MA DIAGONALE DES FOUS

Jeudi 18 octobre, 17 h, Chris et moi décidons d'aller voir Cap méchant, lieu où sera donné le départ à minuit. Il est situé à 3 km de notre hôtel le Baril. En route, nous achèterons un plat de pâtes (je n'ai pas trouvé de pizza et j'en ai un peu marre du riz). Des raideurs sont déjà sur le site, certains ont planté la tente, d'autres arrivent déjà tous équipés 7 h à l'avance. Le site est très sauvage mais magnifique. Nous retournerons ensuite à l'hôtel pour nous reposer. Mon sac à dos est prêt de même que les sacs que je laisserai à Mare à boue, Cilaos et Deux bras. J'essaie de dormir mais impossible. J'ai de plus en plus peur. L'angoisse m'assaille. Vais-je y arriver ? J'enverrai quelques sms en espérant un réconfort. Heureusement Chris est là pour me rassurer. Voilà un an que j'attends ce moment, un an que je prépare cette course et aujourd'hui je ne veux plus y aller...

A 18 h 30, j'avalerai mes pâtes que je mangerai sans faim. A 22 h, nous décidons d'aller rejoindre le départ. Mon sac à dos me paraît bien lourd, et pourtant il comporte uniquement le strict minimum. Le stade est déjà bien rempli. Un dernier bisou à Chris et me voilà entassée au milieu de coureurs avant d'entrer dans le stade. Ca se bouscule, ça pousse mais pourquoi sont-ils si pressés de partir, me dis-je ? Nous rentrons par groupe de 10. Des camions récupèrent nos sacs de rechange puis chacun notre tour, nous passons à la vérification de notre matériel obligatoire (sifflet, couverture de survie, bande élastoplast, lampe avec piles de rechange, boissons...). Et me voilà sur le stade où sera donné le départ. Déjà de nombreux coureurs sont assis par terre tout près de la ligne à attendre l'heure fatidique. J'ai déjà chaud avec mon collant et mon maillot manches longues. Très vite je décide de me changer et de prendre short, tee-shirt et tee-shirt de l'organisation obligatoire pour le départ. Je retrouve Jean-Marc et Chris un peu plus loin de l'autre côté de la barrière. Impossible de lui faire un bisou. Nous sommes parqués et n'avons plus droit à l'aide extérieure.

A 23 h 30, cela commence à bouger, les raideurs se rapprochent de la ligne. J'en profite pour m'avancer vers la première ligne. Il n'y a pas de banderolle, uniquement une rubalise tendue qui fait office de ligne devant nous. Le speaker demande aux favoris (une centaine) de s'approcher, dont je fais partie. Je me trouve à côté de Vincent qui est interviewé par la télé. Les favorites réunionnaises sont là à côté de moi sans le maillot obligatoire, elles rigolent. Le stress est tombé, maintenant je ne peux plus reculer. J'aperçois Chris qui m'envoie des baisers. Je dois lui faire plaisir, je dois terminer pour lui, pour tous ceux qui croient en moi.

Le speaker commence le décompte. A côté de moi, un réunionnais est dans les starting-blocks comme pour un départ de 800 m, je n'y crois pas. 10, 9, 8, 7 et voilà c'est parti. C'est Marco Olmo qui déclenchera le départ avant l'heure. Imaginez 2 215 raideurs dans un stade, poussant pour franchir un goulet d'étranglement, au bout de 10 m de course. Résultat : j'ai failli tomber, me suis fait bousculer... ma course aurait pu s'arrêter là.

2 km 800 de route pour commencer où je me ferai doubler par des dizaines de coureurs. Mais où vont-ils à cette allure là ? Nous rejoindrons une route forestière bordée de champs de canne à sucre. 15 km et 700 m + qui vont nous amener au pied du sentier qui monte au volcan. Je prends mon rythme de croisière, pas trop vite, pour ne pas exploser ensuite. Je me rappelle de ce que m'a dit Vincent Delebarre la veille. « Tu pars pour une longue balade... ».

1 h 52 mn, j'atteints le ravitaillement où débute le GR qui va nous amener au volcan. J'en profite pour grignoter des bananes et surtout boire. Je retrouve là Alexandra Rousset par hasard. Et nous voilà repartis. J'enlève juste des cailloux dans mes chaussures. Les uns derrière les autres, au pas nous gravirons le volcan, Alexandra est dans ma roue. Cela ne sert à rien de doubler, sinon à s'épuiser et pourtant quelques petits malins tenteront de nous dépasser, au risque de se blesser. On a le temps, me dis-je ? 17 km de course, et déjà des coureurs assis sur le bord du sentier, épuisés. Ceux-là ne termineront sans doute pas. Le sentier très boueux, est jonché de racines, rondins de bois, pierres de toutes tailles, et pourtant c'est un GR. Nous prenons de l'altitude sans nous en rendre compte. Puis le sentier s'élargit, nous sortons de la forêt. Alexandra décide de courir un peu pour se réchauffer. Je ne suis pas assez sûre de mes appuis sur ce terrain technique et boueux pour la suivre. J'attendrai qu'il fasse jour pour pouvoir reprendre une foulée de coureur.

5 h 59 mn précisément j'atteindrai Foc-Foc, 23 km de course, 2 084 m d'altitude (472e au classement général). Je remplis mes gourdes, mange quelques bananes, vident mes chaussures encore une fois (j'aurai du prendre des guêtres), et me voilà repartie. Le jour se lève et il fait plus frais. Le terrain est plus roulant, j'en profite pour courir un peu jusqu'au ravitaillement du volcan au 30e km. Puis la plaine des sables, c'est magnifique. On peut apercevoir de loin la longue colonne de coureurs qui grimpent jusqu'à l'Oratoire Sainte Thérèse (2 400 m d'altitude), ce sera le point culminant du raid. Le soleil tape déjà très fort, j'en profite pour m'équiper, casquette, crème solaire... Puis c'est la descente, la première jusqu'à Piton Textor, où je ne perdrais pas de temps : remplir mes gourdes, et grignoter. Pour l'instant, je tourne avec mes gels authentic nutrition (1 par heure) et ma boisson énergétique que je recharge avec des doses que j'ai emballé dans des petits tubes + des morceaux de banane à chaque ravitaillement. La plaine des palmistes nous offrira ses paysages verdoyants, nous passerons beaucoup de barrières à vaches. Il faut faire attention de ne pas glisser. Puis la route jusqu'à Mare à boue au 50e km. Beaucoup de voitures, beaucoup de supporters venus encouragés leurs coureurs. Je pointerai en 417e position en 8 h 38 mn. Cette fois je mangerai une soupe de pâtes, et un sandwich au jambon. Tout passe bien pour l'instant, je me sens bien mis à part toujours des cailloux dans mes chaussures. Beaucoup de coureurs ont l'air complètement épuisés et essaient de récupérer. Je ne m'attarderai pas à ce poste. Il faut avancer...

Puis c'est la 2e grosse difficulté, la montée sur Kerveguen. Le chemin serpente le coteau. De la boue, de la boue et encore de la boue... impossible pour moi de courir. Je m'accroche à un wagon de coureurs et nous voilà encore à la queue leu leu jusqu'au bivouac et au pointage. Mais qu'est-ce que ça été long, et pourtant je suis bien. 59E km et 11 h de course. Chris va savoir que je suis passé puisqu'à chaque pointage, il reçoit un sms. De toute façon, il est sûrement déjà à Cilaos à m'attendre depuis plusieurs heures. Mais la montée n'est pas finie, nous prenons la direction du Piton des neiges par un nouveau sentier suite à un éboulement sur le sentier habituel. Résultat : 200 m + en plus et 2 km de plus. Puis c'est la longue descente par le bloc jusqu'à Cilaos. Je la redoutais et j'ai beaucoup souffert. Très glissante, j'avais peur et me retenais. Je savais que je laissais beaucoup d'énergie. Je me ferais doubler par de nombreux coureurs. Mais comment font-ils ? J'avais l'impression d'être scotchée sur cette pente qui n'en finissait pas (mais qu'en est-ce qu'on remonte ?me disais-je). Puis la route, pour une fois j'étais heureuse de la retrouver, je pouvais enfin allonger ma foulée. Puis je savais que Chris serait là.

69e km, entrée du stade de Cilaos. On pointe, on passe devant les tentes des médecins, des kinés puis Chris et Dominique Nugre (qui a malheureusement abandonné). Il est 13 h 30. Je pointe en 347e position. Chris m'annonce que je suis sur les bases de 38 heures. Je m'asseois pour me changer (chaussettes, tee-shirt). Chris m'aide à recharger mon sac de gels, boissons...Il fait chaud, et il m'annonce que c'est l'hécatombe. Beaucoup d'abandons devant. Kerveguen a fait des dégâts. Je m'arrêterai finalement une demie-heure (mais que cela passe vite). J'ai les larmes aux yeux en quittant Chris. Dominique me conseille d'aller manger des pâtes avant de grimper le Taïbit. J'écoute ses conseils mais arrivée devant les pâtes, elle s ne me font pas envie et je repars sans manger, avec un petit coup de blues. Après avoir quitté Cilaos et repointé (275e sans rien faire, c'est pas mal), je m'engage sur un sentier direction la cascade Bras rouge. Le sentier monte, descend. J'ai un coup de barre et toujours pas le début du sentier du Taïbit. Puis enfin, la voilà cette montée, que l'on m'a décrit comme redoutable. Je sens que je manque d'énergie (j'aurai du écouté Dominique et mangé à Cilaos). Je trouve un bâton dans le fossé et décide de m'en servir et de monter lentement. De toute façon je dois continuer même si des idées contraires tournent dans ma tête. Toute cette préparation, tous ces gens qui me soutiennent, tous les gens qui ne peuvent pas marcher, toutes ces motivations seront mon leitmotiv pour avancer. Je croiserais quelques coureurs qui décident d'arrêter là l'aventure et préfèrent redescendre sur Cilaos. C'est dur pour tout le monde. J'y arriverai. Puis le sommet (finalement il est déjà là). Puis c'est la descente parmi les acacias sur Marla.

82e km, 17 h 40 mn de course, 258e au général. Cette fois-ci je mange (soupe de pâtes : 3 bols, sandwichs...) mais je ne m'attarde pas. La nuit va bientôt tombée et le chemin à travers les blocs jusqu'à la rivière des galets n'est pas très bien indiqué, me signale-t-on. 3 km plus loin, j'atteindrai 3 roches, la forme est revenue. Je m'équipe pour la nuit avec ma frontale. Je traverse la rivière des galets, suivie par quelques coureurs. Il nous faut maintenant chercher le sentier avec nos frontales, heureusement le GR est bien balisé. Nous enchaînons plusieurs montées et descentes au gré de ravines en direction de Roche Plate. J'ai perdu mes compagnons de route dans la descente. Il va falloir que je trouve du monde, je n'ai pas envie de courir seule toute la nuit.

Il est 20 h 09 quand j'atteinds Roche Plate au 90e km. Beaucoup de coureurs sont là hagards, assis par terre ou couchés sous des couvertures. Je n'oublie pas de manger, surtout de la soupe (j'espère que je ne vais pas encore grandir !). Je retrouve Georges Goutagny et Gaby Boulet, 2 raideurs de ma région. Nous décidons de repartir ensemble. Je suis rassurée. Après un léger massage sur mon adducteur droit (petite douleur), nous prenons la direction du Bronchard et de la Nouvelle. Un 4e compagnon viendra se joindre à nous, Fabrice, que j'avais rencontré sur le forum. Nous poursuivons notre chemin tous les 4, pas dans pas. Nous discutons ce qui me permet de ne pas voir le temps passé. Nous descendrons pas un chemin abrupte jusqu'à la rivière. Nous aperçevons les lumières des coureurs qui remontent sur la Nouvelle sur la colline en face de nous. Nous traverserons la rivière à travers les blocs de rochers puis emprunteront une échelle qui nous permet de rejoindre le sentier aérien de la Nouvelle. De nombreuses mains courantes jonchent le parcours (heureusement que Chris n'est pas là, me disait-je en moi).

22 h 55 mn : la Nouvelle : 97e km. J'arrive sous les applaudissements nourris d'un « joyeux anniversaire ». Mais non, il reste encore une heure avant d'atteindre le 20, leur dis-je. L'arrêt sera court pour nous 4, il fait froid. Surtout ne pas rester là. Des coureurs sont couchés par terre, il n'y a plus de place sur les lits de camp. Nous prenons la direction du col des Fourches, avant de déboucher sur la vaste plaine des tamarins. J'ai des soucis avec ma lampe Led Lenser, je n'y vois pas assez. Je prendrais la lampe Petzl Myo + que Dominique m'a prêté. Le sentier est jonché de rondins de bois puis la boue de nouveau jusqu'au sommet. Nous doublons très peu de coureurs. On a l'impression d'être seuls au monde. Descente sur la plaine des merles pour rejoindre le ravitaillement du kiosque du sentier scout. Ca y est, cette fois, c'est mon anniversaire. J'aurai la chance de souffler une bougie. Quel souvenir... Puis c'est le sentier scout. Nous traverserons plusieurs ravines. Une longue descente doit nous amener à Aurère. Il aurait du s'appeler « désirée » ce ravitaillement tellement nous l'avons attendu celui-là. Mais il faudra encore gravir une dernière montée très raide avant d'atteindre l'école.

Aurère : 28 h 15 mn de course, 113e km et 195e au classement général. Je remonte et pourtant je n'ai pas l'impression de doubler. L'élimination se fait par le devant. Fabrice décide de se reposer une heure ici, il a besoin de dormir. Nous continuerons donc notre aventure à 3. Il n'est pas question que je m'arrête dormir. D'ailleurs, je n'ai pas sommeil, même si parfois un voile noir vient brouiller ma vue. Par contre, j'attends le lever du jour avec impatience, je suis épuisée par la concentration qu'il faut pour éviter la chute. Nous descendons maintenant vers la rivière des galets pour rejoindre Deux Bras. Je suis un peu plus à l'aise quand il n'y a pas de boue mais il faut sans cesse être vigilant pour ne pas tomber. Le lever du jour annonce l'arrivée à Deux Bras, que nous rejoindrons après avoir traversés plusieurs fois la rivière des galets.

6 h du matin le 20 octobre 30 h de course, 123e km, 185e au classement général quand je pointerai sur la plage de sable de deux Bras. Je laisserai là mes compagnons, pressés de retrouver leurs épouses à Dos d'âne. Merci d'avoir partagé avec moi ces kms. Je récupérerai mon sac pour reprendre un peu de ravitaillement (gels, boissons) pour la fin du parcours. J'abandonnerai quelques vêtements pour alléger mon sac. On m'annonce qu'il reste 29 km, pas de problème, je me sens bien et je préfère gérer la dernière grosse difficulté avant de dérouler jusqu'à la Redoute.

Une dernière traversée de la rivière des galets sous l'oeil du photographe, qui espère peut être une chute dans le bras de la rivière. Mais non, ce ne sera pas pour moi. J'entame l'ascension de Dos d'äne à travers les sous-bois. Je me fais doubler par quelques coureurs qui grimpent comme des cabris. Le sentier serpente à flanc de falaises, des échelles métalliques et des mains courantes dans les parties les plus escarpées m'aident dans ma progression sur les passages vertigineux. Puis la route, et l'église. Un ravitaillement léger, mais pas de Chris. J'espère qu'il ne lui ai rien arrivé, me dis-je. Je récupère mon portable au fond de mon sac pour savoir s'il ne m'a pas laissé de message. Non, rien, j'appelle, ça ne fonctionne pas. Je traverse le village en me posant beaucoup de questions et j'arrive sur le stade municipal où j'aperçois Chris qui court vers moi et me souhaite mon anniversaire. Ouf, je pointe en 32 h 23 mn, au 130e km. Un petit bisou, et me voilà repartie. J'ai envie de courir. Chris m'accompagne sur quelques centaines de mètres. Je me passe de la crème solaire tout en courant, il fait chaud et j'ai l'impression de crâmer. Dernière montée, m'annonce-t-il, je t'attends à l'arrivée. Montée vers Roche Vert-Bouteille. Le sentier m'amène sur une crête effilée qui sépare d'un côté Mafate et de l'autre Dos d'Ane. Superbe. Puis c'est une succession de marches en montées et descentes jusqu'au Kiosque d'Affouches. Je double encore des concurrents. Juste le temps que l'on me souhaite mon anniversaire et je repars sur 3 km de route forestière. Je cours, je suis bien, j'ai envie d'arriver. Le sentier se poursuit ensuite dans une forêt de goyaviers où les montées et les descentes se succèdent. Je suis seule, personne ni devant, ni derrière. Je vérifie le balisage pour être sûre de ne pas me tromper. Au sortir de la forêt où je ferais deux chutes sans gravité, j'aperçois le ravitaillement de Colorado.

Nous sommes au 145e km, il y a 35 h 46 mn que je suis partie et j'ai la chance de connaître la fin de course puisque je l'ai reconnu avec Chris. J'enfile rapidement le tee shirt obligatoire et me voilà dévalant la dernière descente dans la forêt. Il fait très chaud, je sue... Le chemin est jonché de quelques petites difficultés techniques qu'il faut que je passe sans me blesser. L'envie d'arriver...Je sais que je peux voir le stade de la redoute mais je ne regarde pas. Puis la route, 300m et j'aperçois au bout de la ligne droite Chris avec un bouquet de fleurs. « Bon anniversaire ma chérie » seront ces premiers mots. Main dans la main, avec le bouquet nous franchirons cette ligne que j'attends depuis un an, sous les applaudisssements et les chants des spectateurs « Joyeux anniversaire ». Un journaliste de RFO me tend son micro pour une interview. Du coup, le chronométreur oublie de me flasher ce qui me fera perdre 2 mn 18s sur le temps officiel (pas grave, c'est pour l'anecdote). On me remet ma médaille et mon tee-shirt « j'ai survécu ».

Cela fait chaud au coeur. Chris est encore plus ému que moi. Cette victoire je la partage avec lui.


Bilan pour mon premier GRR :
36 h 52 mn 18s sur le chrono officiel et 158e au classement général, 7e féminine et 4e V1, et aussi 1ère féminine sponsorisée.

Un grand merci à tous les bénévoles, à tous les coureurs avec qui j'ai pu partager un bout de route, à tous mes amis et à ma famille et à tous mes partenaires qui m'ont soutenus pendant cette belle aventure humaine.


LA DIAGONALE DES FOUS DE CHRIS : une autre vision de la course


20 octobre 2006 : Tine reçoit une inscription à la diagonale des fous 2007 pour ses 40 ans. Je savais que j'allais lui faire plaisir !

18 octobre 2007 : St Philippe (réunion) : 22 heures. Martine s'habille ; elle est nerveuse.. C'est la 1ère fois que je la sens si stressée ! Du coup, elle envoie des SMS aux copines ; le texte devait être alarmiste car toutes répondent immédiatement et lui transmettent leur confiance.
Nous pointons, pour la 1228è fois, le contenu du sac à dos et des sacs " ravitos ". Chaque sac à un contenu préparé depuis des semaines ; ne rien oublier....

3 km de voiture et voilà le stade ; déjà beaucoup de monde ! Contrôle des sacs par l'organisation (matériel obligatoire) et Tine pénètre dans l'arène. Je n'ai plus le droit de lui passer quoi que ce soit..

Elle retrouve Jean-marc déjà en place. Echanger lui permettra de décompresser..

10' avant le top, appel sur la 1ère ligne des " favoris ".Tine se retrouve aux côtés de Vincent (Delebarre) (et de Marcelle Puy qui ne porte pas le maillot officiel, pourtant obligatoire).

Interview sur la ligne, Tine doit être rouge de timidité !

Discours du président Chicaud, décompte..10 9 8 7 et là, c'est parti !! Surprise, Tine perd des dizaines de places ; pas grave mais le goulet (discutable!)provoque une belle panique. On peut arrêter le GRR après 50 m si on tombe ! (à revoir).

Des centaines de frontales s'élancent...spectacle grandiose.

Je retourne à l'hôtel essayer de me reposer un peu avant d'aller à Cilaos pour le 1er ravito personnalisé. Mais, bien difficile de trouver le sommeil... Marielle m'appelle, elle revit son GRR 2006 ! "Je crois fort en tine.." (quel mental cette Marielle, finisher GRR l'an passé et idem à 'UTMB en 2007, le tout avec peu d'entrainement!). N'empêche, il est 2 h lorsque je ferme les yeux.

4H30, branle-bas.. Je suis frais (enfin presque). Direction Cilaos par l'autoroute (2 mètres de large, 400 virages, pas de barrières de sécurité, des locaux qui coupent les tournants, des falaises qui laissent tomber des petits cailloux de..200Kg..). Bref, la routine quoi.
Devinez qui était le 1er en place au stade ? Moi, comme d'hab, pas en retard le Chris ! Je me branche sur RER (radio locale qui diffuse 46 h non stop sur le GRR!). Ils décrivent la course comme RTL le fait pour le tour de France !

Je retrouve Sylvie (Jacquerod), Gladys et Philippe (anciens responsables du GRR, chargés du ravito de Vincent (Delebarre) et Thierry (Techer). Bien sympas ces 3 là !

Voici Vincent , il change de sac, mais se plaint d'une contracture au mollet. Malgré un courage hors norme, il sera contraint à l'abandon plus tard. Thierry Chambry suit, il à l'air bien.. Christophe Jaquerod est plus loin ; il ne semble pas dans un grand jour (il me fera mentir !).

Les heures passent. J'attends mon pote Dominique (Nugre), et Michel (Poletti). De sacrés clients eux aussi. Dominique m'appelle : "je suis avec Karine (Herry), elle n'est pas bien, moi non plus".AIE. (les deux abandonnent à Cilaos, Doumé trahi par son dos, Karine par sa vue).

Les femmes passent (Marcelle Puy, Nadine Maurizot, Simone Kayser, Alexandra Rousset..); pas de Tine.Je m'inquiète vraiment et, c'est rare, je me mets à douter. Jean-marc arrive, défait. " La descente est terrible ".

Ouf,la voilà ! Impression mitigée...cette descente du bloc a laissé des traces " 100 coureurs m'ont doublé dans cette descente de fous ". Bon, on se calme, on se change... Et c'est reparti.

Bon, c'est pas le tout, mais il est temps de boire notre 1ère dodo (bière locale) de la journée avec Dominique ! Faut penser à se ravitailler !
J'estime les probabilités horaires de Tine : 39 h. Aîe, c'est pas l'essentiel, mais plus que prévu. Finir devient alors ma seule ambition pour elle.
Nous voilà, Dominique , Catherine (Poletti) et moi à...dos d'âne (le village, pas sur la bête !).

Dos d'âne, son parking (2000 voitures à la queue-leuleu sur 3Km), son climat (34° le jour, 2° la nuit), sa propreté (jamais vu autant de déchets abandonnés, une honte), son ambiance (radio RER à fond, merguez..). Mes deux compagnons me laissent, Michel (Poletti) ayant renoncé, ils partent se coucher. Moi aussi, je me confectionne un nid douillet dans ma C2 de location. Bonnet, gants, 3 couvertures.. Je cherche le sommeil (air connu) ; Ah ben non ; car les SMS pleuvent ! L'organisation qui me tient informée, la soeur jumelle de Tine, la famille, les copines... Bon ben, ça fait , je me reposerai plus tard !

6 h du matin, je vais au ravito.Tine est 8è (!). Ah ben tiens, finalement elle remonte ma grande ! Elle va quand même pas refaire le coup de la CCC !
Je retrouve des familles de coureurs ; on finit par connaître du monde..! Chacun y va de son avis, son pronostic, son angoisse...

8 H23, la voilà! Ouh là..mais elle semble transformée ! Bien physiquement, son regard est déjà tourné vers l'arrivée (il reste 23Km et pas des plus faciles).Très lucide, elle se passe de la crème solaire. Je l'accompagne quelques centaines de mètres mais j'arrête vite, ça monte ! Cette fois j'ai compris : Elle va nous refaire son habituelle fin de course ! Décidemment, elle arrive encore à me surprendre ! Je pleure (discrètement).
Vite,aller à St Denis acheter un bouquet (par superstition je ne voulais pas l'acheter avant, mais Marielle,encore elle : "tu peux y aller, rien ne l'arrêtera maintenant ").

J'appelle Marie-Claude , notre hôte de " l'auberge du pavé ".Elle vient de souhaiter " bon anniversaire " à Tine sur l'antenne de FREE DOM (autre radio). Quel personnage elle aussi. L'accueil réunionnais dans son plus bel exemple ! Merci .
Je guette la descente du colorado à la jumelle. La voilà ! Je pars à sa rencontre, bouquet à la main. J'appelle Marielle, mais raccroche (trop ému).

" Bon anniversaire ma chérie.. ", bisou et nous entrons dans le stade olympique (enfin, pour nous, la sensation est la même que le marathonien vainqueur des jeux..).

Tous les spectateurs, avertis, chantent " joyeux anniversaire". Grosse grosse émotion.

RFO interview Tine. Du coup, elle pointe avec 2' de retard. 36 h 50 mn au compteur. Le fameux t shirt "j'ai survécu "est là (bon, faudrait voir à en améliorer la qualité, là c'est vraiment limite!!).

Tine récupère quelques minutes. Moi aussi, une dodo à la main.

Finalement, à part les jambes, je suis plus fatigué qu'elle ! Je ferai mieux de courir !

Nous assistons à l'arrivée de copains (Jean-Marc , 2è GRR bouclé), gGeorges (61 ans !) , main dans la main avec son pote Patrick...Je (re)pleure !

Respect messieurs.

Nos pôtes Willy et Greg ont survécu...avec Laure (du 01), les amis de Larajasse aussi ! Génial.

Merci à tous ceux qui ont supporté mes angoisses, à ceux qui ont abreuvé mon portable de SMS, aux copains de Larajasse qui ont aidé Tine dans la nuit, aux organisateurs qui nous préparent de telles émotions et qui acceptent des suggestions pour 2008, aux bénévoles qui ont dû se demander qui était cet excité...

Respect aux survivants, mais aussi à tous ceux qui ont dû renoncer (ils reviendront).

Merci aux grands champions (Vincent, Christophe, Thierry et Charles, tous vainqueurs du GRR), et à Marco (2 UTMB svp) pour leur gentillesse et leur simplicité.

Merci à nos amis réunionnais pour leur (formidable) accueil.

Nous reviendrons !

Chris