade devant. Pas très loin, mais l'espace se creuse régulièrement, alors que nous quittons le fond de vallée pour prendre l'ancienne route du col. Et je vois , mon Padawan qui grimpe en trottinant sur ces pentes mythiques. Même si ce n'est pas en vélo et sur la route que nous montons vers le col, il n'en reste pas moins que le Galibier, c'est le Galibier et que ça monte raide.

Je suis parti avec mon cardio. C'est une première dans ce type de course. Cela me permet de gérer ma montée, pour l'alternance course et marche : si le coeur passe sous les 160 je trotte, quand il atteint 165 je marche. Technique efficace, même si le cardio est de trop bien souvent les sensations correspondent aux indications de la technique. Du groupe qui était avec moi dans le fond de vallée, qui m'avait distancé dans les premiers hectomètres, eux courant - moi marchant. L'écart est stabilisé puis je reprend du monde à partir de la traversée sous la route du Lautaret. Plus la route monte, plus je reprends de monde, au final l'écart creusé par Yannick cesse d'augmenter, pour même commencer à se réduire, alors qu'il coure toute la montée. Bon, il faut avouer que je dois marcher à près de 6 Km/h quand je me repose et à un peu plus de 7 quand suis au train. Cela ne m'empêche pas de jeter des coups d'oeil en arrière et de contempler le chemin déjà parcouru. Je dois confesser aussi un peu d'orgueil et de fierté en regardant loin en dessous de moi mes compagnons du début de l'ascension, et le faible écart avec mon petit copain coureur. Et puis bien fait pour lui, il n'avait qu'à rester avec moi.

Peu avant le col, ravitaillement au pied d'une stèle en l'honneur du Tour de France. J'y arrive quand Yannick en part, il me fait signe qu'il m'attend en haut. Je me ravitaille en solide et liquide et commence à monter. Où est mon bandana ? Je redescend, fouille, scrute et ne trouve rien. Je remonte et machinalement me passe la main sur la gorge où se trouve mon buff. Pfff !!! pas très lucide tout ça.

Le petit raidillon
Ceux qui parmi vous sont allés au col du Galibier, ont sans aucun doute remarqué que celui -ci ne déroge pas à la règle : il est un point bas entre deux sommets. De la stèle (à la sortie du tunnel côté Briançon) nous rejoignons un col un peu plus à l'ouest du mythe du Tour de France et montons à la table d'orientation qui le surplombe par un tout-droit-dans-la-pente qui fait mal aux jambes. Pause photo.


La vue depuis le col vers Valloire
Ce sommet est suivi d'une descente raide casse-patte vers le resto sous le col côté Valloire. J'y rencontre Anne, la femme depuis une semaine de mon condisciple: qui me dit : « Yannick est devant, il t'attend en bas. »

En lisant la description du parcours : Col du Galibier – Plan Lachat... je visualisais mal le chemin de descente. Et l'illumination est venue lors de la pasta party en lisant le road-book. L'étincelle est un petite phrase anodine « col du Galibier, bla bla bla, monter à Plan Lachat... » Là je me suis écrier « Aline ! » non « Comment ça MONTER à Plan Lachat !!! ???? » En fait nous allons descendre sur la vallée qui part à gauche et non dans celle où est la route (à droite) et rejoindre quasiment le hameau de Bonne-Nuit.

Je déteste les descentes ! Je hais les descentes ! Et celle-ci traîne en longueur, d'abord bien raide sur une piste large, puis sur un sentier caillouteux qui n'en fini pas. Ce n'est pas que le paysage soit laid, loin s'en faut, mais ça dure, et puis Yannick qui m'attend en bas, n'est jamais là. Tous ceux que j'avais doublé dans la montée me double, puis mon groupe de départ, puis d'autres encore. Je suis vidé.

Enfin, le bout du chemin, on tourne à droite et hop on remonte d'abord tranquillement puis un peu plus. C'est le chemin pris lors de la Fort'iche en 2001. Dans la montée cela va mieux, mais je suis vide. Il faut dire que je suis partis avec seulement deux ou trois barres de céréales Grany. Donc pas de gel ou autres produits riches en sucres rapides, dans la poche à eau un peu de Caloreen.

Malgré tout j'avance, me disant qu'au prochain ravito cela ira mieux. Je ne pense plus revoir Yannick, alors qu'il est là juste devant quand nous traversons la route du col. J'imagine déjà notre arrivée main dans la main fiers d'avoir vaincus à deux le massif des Cerces. Mais voilà qu'il m'annonce avoir rendu son dossard et pense à rentrer en voiture. Je tente de lui faire reprendre la course, mais rien n'y fait.

Le coup est dur, je n'étais pas au mieux mais là mon moral est à des niveaux abyssaux. Vite il faut repartir et avancer sans se retourner, sans penser à ce faux-frère ( je ne lui pardonnerai qu'à l'arrivée quand il me ramènera chez moi dans sa voiture).
Vite je marche pour monter vers le camp des Rochilles. Cette montée vers le ravitaillement, puis vers le camp et le col où j'ai de grands souvenirs de levé de soleil en 2001, me semble n'en plus finir. C'est surtout un grand moment d'introspection. Je suis à la recherche d'une motivation pour continuer plutôt que de rejoindre Yannick et finir la journée par une glace en terrasse. Je continue pour finir un ultra en montagne, chose que je n'ai pas fait depuis longtemps. Non! Qu'est-ce que j'en ai à faire de finir ou non cette course ? Rien. Bon, je cherche autre chose. Et je trouve : MA FEMME ! Je n'ai quand même pas laissé la Lapoupoue seule ce week-end, alors que je suis parti lundi dernier et que je ne rentrerai que vendredi prochain, pour abandonner comme cela à la première difficulté venue.

Le lac de la Clarée
Et me voilà reparti à l'assaut de la montagne, les montées des cols des Rochilles, des Cerces et de la Ponsonnière se font facilement. Par contre les descentes qui les suivent, sont des calvaires. Le trailer expérimenté et plein d'orgueil a oublié de se couper les ongles des orteils. D'où des douleurs a chaque pas en descente. De plus la fatigue ne me permet pas d'appréhender correctement les passages entre les pierres. Je me traîne.

Passage à gué
Dans la descente, vers le ravitaillement. Je double une famille et en profite pour discuter un peu, expliquant la course et son parcours. Quand je les quitte, j'entends le fiston « Pourquoi il cours pas pour les doubler ? C'est pas une course, alors ! » Gna -gna-gna ! Je fais ce que je peux.

La dernière partie de la descente vers le ravitaillement est une horreur. Chaque pas est une souffrance. Mais plus rien ne m'inquiète, j'ai ma pensée positive celle qui me permet d'être au dessus des contingences physiques : la Lapoupoue. Enfin, surtout je sais que je ne suis plus très loin de l'arrivée.

En quittant, cette dernière halte un bénévole nous indique que nous commençons le sentier du Roy, peu de dénivelé « presque plat » qu'il a dit ! Tu parles !
Sur le sentier du Roy
Le paysage est splendide, mais ça n'en finit pas et ça monte ! J'ai trouvé la montée du Galibier plus facile. La fatigue et le manque d'entraînement se font sentir. Quand, sur le replat final, je me rend compte que je suis accompagné par plusieurs coureurs qui était avec moi à Plan Lachat.

Comment est-ce possible ?
Le peu de temps passé aux ravitaillements, mon rythme de montée. Je suis peu doublé dans ces tronçons.

La station de Monetier et l'arrivée en bas

A droite, en contre bas, j'aperçois l'arrivée, il ne reste que quelques kilomètres, hélas de descente. Je fais mais adieux à mes camarades du moment et les laisse partir devant et commence à me faire doubler par une quinzaine de personnes. Quand le chemin devient assez lisse. J'arrive à me lâcher et pars à la folle vitesse de 12km/h minimum avec des pointes à 15. Là encore c'est la tête qui fait oublier la douleur et trouver une façon peu académique de prendre des appuis. Je redouble presque tout le monde et rattrape un autre groupe en bas de la descente à la sortie de la forêt quand la chaleur nous assaille. Il ne reste plus qu'à avancer à un bon rythme sur le même chemin que ce matin et de finir vaillamment.

C'est chose faîte. Un grand merci aux bénévoles pour leur gentillesse et une bonne leçon de morale à Yannick et nous rentrons à la maison. Déjà nous avons des projets de course à faire à deux.

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