3 juin 2005
Il est 13 h 45 quand Christine
et Isabelle me récupèrent à Saint Laurent direction
Bordeaux. Le voyage se passe sans souci. Nous trouverons la pluie
à Brive et aussi quelques bouchons. Nous nous dirigeons à
Pessac chez Nicolas, un copain de Christine. Nous serons prises dans
les bouchons du centre ville de Bordeaux (demi-finale championnat
France rugby), ce qui nous a permis d'admirer la ville. Philippe qui
habite Talence nous rejoindra avec sa femme et son fils. Soirée
sphaghetti carbonara pour tout le monde avant notre dernière
nuit dans un vrai lit chez Philippe.
4 juin 2005
A 8 h 45 nous quitterons Bordeaux
pour rejoindre le camping du Pin sec à 140 km plus au nord
le long de la côte Aquitaine. D'autres coureurs étaient
déjà là. 7 tentes de 9 places étaient
installées + celles de l'organisation. Nous sommes d'abord
passés au contrôle médical avant de prendre notre
déjeuner sous forme d'un buffet froid, servi par l'organisation.
L'après-midi fut
consacrée au contrôle des sacs, à la sieste, à
une petite promenade sur la plage sous un soleil de plomb. Mon sac
pesait 6 kg 200 sans l'eau, c'était le plus lourd des 3. A
19 h 30 eu lieu le briefing par Gérard et Caroline Caupène.
Il fut très bref mais l'essentiel était dit. Une dernière
pasta-party avant l'autonomie nous fut servi ce soir là. Bonne
nuit la tente " Huchet ", c'est le nom de notre tente occupée
par 8 coureurs et qui est aussi un cours d'eau en Aquitaine.

5 juin 2005
Pointe de la Grave - le Pin Sec : 48 km
Je n'ai pas très bien
dormi, le sol était dur et il a fait un peu froid. A 6 h 30
nous étions déjà tous debout. La condensation
de la tente mouillait nos duvets.Premier
petit déjeuner sorti du sac (et un poids en moins), puis préparation
des pieds, du dos avec de l'élastoplast pour éviter
le frottement du sac à dos.
A 8 heures un bus nous emmena direction Pointe de la Grave pour le
vrai départ de la course sur la plage. Le départ devait
être donné à 9 h par le Maire, finalement il fut
donné à 9 h 15 par Caroline qui avait décidé
de ne pas attendre. Nous
longerons la plage sur 2 km environ avant de pénétrer
dans la forêt. Et déjà des coureurs s'étaient
égarés. En effet, Gérard nous avait remis la
veille un road book avec l'itinéraire de l'étape et
des balises obligatoires à pointer, hormis cela l'itinéraire
était assez libre. Au 6e km, nous avions une première
balise à pointer avant de retourner longer la plage plein sud
pour 10 km.
Je suis partie avec Christine
et Philippe. Au 16e km, alors que nous retournions dans la forêt,
1er ravito en eau. Il faisait déjà très chaud
et nous abordions des chemins très sablonneux. Je
me suis laissée décrocher pour pouvoir assurer la fin
de l'étape et ma semaine. Les 65 coureurs présents au
départ étaient déjà très éparpillés.
La fin de cette étape me parut longue et épuisante.
Finalement au bout de 4 h 41 de course, je franchissais la ligne d'arrivée,
encore au Pin sec à la 12e place au classement général,
ce qui n'était pas si mal.
L'étape a été
dure, pour moi plus dure que pour le Marathon des Sables. Elle risque
de laisser des traces lors des 5 autres étapes. Et déjà
des ampoules à mes pieds + la fatigue. Par contre, contrairement
au MDS, nous avions des douches et elles furent très appréciées.
Nous étions très sales, la terre dans les forêts
était noire. Tandis que nous nous reposions à l'ombre
des tentes, les arrivées se succèdèrent tout
l'après-midi.
4 abandons dont 1 sur blessure
pour la seule première journée. Nous ne serons plus
que 7 ce soir sous notre tente, notre compagnon qui a abandonné
aujourd'hui rejoindra l'organisation jusqu'à la fin de la semaine.
Gérard Caupène s'inquiéta un peu de la grosse
fatigue des coureurs et se demandait déjà s'il n'avait
pas mis trop de difficultés dans cette première étape.
Au classement par équipes,
Interflora occupait déjà la 1ère place sur 7
au total mais 4 étaient déjà incomplètes.
Notre dîner à base de liophylisés fut prit rapidement.
Nous avions surtout besoin de repos.

6 juin 2005
Le Pin Sec - Carcans : 31 km
Malgré un somnifère,
je n'ai pas très bien dormi. La fatigue, le froid auxquels
il faut rajouter l'océan y sont sans doute pour quelque chose.
Départ à
8 heures pour cette étape de transition de 31 km tout de même.
Alors que nous suivrons rigoureusement la carte, un groupe de coureurs
ira rejoindre la plage en espérant bénéficier
d'un terrain plus roulant. Notre itinéraire empruntera une
piste sablonneuse sur 5 km avant de rejoindre Hourtin et un petit
sentier très étroit à travers la forêt.
Puis un lac, que nous longerons pendant plusieurs kms. Le paysage
était superbe. Je courais avec Christine.
Isabelle nous suivait un peu plus loin. Premier ravito au 17e km,
Le photographe était toujours là pour essayer de prendre
les photos les plus surprenantes. Notre chemin se poursuivit à
travers les forêts de pins où les racines nous empêchaient
de profiter au maximum de la vue. Quelquefois les chemins s'élargissaient
mais malheureusement ils étaient aussi plus sablonneux. Les
balises nous donnaient des indications quant au kilométrage
parcouru. 2 km avant l'arrivée, nous rejoindrons la plage en
escaladant une dernière dune avant d'entrer dans un camping
de Carcans et passer sous la banderolle d'arrivée. 4 h 06 nous
aurons été nécessaires pour boucler cette 2e
étape.Isabelle arrivera
peu après, toujours aussi souriante.
Nous rejoindrons nos tentes montées
en plein milieu d'une forêt de pins. Puis la douche en attendant
Isa, toujours aussi souriante à l'arrivée. Mes pieds
commençaient à me faire énormément souffrir.
Aucune assistance médicale n'était normalement autorisée.
Finalement vu l'état de nombreux coureurs, le règlement
a été modifié et les interventions urgentes furent
autorisées. Ce fut un podologue allemand (qui courait d'ailleurs)
qui prit mes pieds en charge. Hormis 2 grosses ampoules, j'avais également
un hématome sous le gros orteil, ce qui nécessita une
anesthésie locale. J'ai pleuré tellement j'ai souffert.
J'espère seulement que je pourrais repartir le lendemain sans
trop souffrir.
Encore 4 abandons à signaler pour aujourd'hui. Et toujours
Interflora 1ère par équipe mais plus que 2 équipes.
J'avais gardé mon portable avec moi sans chargeur, et je donnais
des nouvelles tous les soirs à Christian qui se chargeait de
transmettre à tous nos supporters. Finalement cela faisait
du bien d'avoir des encouragements. A 20 heures, tout le monde était
déjà dans son duvet.

7 juin
2005
Carcans - Cap Ferret : 62 km
Levée à 5 h 30.
Il fait encore nuit. Nous avons reçu pleins de SMS d'encouragements.
A 7 heures, départ de l'étape la plus longue. Le ciel
est nuageux, il fait très lourd. Notre parcours emprunte une
grande partie la forêt, nous avons du nous prévenir contre
les attaques de mouches très virulentes dans la région.
Chris, Philippe et moi décidions encore une fois de partir
ensemble. Les premiers kilomètres sont assez roulants. Après
8 km de forêt, nous poursuivons notre chemin sur la plage jusqu'au
km 15 et le premier ravito avant de retourner dans les teres. Chris
ne se sent pas très bien. Je reste avec elle pour l'encourager.
Philippe part devant. Mes pieds me font souffrir ainsi que ma jambe
gauche, du sans doute au terrain instable et au manque d'appui.
Les kilomètres défilent lentement, nous avançons
à notre rythme, nous alternons marche dans les parties trop
sablonneuses et course. Le parcours ressemble à des montagnes
russes (petites montées, descentes). Les 7 derniers kms se
feront sur la plage à marée basse jusqu'au cap ferret.
Chris pleurera à l'arrivée de ses 62 km parcourus en
8 h 08 mn. Je ne sentais
plus mes pieds.
Retour chez le podologue pour
une nouvelle anesthésie. La podologue allemande me suggère
de couper le bout de mes chaussures pour pouvoir continuer la course.
Notre campement était installé sur la plage en plein
soleil. Isa mettra près de 11 heures pour franchir la ligne
d'arrivée, en compagnie de notre concurrent espagnol. Elle
finira la dernière partie sur la plage à marée
haute. Bravo Isa. Dur de se reposer à l'ombre de la tente,
il fait plus de 50° dessous. Nous trouverons un petit emplacement
un peu plus loin à l'ombre des pins. La nuit allait être
agitée, il y avait beaucoup de vent.

8 juin 2005
: étape de nuit
Dune du Pyla - Biscarosse : 34 km
Pas de réveil ce matin,
mais le soleil se chargera de nous réveiller. Par contre l'air
est frais. Nous avons une vue sur la dune du Pyla. Nous irons faire
un tour jusqu'à l'océan mais pas question de mettre
les pieds meurtris dans l'eau salée. Gérard Caupène
passera dans chaque tente nous expliquer l'étape de nuit qui
nous attend.
Nous passerons la journée
à l'ombre des pins pour nous reposer. Je ne pouvais plus enfiler
mes baskets, il me fallait trouver une solution, soit couper le bout
mais mes pieds allaient être une proie facile pour le sable,
soit trouver une paire de chaussures plus grande. Brahim, qui avait
abandonné la veille, alors qu'il était en tête
de la course, me proposa les siennes avec une pointure de plus. Je
pris le risque.
A 18 h 30, un bus nous emmena
jusqu'au port du cap ferret où un bateau nous conduira jusqu'à
la Teste, tout prêt de la dune du Pyla. A la tombée de
la nuit, nous avons rejoint le sommet de la dune par une longue montée
d'escaliers.
C'est sous le coucher du soleil,
à 22 heures, que le Maire donnera le top départ de cette
étape. La vue était magnifique, un spectacle fabuleux.
Après avoir longé la crête pendant quelques centaines
de mètres, Chris et moi, suivies par de nombreux autres coureurs,
décidions de rejoindre directement la plage pour éviter
un peu le sable. Beaucoup de coureurs, pour le fun, ont choisi de
longer la crête jusqu'à son extrêmité. 8,5
km de plage sur un sable mou où seules apparaissent les lumières
des coureurs qui scintillent sur l'océan, merveilleux. Chris
et moi avions encore décidé de courir ensemble, bien
évidemment si je n'avais pas trop de problèmes. Mais
ce soir, je me sens bien, j'ai l'impression de voler, mes pieds ne
me font pas souffrir.
Maintenant place à la forêt et à la nuit noire,
nous croisons des coureurs qui ont pris des raccourcis mais qui doivent
maintenant pointer à la balise. Même avec la frontale,
difficile d'éviter les racines, les ronces, le sable qui jonchent
le sol. Déjà 17 km de parcourus, je ne les ai pas vu
défiler.
De temps en temps nous rattrapons des coureurs partis trop vite ou
égarés. Les derniers kms de l'étape s'effectueront
sur une piste cyclable jusqu'au camping de Biscarosse. Chris a encore
des petits soucis de santé, elle a la tête qui tourne.
Finalement avec des encouragements, elle finira cette étape
avec moi après 4 h 10 mn de course. Quelle
belle étape encore ! A 2 heures du matin, après une
douche froide, nous rejoignons nos duvets dans l'attente de notre
Isa. Elle arrivera un peu plus tard en essayant de se faufiler dans
son duvet sans faire de bruit, mais malheureusement il n'y avait que
moi qui avait gardé l'il ouvert en l'attendant.

9 juin 2005
Mimizan - St Girons : 34 km
La nuit fut courte. J'ai eu du
mal à dormir comme d'habitude. A 8 h 45 nous avons pris un
bus jusqu'à Mimizan où l'avant-dernier départ
fut donné à 11 h 30 sur la plage. Nous mettions de plus
en plus de temps à rejoindre l'arche. Il fait déjà
très chaud. Isa n'est pas du tout en forme, elle n'a rien mangé,
envie de vomir et surtout très mal aux mollets. La journée
s'annonce difficile. Nous allons avoir du mal à garder notre
1ère place par équipe car son compagnon espagnol d'échappée
est parti comme un bolide ce matin.
L'étape débutera
par 5 km de plage et des traversées d'eau (impossible de ne
pas avoir les pieds mouillés et dommage pour les beaux pansements,
tout est à refaire). Puis l'itinéraire rejoindra la
forêt de pins et les toujours aussi fatiguants chemins sablonneux.
Chris, elle aussi, ne se sent pas très bien. L'équipe
d'Interflora " a besoin d'eau "
Puis au 15e km, nous
rejoindrons de nouveau la plage et l'embouchure de Contis, un cours
d'eau que nous traverserons à l'aide d'une corde pour éviter
que le courant nous emmène. L'eau nous arrivera jusqu'au genou.
Ce fut le coin idéal qu'on choisit les photographes pour prendre
des photos insolites comme Marie-Anne qui traversera sur les épaules
de son mari. Les pieds mouillés deviennent de plus en plus
lourds dans le sable. Puis les montagnes russes se succéderont
qui nous feront très mal aux cuisses. Les kms défilent
lentement, de temps en temps nous rattrapons des coureurs un peu à
l'agonie mais qui acceptent mal de se faire dépasser par des
femmes. L'arche d'arrivée apparaîtra à la sortie
d'une dernière petite bosse pour rejoindre la plage. Nous passerons
la ligne en 3 h 59 (un dernier petit sprint pour passer sous les 4
heures).
Nous étions fatiguées
mais contentes. Notre adversaire espagnol était déjà
arrivé, il ne restait plus qu'à espérer que tout
se passe bien pour Isa et surtout qu'elle finisse peu importe le temps.
Elle franchira la ligne en 4 h 50 en pleurs, complètement épuisée,
les pieds meurtris. Elle s'en voulait d'abord perdu notre 1ère
place, même si pour moi l'essentiel est que nous arrivions toutes
les 3 au bout en se faisant plaisir.
Je retournerai malgré que je n'en ai pas envie, voir le podologue.
Ce soir, l'organisation a décidé de nous offrir du coca,
du pain, du fromage, et une pêche comme réconfort de
nos efforts. Dernière nuit mais tant pis ce soir je prends
des somnifères.

10 juin 2005
St Girons - Vieux Boucau : 20,5 km
Ce matin, dernière étape,
nous sommes réveillés par des coureurs qui préparent
leur petit-déjeuner. Il nous faut débarasser les tentes
rapidement pour que l'organisation puisse plier et avoir le temps
de remonter les tentes au Vieux Boucau avant notre arrivée.
Il nous reste 20,5 km à effectuer sur la plage. Les premiers
vont foncer. Isa est quand même allée voir un podologue,
elle a une grosse ampoule qui s'est infectée. J'avais décidé
de courir avec Isa pour la dernière étape, même
si j'aurais apprécié de Christine partage elle aussi
cette étape avec nous, et que l'équipe Interflora arrive
ensemble main dans la main.

L'attente fut longue jusqu'au
départ donné à 12 h précises. Pour la
dernière étape, c'est Gérard Caupène qui
donnera le top départ. Après 500 m de sable très
mou, nous rejoindrons la plage à marée basse direction
plein sud jusqu'à Vieux Boucau. Le rythme d'Isa me paraît
assez rapide, nous suivons Chris de loin, partie à la recherche
de la 2e place au classement général. Nous
baisserons un peu de rythme, cela me paraissait plus raisonnable pour
arriver au bout.
Mes pieds ne me faisaient pas
trop souffrir (merci à Brahim pour ses chaussures). L'océan
était peu agité, il n'y avait pas de vent mais il nous
fallait boire régulièrement pour ne pas nous déshydrater.
Nous passerons sur des plages de naturistes, encore peu fréquentées
à cette période. Au bout de 12 km, nous franchirons
encore un cours d'eau et de nouveau les pieds mouillés. Et
les photographes toujours aux aguets. Les pansements ne résisteront
pas à ce nouveau bain de pieds.
Les kms défilent, Isa
se sent bien et surtout je pense qu'elle apprécie que je l'accompagne
pour cette dernière étape. Cela me fait très
plaisir de courir avec elle. A 300 m de la ligne d'arrivée,
Chris viendra à notre rencontre pour franchir l'arche avec
Antonio et toute l'équipe espagnole. Nous sommes tombées
dans les bras des unes des autres, heureuses d'avoir vaincues la 1ère
trans aq'.
Nous ferons une photo souvenir
avec nos amis espagnols qui finalement finiront seulement 11 mn devant
nous au classement par équipes.
Nous finirons quand même
1ère équipe féminine. Nous nous sommes bien défendus
! ! !
Un buffet nous attend à
l'arrivée. Nous attendrons tous ensemble que tous les coureurs
franchissent la ligne d'arrivée avant de prendre une bonne
douche bien méritée. Puis un petit tour au bar s'impose
avec nos compagnons de tente pour fêter ensemble cette victoire.
Puis l'heure est venue de la remise des prix. Chaque coureur fut appelé,
du dernier au premier. Une médaille, un tee-shirt et une bouteille
de médoc pour tout le monde. Verdict final : 62 coureurs au
départ, 50 à l'arrivée de cette 1ère transaqu'.
Nous recevrons le trophée
de la région Aquitaine pour notre 1ère place par équipe
féminine. La soirée se terminera autour d'un apéro
et d'une paëlla géante, accompagnée par un groupe
foklorique.

11 juin
2005
Nous n'en avions pas fini du
sable, nous avons du dormir une nouvelle nuit sous la tente dans le
sable, avant de quitter Vieux Boucau pour un retour au Pin sec en
bus et rejoindre nos voitures. La
voiture d'Isa était chargée, nous avons ramené
Bernard et Robert sur Lyon, leur compagnon de route les ayant abandonnés.
(et oui malheureusement le sport ne rapproche pas toujours).Nous
avons vécu une belle aventure humaine encore une fois qui nous
fait supporter la souffrance, et sans doute réaliser des choses
que nous ne pensions pas être capable de faire.
BRAVO LES FILLES ET MERCI
A VOUS