Traversée d'Est en Ouest du Groënland

30 mai au 2 juillet 1994

 

Sur les traces de Paul Emile Victor, une aventure hors du commun sur une terre mythique, aux confins de notre planète : la traversée à ski de l'Inlandsis, le gigantesque désert de glace qui constitue l'essentiel du Groënland.

De la côte Est à la côte Ouest, un raid extraordinaire en totale autonomie.


But de notre expédition :

Notre expédition avait pour but de rejoindre depuis la côte Est, en partant du village d'Isortoq, la côte Ouest aux environs du village de Kapisillit, soit environ 600 kilomètres en totale autonomie.

Notre traversée se fera à ski. Nous tirerons chacun une pulka (ou traîneau) d'environ 70 à 80 kg, comprenant nos affaires personnelles, nos vivres de courses (rations quotidiennes d'environ
5 000 calories par personne ; réchauds à essence...), tentes, pelles, essence...

Nous disposons de 29 jours pour effectuer cette traversée, il est donc nécessaire de parcourir une vingtaine de kilomètres par jour pour respecter notre planning. Nous devons donc progresser durant 7 heures effectives.

Que représente la calotte glaciaire ?

L'Inlandsis qui, plus qu'autre chose, caractérise le Groënland. Aux endroits les plus épais, quelque 3 km de glace recouvrent le terrain primitif.

Il couvre quelque 1,8 million de km², soit 14 fois environ la superficie de l'Angleterre. Le niveau des mers se trouverait réhaussé approximativement de 6,5 mètres si cette calotte glaciaire fondait. Le poids de l'Inlandsis se fait sentir depuis des millions d'années. Il a abaissé de 800 mètres environ le niveau du terrain primitif initial.


Approche diététique de la lutte contre le froid :

L'acclimation au froid est limitée, mais une exposition régulière l'améliore.

La lutte contre le froid conduit, par une thermogenèse accrue, à une augmentation importante de la dépense énergétique. Dans les expéditions polaires, il est courant d'utiliser des rations hypercaloriques de 4 000 à 4 500 kcal/jour, l'origine de ces calories étant de peu d'importance (glucidique ou lipidique).

L'impossibilité d'emporter des aliments frais pose le problème d'une carence vitaminique. Au cours d'un séjour prolongé, il est conseillé de se procurer une supplémentation en vitamine C.

La déshydratation doit être la hantise du randonneur polaire engagé dans une course de longue durée. Elle favorise la baisse de performances physiques et psychiques, les gelures, l'épuisement... Un apport quotidien de 3 à 5 litres peut être nécessaire pour compenser les pertes.

Comme le dit cette citation : "De tous les animaux, l'homme est celui qui s'adapte le plus facilement, non seulement aux climats les plus extrêmes, mais aux conditions de vie les plus extravagantes, car il a une faculté qui lui est propre : le rêve, l'espoir."

Budget :

35 000 Frs environ chacun, voyage aller-retour depuis Paris compris.

Une expédition sur l'Inlandsis, au-delà de l'attrait d'une aventure exceptionnelle garantie, c'est d'abord une organisation logistique coûteuse pour tous.

L'autorisation pour pouvoir effectuer la traversée, délivrée par le Danemark nous côutera 1 800 Frs chacun.

L'assurance danoise : 7 300 Frs. Aucune assurance française n'a voulu prendre le risque de nous assurer.

A cela, il a fallu ajouter : l'alimentation (principalement à base de lyophilisés), les tentes (Helsport), l'essence, les pulkas, les pelles, l'équipement individuel indispensable, les chaussures (les chaussures sont canadiennes de marque Sorel avec chaussons en feutres intégrés garanties jusqu'à - 50°), le matériel de location loué chez Grand Nord Grand Large (skis, doudoune, pantalon anti-froid, réchauds), un GPS et une balise de détresse Argos (1 pour l'équipe).

De plus, pour arriver sur la calotte glaciaire, nous avons utiliser, hormis le vol France-Groënland, un petit avion jusqu'à Kulusuk, puis deux hélicoptères jusqu'à Ammassalik (où nous resterons quelques jours pour finir de préparer nos pulkas), puis Isortoq, et enfin un bâteau de pêche nous emmènera jusqu'au bord de la calotte glaciaire. Tous ces transferts avec des surplus de bagages nous ont coûté très chers.

Histoire de ma traversée

Je vous invite à la découverte du Groënland, la plus grande île du monde. Kalaalit Nunaat, "terre des hommes", des groenlandais, habitants de cette île représentant 5 fois la surface de la France, et peuplée seulement de 55 000 habitants.

En août 1991 je pars à la découverte du Sud du Groënland avec Grand Nord Grand Large, agence spécialisée des pays de l'Arctique.

Arctique, Antarctique, noms magiques, terres de rêves qui depuis toujours fascinent les hommes, attirés par le mystère des extrémités du monde. Terres ultimes où le soleil disparaît pendant des mois, où les jours sont des saisons.

Aucune route, aucun sentier ne relie villes ou villages. Tous les transports se font par air ou par mer. Dans l'Arctique, et particulièrement au Groënland, tout est fonction de la météo, des glaces, des saisons...., de l'imprévu. Mais l'aventure vaut d'être vécue : l'immensité et la pureté des paysages, les glaciers débitant leurs icebergs, les glaces aux mille bleues illuminant les fjords, les pêches miraculeuses, les gens, l'isolement enfin...

90 % de la population est établie sur la côte sud-ouest. Cette région est l'endroit le plus doux de l'Arctique, une toundra côtière très verdoyante de lichens, de mousses et plantes à fleurs, parsemées de saules et d'aulnes nains qui lui a valu son nom de Groënland (terre verte) lorsque le viking Erik le Rouge y débarqua au Xe siècle. De nombreux lacs parsèment cette région. Le sud est aussi une région agricole où plusieurs fermes isolées tentent l'élevage du mouton et du caribou. Le Groënland c'est aussi la pêche, nos repas seront souvent améliorés par une pêche abondante, notamment de saumons...

Le Sud est constitué de petites îles où l'Inlandsis (la calotte glaciaire) toute proche déverse ses icebergs. Cette calotte glaciaire couvre 1,8 million de km². Ce désert de glace m'avait fasciné, et quand Didier, notre guide en 1991, me proposa d'en faire la traversée d'Est en Ouest soit 600 km, je n'ai pas hésité, c'était une chance exceptionnelle.

Nous nous sommes donc préparés pendant près de 18 mois à cette expédition. Il nous fallait être prêts physiquement, moralement. Les 3 critères essentiels d'une expédition polaire de longue durée étant une condition physique irréprochable, un bon équilibre psychologique, une excellente tolérance à l'égard des autres membres de l'expédition. Nous devions être à même d'évaluer notre résistance au froid, notre état de santé, notre endurance, notre adaptabilité à l'isolement total dans un environnement hostile et enfin notre capacité à vivre en groupe des situations difficiles.

Notre expédition était prévue pour juin 1994. Il fallait s'occuper de l'autorisation obligatoire pour la traversée que le Danemark nous délivrera, il fallait aussi trouver une assurance, ce qui fut le plus dur. Aucune assurance française ne voulut nous assurer pour ce genre d'expédition, finalement nous avons trouvé une assurance danoise. Didier s'occupa de tout l'équipement collectif, c'est-à-dire tentes, pulkas, pelles, essence, réchauds, nourriture (nos rations quotidiennes de 5 000 kcal seront principalement composées de lyophilisés). Mac et Patagonia nous aideront matériellement dans notre aventure. En ce qui concerne les skis et les doudounes anti-froids, GNGL nous louera son matériel. Il ne fallait rien oublier, pour cette aventure exceptionnelle. Nous disposerons d'un GPS, qui nous donnera notre position par rapport aux satellites, et d'une balise de détresse Argos.

La date fatidique approchait. Mes dernières nuits avant le départ furent agrémentées de rêves et d'angoisses. Comment allions-nous réagir au froid, à l'isolement...

Didier, Bernard, Jean et Valdé (un Groënlandais) seront mes compagnons de voyage pour cette aventure.

Nous voilà partis le 30 mai 1994. Notre première escale après Paris sera Copenhague au Danemark puis Kangerlussuaq sur la côte Ouest du Groënland, où nous passerons une nuit et où nous retrouverons Valdé et Didier, partis avant nous pour les derniers préparatifs. Un petit tour autour de l'aéroport international pour découvrir des boeufs musqués, devenus rares sur cette île.

Le 31 mai, nous survolerons la calotte glaciaire jusqu'à Kulusuk puis un hélicoptère nous emmènera ensuite jusqu'à Ammassalik, la plus grande ville de la côte Est. Et déja des paysages fabuleux, notre 1er baptême en hélicoptère fut inoubliable, les montagnes blanches se reflétant dans l'immensité bleue. Ammassalik avec ses 1 500 habitants se caractérise par de petites maisons en bois de toutes les couleurs de l'arc en ciel. L'ancienne église qui date de 1908 est devenue un musée d'objets anciens et contemporains. La plupart des villageois vivent de chasse et de pêche. Souvent plusieurs générations logent sous le même toit.

Nous resterons là 2 jours et demi pour finir de préparer nos pulkas (traîneaux). Un menuisier nous prêtera gratuitement son atelier. Il nous faut encore fixer les patins, les housses... Toute l'équipe se met au travail sous l'oeil curieux des Groënlandais. Une amie de Valdé nous hébergera durant ce séjour. La police viendra contrôler notre autorisation et notre matériel. Derniers petits achats avant le départ pour Isortoq, petit village de pêcheurs, toujours en hélicoptère. Puis Valdé se chargera de nous trouver un bateau qui nous amènera tout près de la calotte glaciaire. Un dernier contrôle de notre itinéraire avant d'embarquer. 2 voyages en bateau seront nécessaires pour rejoindre le fjord.

Après le partage des affaires, nous voilà partis le long du fjord avec nos pulkas. Ce furent les premiers prémices de ce qui allait nous attendre. Nous tirions chacun des pulkas de 65 à 80 kg transportant nos effets personnels, notre nourriture (30 kg de rations chacun), essence, réchauds, tentes, pelles... Il nous faudra déja déchausser nos skis pour transporter nos affaires sur la calotte, mais avant nous passerons notre première nuit dehors. Finie la douche.

Nous sommes le 2 juin et nous voilà enfin prêts pour la traversée de l'Inlandsis. Nous sommes partis pour 7 heures de ski par jour. Chacun notre tour, nous prendrons un relais : le premier fait la trace et suit la direction donnée par la boussole. Toutes les heures nous ferons des pauses et en profiterons pour grignoter quelques fruits secs, chocolats, barres de céréales et boire surtout. Les premiers jours furent assez chauds et pénibles, le dénivelée est assez important, étant partis de 0 m, la mi-parcours se situe à 2 700 m. Nous suons beaucoup, la pulka est lourde.

La journée de ski finie, il faut encore creuser et parfois scier la neige pour faire un trou avant de planter la tente à l'abri du vent. Nous disposons de 2 tentes, une de deux places pour Didier et Valdé, et une autre de 3 places pour Bernard, Jean et moi. Une fois les tentes montées, nous changeons de vêtements pour être au sec et au chaud, puis chacun s'affère à la préparation du dîner. Il faut d'abord faire fondre la neige et l'eau obtenue nous servira à la confection de soupes et de lyophilisés. Ce sera le moment le plus apprécié de la journée. Didier nous donnera chaque jour notre position sur la carte et la distance parcourue grâce au GPS. Il est 23 heures chaque soir quand nous rejoignons nos duvets pour un dernier travail d'écriture de notre journal quotidien avant de dormir. Il fait jour, il n'y a pas de nuit à cette saison, ce qui ne nous empêche pas de dormir, tellement fatigués de notre journée.

Il est 7 heures le matin quand nous ouvrons l'oeil. 3 heures nous seront nécessaires pour nous préparer, le temps de prendre un bon petit déjeuner copieux, puis il faut encore faire fondre la neige pour remplir nos thermos pour la journée. La plupart de nos repas seront pris sous l'auvent de la tente. Il sera environ 10 heures chaque matin quand nous quitterons notre campement sous le soleil, la neige ou le brouillard.

Et chaque jour nous répéterons les mêmes gestes, les pauses étant plus ou moins longues suivant le temps qu'il fera. Les premiers jours furent assez chauds, nous skions en tee-shirts, les lunettes de soleil sont indispensables.

J'ai oublié de vous signaler que nous utilisons des chaussures canadiennes garanties jusqu'à - 50° C. Elles se composent de bottes avec des chaussons à l'intérieur. Pour éviter que le chausson ne soit mouillé par la transpiration et qu'il gèle la nuit, nous enfilons nos pieds dans un sac en plastique avant d'enfiler le chausson. Ce n'est pas très confortable mais c'est efficace.

Nous repartirons ainsi, jour après jour, heure après heure, sur cette mer blanche sans aucun point de repère, pas une pierre, pas un arbre, pas un animal, rien... Quelquefois la solitude pèse, le sentiment de ne pas avancer. "Nous étions des skieurs qui avions décidé de traverser le Groënland en abattant 25 km par jour quelque soit l'état de nos pieds, sous le soleil ou la neige". Nous ne pouvions plus reculer, l'abandon d'un des membres signifiait l'abandon de toute l'équipe car nous n'avions qu'une balise Argos.

Au Groënland tout est fonction de la météo, le temps peut changer très vite. Nous devrons rester bloquer 2 jours sous la tente, impossible de sortir, il fait tempête à l'extérieur. Des rafales de vent qui nous obligent à dégager la neige pour ne pas être enterrés. Nous profiterons de ces deux jours pour reposer nos muscles fatigués, pour jouer aux cartes et au scrabble et aussi pour grignoter des tablettes de chocolat. Il paraît que c'est bon pour le moral. Mais que c'est long, 2 jours couchés sous une tente.

Les jours passent, notre premier objectif approche. Nous avons tous les yeux rivés à l'horizon en quête d'un point noir. En effet, nous avions calqué notre itinéraire sur l'unique "refuge" de notre traversée, une ancienne base militaire américaine.

Le 15 juin, après 13 jours de ski nous atteignons la "Dew Line". Un immense dôme de près de 40 mètres de hauteur construit sur pilotis en plein milieu de la glace. Cette base a été abandonnée en 1989. Nous dûmes escalader pour pénétrer à l'intérieur. Notre curiosité était trop grande. Il faisait froid à l'intérieur. Des immenses couloirs parcouraient ce labyrinthe de plusieurs étages. Il a fallut utiliser des bougies pour la première fois, nous avions l'impression de partir à la découverte d'un vaisseau fantôme.

Tout a été laissé tel quel. Une centaine de chambres avec draps, meubles, cuisine, chambre froide, bar, salle de jeux, tout ce qu'il fallait pour vivre plusieurs mois sur la glace. Nous allions passer notre première soirée dans une vraie "maison". Nous avons fait un repas pantagruelique avec la nourriture trouvée en chambre froide. Nous étions assis sur des chaises et avons pu dormir sur de vrais matelas.

Mais voilà le lendemain nous devions continuer notre route. Nous ne laisserons aucune trace de notre passage si ce n'est que nous emporterons quelques rations américaines.

Nous avons atteint le col situé à 2 700 m d'altitude. La descente allait s'amorcer. Le temps était moins beau, le brouillard s'accompagnait souvent de chutes de neige. Les pauses étaient de moins en moins longues. Le compte à rebours avait commencé. Nous approchions lentement du but, nous mangions de plus en plus, nous avançions aussi plus vite, nos pulkas étaient plus légères.

Il nous restait environ 6 jours sur la glace quand je pris une périostite au mollet (une douleur qui me fit souffrir pour le restant du voyage). Malgré des massages fréquents, les départs chaque matin furent très douloureux.

Les kilomètres défilaient sous nos skis mais toujours pas de terre en vue. Nos pensées s'égaraient de plus en plus souvent vers un bon "steak frites", des fruits... Nous supportions de plus en plus mal les lyophilisés.

Puis la terre au lointain, des montagnes à l'horizon. C'est la joie, nous fêterons cela avec un peu de Génépi. Mais le plus dur nous attend. Les premières bonnes descentes nous valurent de bonnes chutes. La pulka se chargeant de nous faire tomber, elle glissait plus vite que nous, nous passant devant et nous entraînant. L'approche de la terre signifiait aussi les crevasses, nous étions sur un glacier. Difficile de les éviter, on se serait cru dans un champ de mines. Il y en avaient qui faisaient plus de 30 m de profondeur. Il fallait passer des ponts de neige qui s'écroulaient derrière nous. Nos bâtons nous servaient à tester le terrain.

La côte nous paraissait si proche et si loin à la fois. Nous n'avançions plus, les crevasses nous obligeaient à des détours. Heureusement le soleil était revenu mais il rendait la neige molle et donc dangereuse. A chaque pas la neige s'affaissait sous nos pieds.

Nous décidions donc pour notre dernière journée sur la neige de partir très tôt le matin. A 3 heures, nous quittions le camp, la neige avait bien gelé. La température peut baisser de plusieurs dizaines de degrés entre 19 heures et 6 heures du matin.

Les heures passaient, et toujours de belles crevasses. Didier prendra le 1er bain glacé dans une bédière qui n'était pas gelée. Il a fallu rapidement le sortir avec une corde avant qu'il ne gèle de froid. Puis Bernard mettra lui aussi les deux pieds dans l'eau. Et cette journée qui n'en finissait pas, la terre nous paraissait pourtant si proche. Nous étions fatigués, la dernière descente avant la moraine nous la ferons skis à la main. Après tant de jours passés sur nos skis, nous avions l'impression de ne plus savoir marcher.

La terre enfin, la moraine plutôt, de la caillasse à perte de vue.

Un bateau devait nous attendre 40 km plus loin, le long du fjord. Valdé avait emporté une radio portable et il a pu contacter ses amis pour venir nous récupérer.

Mais voilà, un problème se posait : comment allions-nous pouvoir transporter sur le dos tout ce que nous tirions. Nous avons du tout d'abord abandonner nos pulkas avec un pincement au coeur, après avoir laissés au bord du glacier nos pelles, nos chaussures (nous finirons en baskets). Malgré tout, deux voyages étaient encore nécessaires pour emmener tous nos affaires. Nous perdions beaucoup de temps en faisant 2 allers-retours. En France, cela aurait été si simple, mais au Groënland, il n'y a pas de chemin, nous étions sur une moraine avec des pierres de toutes tailles.

Il est 2 heures du matin, il y a près de 22 heures que nous marchons sans arrêt. Nous décidions donc de planter la tente pour dormir un peu, au bord de l'eau, mais tant pis. 8 heures plus tard, nous repartirons sous la pluie. Nous retrouvions les paysages du Sud du pays, le pays vert comme on l'appelle.

Didier avait eu la bonne idée d'emmener un bateau gonflable dans son sac, ce sera notre sauveur. Une rivière non marquée sur notre carte nous barrait la route. Avec les cordes, les mousquetons et le coup de main de toute l'équipe, nous allons réussir sans problème ce passage délicat.

Par contre, ce malencontreux incident nous fit perdre beaucoup de temps. Nous planterons notre tente un peu plus loin sur un champ de pierres (dur, dur pour dormir). Il nous restait près de 30 km à parcourir et le bateau nous attendait le soir même. Impossible en faisant deux allers-retours. Il nous fallait prendre une décision. Nous étions au bord d'un lac, qui était le point d'arrivée d'un hydravion pour touristes venant admirer le glacier. Nous décidions donc de laisser là nos skis, nos doudounes, pantalons anti-froids qui seraient ensuite, nous l'espérions, récupérés par un hydravion.

Nous n'avions plus qu'un voyage à faire, nous avançions plus vite. Une nouvelle rivière à traverser, et cette fois, c'est Jean qui passera à l'eau avec l'appareil photo malheureusement.

Nos rations commençaient à s'épuiser et nous aussi. Heureusement quelques rennes et renards et aussi les premières fleurs venaient agrémenter notre journée. Mais difficile d'avancer sur un terrain recouvert d'arbustes d'une hauteur de 1 m avec chacun des sacs de 30 kg sur le dos. Nous avions constamment les pieds dans l'eau et ce fjord qui n'apparaissait jamais. La vase pour finir, on se serait cru au Raid Gauloises. Heureusement, nous étions très solidaires. Je peux dire maintenant que ce fut les 3 jours les plus pénibles de la traversée.

Quel soulagement quand enfin le bateau est là, et qu'à son bord un festin nous attend. Puis Nuuk, la capitale du Groënland, avec ses 10 000 habitants, nous accueillera pour notre dernière journée, et surtout pour une première douche après 1 mois.

Ce fut un voyage exceptionnel, une superbe aventure et une bonne expérience que je ne suis pas prête d'oublier, malgré un retour un peu difficile avec la chaleur, et une anémie.

Une satisfaction : être la première femme française à traverser le Groënland et une inscription sur le Livre des Records.

Et comme le dit si bien cette phrase, "la plus grande jouissance qu'un homme puisse connaître dans sa vie, la victoire sur soi-même".

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