| Le sentiment du devoir accompli, Depuis près d’1 an ,je sentais que le record de France des 24H était à ma portée mais entre le penser et le faire…..J’ai décidé de courir Brive seulement depuis mi avril,envoyant mon inscription à la dernière minute pour ne pas me mettre trop de pression et en demandant à l’organisation d’être discret sur ma venue…Dans ma tête c’était clair :faire au moins 232km.Biensur n’était pas raisonnable avec Taiwan en février,une intervention chirurgical début mars….mais bon…mon instinct me disait d’y aller(comme pour Nouvion l’an dernier au championnat de France 100km)..et en plus j’était un peu (beaucoup) poussé par Shadock.. Par contre quand j’en ai parlé a mes fidèles du club (Claude,Claudette ,Francine Loulou..) ils étaient moins enthousiaste.. Normal, peur de n’avoir pas assez récupéré, de la blessure… Sans le savoir,ce record, je l’ai « construit » avec ma préparation de Taiwan qui était mon objectif 2006.Tout le début d’année,je me suis entraînée énormément, assidûment, par tous les temps et mon résultat personnel à Taiwan ne m’a pas satisfaite. J’avais le sentiment du travail non récompensé à ça juste valeur. La joie de cette médaille de bronze par équipe n’effaçait pas une grande frustration…Durant tout le mois de mars de repos « forcé » mais nécessaire, j’ai analysé mes 24h,fais une sorte « d’état des lieux » qui m’a permis de dégager des faits évidents :mauvaise gestion course,manque de vigilance, pb ravito…..Début avril ,je retrottine ,pas génial, je marche ,je cours mais doucement certaines sensations reviennent. Au 100Km de Belvès, j’accompagne Shadock en vélo,l’envie de courir me démange,d’avoir dialoguer avec plusieurs coureurs dont Karine Herry me redonnent le pêche….De retour de Belvès,la procédure pour tenter de battre le record est enclenché…. Shadock « planche » sur les différentes allures possible pour arriver à courir 232km.Au final,il me « concocte » un tableau de marche qui sera un support précieux pour contrôler mon allure tout au long de l’épreuve. Moi de mon coté, j’étudie mon ravitaillement. J’adopte la méthode de Fabien Hobléa (merci Fab)qui est de faire des repas à heure fixe comme dans une journée normale .Entre les repas , je bois ou grignote, mais surtout,je décide de me ravitailler seulement tous les 4 ou 5 kms ,ceci dans le but de bien assimiler chaque prise et non de « charger » l’estomac. c’est également un gain d’énergie dispo pour les muscles,l’estomac étant moins demandeur car plus au repos. C’est dans un carnet ou apparaît tous les kms avec les temps de passage que je note le ravito primordial que je dois prendre à tel ou tel moment (homéo ;sporténine…)Ainsi,Claudette(Mme Ravito) sais quoi me donner et moi suis rassurée. Pour l’entraînement, je n’ai pas le temps nécessaire pour refaire un cycle de préparation,je décide donc de me « reposer » sur ma prépa de Taiwan…En avril,je ferai juste une remise en forme avec un volume kilométrique qui grandira jusqu'à 15 jours de la course (de 50km à 160km avec 3 sorties de 3h).Durant ces 15 derniers jours, je peaufine ma préparation mentale. .Avec Shadock,on revoit la stratégie avec l’allure définie,avec mes sponsors, je règle les derniers détails du ravito (la dernière semaine avant compet, j’ai pris beaucoup les aliments prévus durant la course pour que mon estomac soit habitué et non surpris),mon podologue me « bichonne » les pieds…Avec le staff ASPTT on se voit régulièrement pour que chaque personne révise son rôle durant ces 24H.Dernier point très important pour une mère de famille,une amie me propose de garder mes enfants à la maison en toute sécurité…Vraiment sympa,merci Cricri… Dans ces conditions, j’arrive à Brive le mercredi midi très sereine,détendue,rassurée par un circuit que je connais,une organisation toujours aussi efficace et accueillante. Jeudi 10h ;le petit peloton s’élance tranquillement. Claude ,mon président,65 ans se fait plaisir et fera les 3 premiers Kms en tête comme pour me montrer la voie…Super ambiance,on blague ,papotte…Au 32ème km je dis a Shadock : plus que 200 kms…comme quoi,dès le début j’y pensais…les 100km sont atteint en 9h20,cool..sAvec Yves et Shadock ;on se relaye en tête de course. Au fils des heures,chacun est dans sa « bulle »,moins de paroles,les 1ères petites douleurs apparaissent en même temps que la pénombre arrive…Moi,suis nickel,pas de bobo,moral au beau fixe .Côté ravito ,c’est le top,Claude au chrono m’avise souvent de ma cadence par rapport au plan établit,je suis largement dans les temps…La nuit est belle,temps idéal mais ambiance est tombé, j’ai l’impression d’être seule sur le circuit :certains se reposent,d’autres mangent,moi je tourne….Shadock marche beaucoup,il a son walk man…J’hésite a prendre le mien mais le laisse dans mon sac,les échanges de paroles et de regards des miens me suffisent…Entre 150 et 200km ai l’impression que ça va bien pourtant Claude et Claudette sont soucieux,ma cadence a baissé,de 15 min d’avance,il me reste que 7 min de marge sur mes prévisions chronométriques…Pourquoi ??La cause en est des arrêts « pipi » trop fréquents(preuve que mes reins fonctionnent bien et que je suis bien hydratée).Ces » pauses « me casse le rythme et bien sur avec la fatigue,la « machine » met de + en + de temps à reprendre le tempo.. Je décide donc d’adopter une autre manière pour uriner(devinez mais je dois dire que j’ai des progrès a faire dans ce domaine…)En même temps,je commence a inclure des gels dans mon ravito et passe de 1 à 2 sporténines par prise…Petit à petit je retrouve mon rythme de croisière,Claude retrouve le sourire,et le jour se lève .Que du bonheur,moral boosté avec en prime les 200km passé en 20h15..Très lucide,je fais pleins de calculs dans ma tête,et je positive sans cesse :allez, plus que 32km,juste une longue sortie…Surtout rester vigilante car avec la fatigue,une chute est vite arrivée (vieux souvenir de BRNO ou je suis tombée 3 fois sur la même barrière).Côté ravito,je dis à Claudette de ne me donner que banane,gel et eau (souvenir de Taiwan ou ce « cocktail » m’avait relancé les 2 dernières heures..) Après une nuit bien tristounette,l’ambiance arrive avec les spectateurs,le speaker annonce que je viens de battre mon record personnel,entre nous,je m’en fous….n’ayant qu’un chiffre en tête :232 kms….Les 9 derniers kms pour atteindre le record,je les vivrai intensément avec le public qui décompte avec moi le nombre de tour restant a effectuer .Le staff ASPTT court dans tout les sens,m’encourageant,certains camescopes (hi,hi) me « pistent » sur le parcours,les coureurs me félicitent s’écartant pour me laisser passer…Shadock qui alterne course et marche m’annonce qu’il va faire 210km,nouveau record…Yes…. Claude,mon président remet son dossard pour faire les derniers tours ensemble….ça y est, 232km au bout de 23h40 de course…..Claude me demande si je continue ou j’arrête,sans hésité je lui répond que j’ai signé pour 24H alors je courrai jusqu’au bout(je ne voulais pas renouvelé l’erreur de Gravigny ou j’avais marché près de 30 min simplement parce que j’avais atteint mon objectif de 220km qui est international A) et puis,pour un record de France, chaque mètre est important…les 3km596m restant ne seront que du bonus…J’ai l’impression que je pourrais encore courir des heures….Je me sens très grande et fière,tout se bouscule dans ma tête,mes enfants ,ma famille ,mes heures d’entraînements…Des larmes arrivent dans mes yeux,des larmes de bonheur … Au coup de canon final,j’ai du mal a m’arrêter après 24h de course non stop…Tout mon staff ASPTT est vers moi,je réclame du sucre et coca pour éviter l’hypo après un tel effort.. Après une petite interview pour la télé locale, je vais vite m’allonger car je me sens très faible subitement…Mon pb ,c’est que j’ai naturellement une petite tension(10 max) alors après une telle épreuve ma tension chute à 8.5 d’où l’utilité d’oxygène et une petite perf de glucose(comme chaque fois)pour me remettre » sur pieds » Le podium est grandiose,suis tellement heureuse que je ferrais la bise a tout le monde….Et en plus 1ère au scratch…allez,sans rancune…. En conclusion,je pense que c’est vraiment une victoire collective. La BecTeam et l’ASPTT-Team ont merveilleusement été en osmose durant 24h…La préparation minutieuse n’a pas laissé de place au hasard, c’est ce qui a été déterminant dans ce succès…A partir du moment ou on a réussi a tout maîtriser certains domaines :ravito,gestion moral…et bien moi ,je n’avait qu’a courir…d’ailleurs ,c’était bien là le but essentiel quand j’ai pris le départ de la course…. |