La Saintélyon 2005, apprentissage de la douleur



Je cherchais une course pour la fin de l'année 2005, année sans compétition ou presque pour moi. Je n'ai participé qu'au raid IGN et au raid Bombis et à une course de 8 Km à Modane en octobre. Un programme assez cool finalement. Mais 2006 commence dès janvier par le Raid 28, il faut donc un peu d'entraînement.

Professionnellement, je travaille et habite, depuis septembre, à Saint Michel de Maurienne, pour ceux qui ne connaissent pas c'est au pied du col du Télégraphe. Pour l'entraînement, c'est soit côtes soit petit circuit de 20 à 25 minutes en endurance dans les rues éclairées du bourg.
Comme il fait nuit très tôt depuis le changement d'heure, je fait de l'entraînement bi-quotidien, le circuit en endurance le matin vers 6h20 et rebelotte le soir avec variante frac en ligne ou en côte.

Ce programme serait idéal si depuis la mi-novembre je n'ai pas pu courir à cause d'un mal de dos tenace puis de rues encombrées par la neige.

Cessons les excuses et rendons nous, à Lyon le 3 décembre 2005. Sur le quai de la gare de Perrache, je retrouve le Hérisson, le Zèbre et le Shadock, nous voyageons ensemble vers St Etienne où un repas bien sympa nous attends. Le cadre 3 étoiles, les compagnons de tables font passer rapidement le début de soirée.

Ensuite, nous nous rendons dans le hall des expositions, où sont distribués les dossards. Imaginez plusieurs milliers de mètres carrés, avec du monde dans tous les sens, et notre groupe qui se positionne près d'une porte en plein courant d'air. Non, il y avait de la place ailleurs!

Le départ est annoncé tout le monde se dirige vers le point G, et je perd immédiatement les camarades. Ca y est je suis seul, près pour ma course.

L'introduction est longue, mais je n'ai pas pensé à la course, ou presque jusqu'à maintenant. Et encore je ne suis nullement stressé ou anxieux, je viens faire une sortie longue du mieux possible. Le parcours étant allongé et mon entraînement limite, j'espère être sous les huit heures.

Le départ est donné, je me force à ne pas partir trop vite, mais je sens que mes jambes vont à plus de 12 Km, tant pis continuons comme cela. Je reconnais au passage les 4 arbres où à 4 membres de la Ménagerie nous avions fait pause pipi il y a 2 ans.
Pendant tout le parcours ou presque je vais tenté de replacer des souvenirs diffus de mes précédentes participations.

Enfin, nous arrivons au pied de la première côte je la monte en marchant vite, et je sens les pâtes bolognaises qui se rappellent à moi. Nous allons courir ensemble de longues minutes les pâtes bolognaises et moi. Cela en négociations permanentes entre elles qui veulent me quitter et moi qui leur demande faire encore un bout de chemin avec moi. Finalement, la digestion aura raison des revendications alimentaires.

En avançant, je n'ai pas de frontale, je l'ai mise dans mon sac à dos, et mon courage n'est pas suffisant pour faire une pause et la sortir. D'où quelques coup de pied sur des cailloux.
Je remarque en arrivant à St Christo, premier point de relais, que l'organisation a été améliorée avec une séparation entre les relayeurs et les raideurs, la mise en place d'un ravito rapide et d'un ravito plus important.
C'est là que je commet une faute lourde de conséquences pour la suite de la nuit : je ne vais pas aux toilettes alors que cela me pèse dans le ventre.
De là, au fur et à mesure que le temps passe, mon ventre devient de plus en plus douloureux et m'oblige de plus en plus souvent à marcher.

Dommage j'étais bien. Et je vois bien que lorsque je cours, les jambes vont bien, et la forme est là. Je me permet de faire les descente vers Ste Catherine sur les bas côtés et doubler plein de monde, idem dans les montées où mon rythme de marche est supérieur à celui de bon nombres d e mes collègues.

Tout va bien, malgré ce mal au bide et un petit point de douleur à un genou.
Tout va bien jusqu'au début de la grande partie de bitume. Elle commence après le ravito de ?????, au pied d'une côte de 2 kilomètres. Bon là, pas de problème. Puis du goudron, de l'asphalte, du bitume, bref de la route.
Conséquence, là où les autres courent et prennent de l'avance, je ne peux plus rapidement que au mieux trottiner, et le plus souvent marcher.
Pourquoi ? Parce que les trépidations de ma machine me rentrent dans le creux de mes intestins et que les tendons de mes genoux, l'adducteur gauche me font souffrir.

A Soucieux, je file vers les toilettes, pour me soulager. Ce que j'aurais du faire il y a bien longtemps.
Je pourrais repartir vite. Si le bas ventre ne me rappelle plus à ma mémoire, mes articulations continuent de me faire payer ma négligence de St Christo.

Je tente en arrivant sur Lyon de supporter la douleur pour dévaler sur les quais de Saône, en vain. Puis de courir contre le temps, un diplôme est peut-être envisageable, mais le fort vent de face et des indications kilométriques, apparemment loufoques, mettent un terme à ces espoirs.
Je ne les retrouvent que pour le sprint final et l''arrivée dans le palais des sports de Gerland.
Belle arrivée, mieux qu'avant. Je passe cette ligne en 8h29 à ma montre.

Il y a deux ans, j'avais fini les larmes aux yeux, d'avoir partagé un moment fort avec le Toutou, cette année j'avais aussi les larmes aux yeux, mais de lutter contre le mal.

Au bilan, je suis déçu par ma performance, j'avais les capacités pour taquiner le diplôme d'argent.
Au bilan, je suis content de ma performance, j'ai réussi à me prouver que malgré la douleur je pouvais avancer.



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