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12ème DEFI DE L'OISANS

200 km, 12 000 dénivelé positif, 6 jours

16 au 22 août 2003


L'Oisans, un pays rude, où se mêlent étroitement la beauté des paysages et une nature sauvage et encore bien préservée. Les vallées sont souvent très étroites et cloisonnées par des obstacles naturels, difficiles à franchir à cause de l'altitude élevée des cols.
Dans ce massif que se partagent l'Isère et les Hautes Alpes, on ne s'y engage pas à la légère, les dénivelées sont importants et des difficultés parfois dues au mauvais temps, peuvent surgir.
Pourtant, il y a 12 ans, alors que le "trail" débutait, Laurent SMAGGHE, amoureux fou de la montagne, lançait le premier défi de l'Oisans.


Objectif de cette course : boucler 200 km en 8 étapes avec 12 000 mètres de dénivelées positive et négative, franchir 14 cols dont certains culminent à plus de 2 600 mètres ! Et passer dans 9 vallées. Bref, réaliser en courant, le tour de l'Oisans.

48 passionnés (dont 10 féminines) prendront le départ cette année de cette aventure.
La première ambition de ces aventuriers sera tout d'abord de terminer ce Défi et réaliser l'une des plus difficiles courses de montagne française. Mais ce sera aussi le plaisir de réaliser cet exploit dans les paysages magnifiques du Parc National des Ecrins, de courir au pied des glaciers, et de communier dans un effort total avec la montagne.

Samedi 16 août

Rendez-vous était prévu à 17 heures au gîte "le Soleil" aux 2 Alpes.
Les chambres sont attribuées par ordre d'arrivée.
J'allais enfin faire connaissance de "plus près" avec Corinne Favre, ma compagne de chambre. Enfin, pas longtemps, puisqu'elle se préparait pour une sortie de mise en jambes pour tester son dos douloureux.
Les 48 coureurs + 15 personnes de l'organisation se retrouvèrent autour du premier dîner. L'occasion pour certains de se retrouver pour un 2e, 3e, voire 5e Défi pour certains. "Quand on aime, on ne compte pas". Quant à moi, je connaissais Benoît Laval, à qui je dois cette participation au Défi puisque je me suis inscrite 8 jours avant le départ suite à un désistement. Et quelques autres coureurs, avec qui j'avais fais connaissance sur des trails.
Gérard, le directeur de course, fera le premier briefing d'avant course, pour nous expliquer les deux étapes du lendemain. "Ne pas partir trop vite, il y a 8 étapes". En effet, chaque coureur dispose d'un road-book ou plus précisément d'un topo de la course avec une carte puisque le parcours n'est pas balisé. La plupart du temps, nous suivrons le GR 54, sauf sur certaines portions où le road-book nous sera nécessaire.

Dimanche 17 août

1ère étape : Les Deux Alpes - Auris en Oisans - 14 km - 810 m dénivelée +
Etape de mise en jambe, footing non chronométré

Après avoir laissé nos bagages à l'organisation, le départ était donné à 8 heures.
Nous avions seulement l'équipement obligatoire : veste coupe-vent ; couverture de survie ; sifflet ; bidon ou camel-back ; pharmacie (bande + pommade).
Benoît passe devant pour nous indiquer le chemin. Certains trottinent, d'autres marchent. J'en profite pour m'acclimater à l'altitude en marchant tranquillement et échange quelques conseils avec des anciens coureurs du Défi. Premières angoisses : Françoise me dit que c'est la course la plus dure qu'elle est faite et qu'elle ne s'est pas pourquoi elle s'est réinscrite cette année.
Après 2 h 30 de rando tranquille, nous rejoignons Auris en Oisans où l'office du tourisme nous avait préparé un repas afin de refaire le plein des batteries pour le "véritable départ du Défi". La presse est là aussi.

2ème étape : Auris en Oisans - le Chazelet - 28 km - 1790 m dénivelée +
Etape panoramique

A 11 h 30, le départ de la deuxième étape est donné, plus rapide que la première. Dès la première montée, les écarts se creusent, le peloton s'étire sur les portions roulantes du Col de Sarenne, Clavans, où le 1er ravito est installé. Et déja un groupe de filles s'est formé avec Alexandra, Audrey, Nathalie et moi. Besse en Oisans et ses tartes aux myrtilles et framboises nous accueillera ensuite au milieu de ses maisons en pierres et de ses ruelles pavées. Village à retenir (magnifique). Un petit "en-cas" avant d'attaquer le col Nazié, soit 800 mètres à gravir avant d'atteindre le plateau d'Emparis. La montée assez raide ne me permet pas de courir, mais mes "grandes jambes" me permettent d'avoir un bon pas et de passer des coureurs cloués sur place. Il reste encore la longue traversée du plateau en faux-plat montant jusqu'au col du Souchet (2 450 mètres) avant d'attaquer la difficile descente jusqu'au Chazelet (1 725 m).
Après 4 h 10 minutes de course, je passe la ligne avec Nathalie qui m'a attendu sur les derniers mètres pour franchir la ligne ensemble. Bravo pour sa sportivité.
Benoît, le premier, est déja là depuis une heure. Après un ravitaillement conséquent à l'arrivée, nous rejoindrons nos dortoirs au gîte "Chez Baptiste" pour la douche qui s'en suivra d'une longue attente (48 coureurs) pour se faire masser. Nos trois masseurs et Eric, notre médecin seront là pour réparer les bobos et nous permettre de repartir le lendemain.
Seuls 3 coureurs ne franchiront pas la ligne d'arrivée, mais devraient repartir le lendemain.
Une fois le dîner servi, chaque coureur rejoint rapidement son couchage pour récupérer.

Lundi 18 août

3ème étape : Le Chazelet - Villar d'Arène - 5 km - 430 m dénivelée +
Etape contre la montre

La nuit réparatrice au Chazelet passée, nous rallions la Grave en marchant en guise d'échauffement. Alternance de soleil et de nuages sur les sommets de la Meije et du Rateau pour le départ de l'étape contre la montre, entre la Grave et Villar d'Arène (1 630 m).
Le départ toutes les 30 secondes dans l'ordre inverse du classement général permet à chacun de se motiver par les multiples dépassements sur le parcours court mais très sélectif.
Les écarts limités de cette étape de "sprint" ne changent pas grand chose au classement général, mais permettent plutôt de jauger les formes du jour.
Une collation rapide à l'auberge du Bec de l'Homme permet de recharger les batteries avant le départ de la seconde étape de la journée.

4ème étape : Villar d'Arène - Serre Chevalier Monetier - 21 km - 780 m dénivelée +
Etape facile

A 11 h 30, nous prenons le départ sous une pluie fine. Le départ est assez rapide. Le GR 54 longe la Romanche sur un faux-plat avant d'entamer une montée assez raide jusqu'au refuge de l'Alpe où un petit arrêt s'impose pour goûter aux petits cakes préparés par les gardiens. Puis Nathalie, Audrey, Alexandra et moi (et oui, toujours les mêmes) entamons la montée longue mais douce sur un vallon herbeux jusqu'au col d'Arsine (2 352 m). Il s'est arrêté de pleuvoir, nous pouvons apercevoir le glacier des Agneaux.
Commence alors une belle descente, raide par endroits, et assez pierreuse. Je laisse partir devant Nathalie et Audrey, qui sont trop rapides pour moi dans la descente (mon point faible). La pente s'aplanit ensuite et le chemin s'élargit avant d'arriver au Casset où les supporters d'Alexandra (ses parents) sont là avec leur camionette. D'ailleurs, elle en profite pour me passer sans que je puisse m'accrocher. Nous suivrons ensuite la Guisane jusqu'à Serre-Chevalier Monétier où l'arrivée sera jugée au gîte du Flourou (1 470 m), après 2 h 30 mn de course pour ma part.
Un peu plus tard, après s'être douchés, restaurés... le Maire de Monétier nous offira un pot de bienvenue.
Nous avons profité de notre passage à Monétier, réputé pour ses sources d'eau chaude, pour aller prendre un bain chaud après le repas du soir. Un bon remède contre la fatigue.

Mardi 19 août

5ème étape : Serre Chevalier - Vallouise - 19 km - 950 m dénivelée +
Etape de récupération (marche non chronométrée)

Le soleil est enfin totalement au rendez-vous pour cette journée de liaison. La montée groupée au pas du plus lent permet de lier connaissance et de faire travailler les muscles endoloris à bas régime. Un garde du Parc National des Ecrins nous fera une présentation du Parc au milieu des alpages, en compagnie des moutons, pendant le pique-nique du midi, afin d'allier sport et connaissance des milieux traversés.
En compagnie de quelques coureurs, nous terminerons l'étape en trottinant jusqu'à l'hôtel l'Edelweisse à Vallouise (1 160 m).
Puis massages, collation au "bar du coin", repas glucidique et derniers préparatifs avant la grande étape du lendemain.
Benoît fera passer aux coureurs les e-mails reçus. Roger (mon coach) me félicite et me souhaite bonne chance pour la grosse étape.

 

Mercredi 20 août

6ème étape : Vallouise - la Chapelle en Valgaudemar - 54 km - 2 940 m dénivelée +
Etape hallucinante

Les départs échelonnés entre 5 h pour les derniers du classement et 7 h pour les premiers permettront à tout le monde d'arriver à son rythme, et renforceront la convivialité par des dépassements et des encouragements successifs.
Les huit derniers du classement général partiront donc à la frontale, puis les départs par petits groupes s'échelonneront (6 h, 6 h 30 et 7 h pour les meilleurs).
Je faisais partie du groupe des 6 h 30. Pas besoin de frontal, il fait déja jour. Il va falloir gérer. La journée va être longue.


Les 7 premiers kilomètres se font sur une petite route goudronnée où l'on s'élève en escalier pour arriver au terminus de la route à "Entre les Aygues". Chacun prend son rythme de croisière.
Quatre cols au dessus de 2 500 mètres d'altitude à franchir, dont le col de l'Aulp Martin, point culminant de la course, à 2 760 mètres. Etape entre alpages et rhododendrons.
Le GR 54 traverse une large plaine au fond de laquelle se trouve le col de l'Aulp Martin. La montée est longue. L'ascension se termine sur un terrain schisteux. Et déja, les premiers du dernier groupe nous dépassent avec une petite tape dans le dos pour nous encourager. Une belle traversée aérienne nous permet de rejoindre le Pas de la Cavale (2 735 m). Puis descente (pas évident de trouver les traces du GR) jusqu'au refuge de Pré Chaumette où un ravitaillement solide nous attend avant d'entamer la 2e grosse difficulté du parcours. Je double des coureurs partis avant moi qui prennent le temps de se restaurer. Je ne m'arrête pas trop, et entame seule l'ascension du col de la Valette (2 668 m). Qu'elle m'a paru longue cette montée, je ne voyais pas un coureur, j'avais l'impression de ne pas avancer. Heureusement quelques promeneurs étaient placés au sommet et leurs encouragements me redonnèrent du courage avant la descente dans une cuvette verdoyante et de remonter au col de Gouiran (2 597 m) tout proche. Il n'en restait plus qu'un, le col de Vallompierre (2 607 m) que j'apercevais au loin. Un sentier en balcon me permit de rejoindre ce col schisteux et totalement minéral où je retrouvai enfin d'autres coureurs.
Je déposerai sur le cairne placé à son sommet une pierre en souvenir de Laurent Smagghe. Les cols étaient terminés mais il restait une interminable descente jusqu'à la Chapelle, en passant par le refuge de Vallonpierre, le refuge Xavier Blanc. Nathalie me rejoindra dans la descente et nous finirons ensemble cette longue étape d'endurance par 6,5 km d'asphalte (mon dieu, qu'ils m'ont paru long ces derniers kilomètres sur le goudron et sous le soleil).
Après 7 h 07 mn, c'est sous les applaudissements que nous rejoindrons l'Office du Tourisme (1 100 m) où les premiers étaient déja sur la table de massage.
Comme tous les coureurs arrivés, je me suis "jetée" sur la table de ravitaillement pour me restaurer et boire. Et dire, qu'il y a 15 jours j'étais là pour un stage avec Benoît et que je ne pensais pas m'y retrouver 15 jours plus tard.
Les arrivées se succédèrent. Benoît, le premier de l'étape a mis 5 h 16 mn et le dernier a mis 12 h 09 mn. Mais tout le monde était arrivé, en plus ou moins bon état, mais content.
La municipalité nous offrira un apéritif sous le soleil.

Jeudi 21 août

7ème étape : La Chapelle en Valgaudemar - Valsenestre - 31 km - 2 510 m dénivelée +
Etape soutenue

Départ échelonné pour cette étape qui s'annonce difficile pour nos muscles, meurtris par l'étape de la veille.
Après 4 km de route où j'ai l'impression de ne plus avoir de jambes, la pente s'élève régulièrement jusqu'au refuge des Souffles où nous attend une première collation avant la montée à travers les alpages jusqu'au col de la Vaurze (2 498 m). Je fais comme tout le monde, je coupe les lacets et monte droit dans la pente.
Du col, nous apercevons en contrebas le village du Désert en Valjouffrey. Descente impressionnante (1 250 m de dénivelée négative), casse-pattes et casse-pipe du GR 54 (je ferais deux chutes sans gravité heureusement). Il me tarde de remonter car les descentes ne sont vraiment pas faites pour moi.
Je serais servie, 1 000 m de remontée jusqu'au col de Côte Belle (2 290 m) à travers la brume. Je suis bien, si ce n'est des ampoules qui me gênent au pied. Je double des coureurs dans la côte, qui ont présumé de leur force dans la descente.
Comme son nom l'indique "Côte Belle", elle nous offre une belle descente fleurie à travers la forêt jusqu'à la vallée de Valsenestre où l'arrivée est jugée au village (1 294 m). 5 h 03 mn me seront nécessaires pour terminer cette superbe étape. Je suis de mieux en mieux musculairement, même Claire (notre kiné) n'en revient pas, mais ce n'est pas le cas de mes pieds. "Il va encore falloir faire un tour chez le toubib".
Nouvel apéritif et petite visite dans ce superbe village en pierres, très fleuri.


Vendredi 22 août

8ème étape : Valsenestre - les Deux Alpes - 22 km - 1 790 m dénivelée +
Etape très raide

Dernière étape : dommage, on commençait à se sentir pousser des ailes

Le départ échelonné laisse le temps au toubib de me préparer les pieds pour cette ultime étape.
Le col de la Muzelle (2 625 m), le col le plus pentu du parcours, nous sera servi en guise d'apéritif. Ses derniers remparts se franchiront avec l'aide des deux mains. Heureusement le panorama à son sommet nous fait vite oublier la difficile montée. Passage au refuge de la Muzelle puis longue descente jusqu'au pont du Vénéon avant d'atteindre Vénosc.
Alexandra, Audrey, Nathalie et moi avions décidé de finir la dernière étape ensemble. Le classement général n'avait plus d'importance, seule l'amitié et le souvenir d'une superbe semaine passée ensemble restera à jamais graver dans nos mémoires. Nous nous sommes promis de faire une course par équipe (peut-être la Sainté-Lyon).
La dernière montée sous le télécabine de Vénosc se fera tranquillement, nous en profitons pour cueillir quelques fleurs sous l'oeil de notre photographe du Défi (le papa de Benoît).
Puis l'arrivée, à la station des Deux Alpes (1 658 m), sur le parking de l'office du tourisme (encore quelques marches d'escaliers). Main dans la main, nous franchirons radieuses sous les applaudissements, la ligne d'arrivée du 12ème Défi de l'Oisans.

La soirée se terminera par la remise des prix. Je terminerai 16e au classement général et 2e féminine en 23 h 10 mn (derrière Audrey). Puis un dernier repas au gite "Le Soleil" et un dernier verre en espérant tous se revoir bientôt sur d'autres trails.

Quel souvenir que ce Défi. J'ai vécu des moments inoubliables où l'amitié, la chaleur humaine, la sportivité, l'assistance médicale, l'organisation (je les remercie encore), l'hébergement, les superbes paysages de haute montagne font oublier la difficulté du parcours.

Lien sur le site du Défi de l'Oisans (http://www.raidlight.com/smag)

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