Le réveil est dur après cette longue nuit de réveillon. Comme chaque
année, on peut faire un vœu, je n’échappe pas à cette tradition mais celui
auquel je pense n’est peut être pas courant. Préparer et réussir la Mythique course des 100 kilomètres de Millau.
Millau, la course connue dans le monde entier pour ses côtes qui n’en finissent
jamais, sa météo imprévisible et ses 100 Km à terminer en moins de 24h.
Rapidement, je me lance dans la recherche de conseils provenant de livres, de
sites Internet, de personnes qui connaissent ou qui ont déjà réalisé ce genre
d’épreuve.
En résumé, c’est très difficile et il faut être fou pour se lancer dans un tel
défi. Hé oui, le mot défi me convient bien. J’aime ressentir le frisson que
cela procure dans mon petit environnement familial, voir l’étonnement sur mes
copains. Mais plus j’en parle, plus je sens que je me lance dans un défi
passionnant ! Mon premier 100 Km et en plus, à Millau
Certains n’y croient pas :
« Lorsque tu auras ton numéro de dossard, tu me téléphoneras »
« Tu sais, si tu fais plus de 42km se sera déjà bien, c’est plus qu’un
Marathon. »
D’autres restent perplexes; mais seul un très bon ami, mon ancien coach, n’a
pas été surpris lorsque je lui ai annoncé mon défi 2006. « Bertrand » mais pas
n’importe quel Bertrand, Bertrand du site « Hémérodrome » aujourd’hui, toujours
mon conseiller technique. Mon choix ne l’a pas du tout surpris.
« Te faire courir ton premier marathon a été très long mais tu en parlais
tellement autour de toi de ton premier marathon en 3h56 terminé sans aucun
souci physique, que je m’y attendais. »
Je restais stupéfait une fois de plus par sa réponse si naturelle. Les dés
étaient jetés, je devais réussir cette course Mythique, ma Motivation étais à
son paroxysme.
8 mois d’entraînement sans relâche, basé sur la méthode Cyrano 14.1 pour les
longues sorties, a qui je donne un grand merci pour ses conseils indirects que j’ai pu
récupérer sur Internet. La méthode 14.1, une méthode si efficace et si
persuasive que je l’ai adopté sans attendre.
1) 14’ de course et 1’ de marche,
2) garder une fréquence cardiaque moyenne en dessous de 65%,
3) courir sur des trajets variés et vallonnés.
Les pronostiques du tiercé dans l’ordre ou le désordre étaient connus. Après
1500 Km, j’étais près, du moins, dans ma tête, à affronter le taureau par les
cornes. La préparation physique aura sa réponse le 23 ou le 24 septembre 2006.
Mais le proverbe Impossible n’est pas Français.
La Logistique commençait son travail, rejoindre l’Aveyron en partant du Cher
(18) pour le camping-car de mon père, en passant par le Vaucluse (84) prendre
le suiveur à vélo, mon frère et pour terminer, ma pomme dans l’ Yonne (89).
Vous me direz se ne sont pas des Limites infranchissables, c’est vrai, mais pour un défi personnel cela
monopolise quand même beaucoup de personnes.
La date fatidique est là, en ce matin orageux, tous les participants se
retrouvent ‘‘ place de la Victoire’’ pour rejoindre la ligne de départ dans un
défilé acclamé par les nombreux spectateurs. Les suiveurs en vélo sont déjà
partis et nous attendent à la borne 6km, au village d’Aguessac. L’organisation
pour cette 35° édition est parfaite. La fanfare, les acclamations et le coup de
feu donnent le départ de cette vague de plus de 1500 coureurs.
Cette masse humaine serpente les coteaux et vallons de cette
très belle région. Accompagné par mon soutien moral, logistique, physique et
mon suiveur, les kilomètres se succèdent. Je me doute bien que rien n’est fait.
Tous les avertissements et conseils sont gravés dans un coin de ma mémoire. Les
avertisseurs sonores, lumineux, sensoriels que je me suis activé sont à l’affût
de la moindre alerte. Je termine la première boucle du marathon. La fatigue des
42 Km est dans les jambes. Plus de 5heures pour les jambes et plus de 5 heures
pour ses fessiers (lol).
Creissels est l’ascension de cette longue montée qui passe sous le viaduc de
Millau que j’aperçois à l’horizon s’annonce. Une colonne de marcheurs à pieds
et en vélo avance sur le bord de la route, bien serrée à droite. Je me dis, si,
ils marchent il y a certainement une raison, je ne suis pas plus fort que ces
coureurs qui grimpent sans un mot mais qui n’en sont pas à leur première
édition. Immédiatement, je réagis à l’imitation et parviens enfin sous le
viaduc. Une grosse étape dans le sens allé est franchie, j’espère pouvoir dans
quelques heures la descendre en sens inverse mais ne vendons pas la peau de
l’ours avant de l’avoir tué.
Je bascule vers St Georges de Luzençon par une descente impressionnante. Mon
cardio m’indique que mes fréquences sont à 55% de Fcm ; je décide donc de
repartir, toujours avec la méthode Cyrano .
Tout se passe comme je l’avais imaginé. Les
ravitaillements, les kilomètres
s’enchaînent les uns après les autres sans
difficultés. La météo n’est pas là
pour arranger la situation. Les orages et les rafales de vent sont de
la
partie. La borne 60 Km, St Borne de Cernons approche.
Mon père m’encourage au ravitaillement, il est confiant dans ma stratégie mais
il ne peux s’empêché de me prévenir :
« Tu sais, les bénévoles des stands, les jalonneurs ne cessent d’encourager les
coureurs mais les préviennent que le plus dur reste à faire. La plus grande
difficulté du parcours n’est pas encore montée, le sommet de Thiergues n’est
pas encore atteint.»
Je lui réponds :
« Je le sais, mais ne t’inquiète pas, lorsque tu me reverras à mon retour il me
restera 20 Km. Je ne m’occupe pas du chronomètre ni du classement et j’adapte
la méthode Cyrano, mon objectif est de terminer sans problème majeur. »
Je l’embrasse et continue ma course .
Au bout de l’avenue, je découvre la fameuse ascension. Les premiers virages à
fort pourcentages me font connaître les difficultés du mythique 100Km. Depuis
quelques kilomètres, je croise les coureurs qui sont sur le retour. C’est
impressionnant, je me dis bientôt tu seras dans le même sens et tu croiseras
certainement d’autres coureurs qui penseront de même. Je suis attentif aux
coureurs que je croise car je sais que je vais rencontrer Bertrand en vélo qui
accompagne un de ses poulains. D’un seul coup, je le reconnais et hurle son
prénom. Pas concerné sur l’instant, je redouble mon appel et là ; il lève la
tête, regarde autour de lui et croise un pantin qui gesticule et l’encourage à
tue-tête :
- Vas y Bertrand, tu m’attends à l’arrivée, je dois arriver entre 14h et 15h de
course.
Il stoppe sa descente, remonte à mon niveau et me dit :
-Mais qu’est ce que tu fous? Tu fais une balade ou quoi ?
-Non, dont’ be affraid baby, je gère…
Son hochement de tête en dit long…, il me connaît bien ! Mais avec un grand
sourire je poursuis mon Allure. Cette allure travaillée pendant des semaines et
des semaines, Cyrano insistait fortement sur le suivi de cette allure ; les
entraînements pour le jour de la course payeront.
La prochaine étape, St Afrique, éclairée dans le fond de la
vallée, m’indique le bout de cette grande difficulté mais la même chose en sens
inverse restera à parcourir. Mes muscles ne me font pas souffrir par contre une
douleur sur le coté du genou droit me fait découvrir les aléas des longues
distances. Je me pose des questions dont je ne peux pas trouver de solutions,
j’en conclue que c’est en forgeant que l’on devient forgeron.
La nuit est tombée depuis longtemps, la frontale est le seul moyen d’éclairage
dont je dispose. Mes ligaments latéraux m’inquiète, je songe à me faire soigner
au point de contrôle suivant.
A St Afrique, les dossards sont enregistrés, le trajet retour va commencer.
J’en profite dans le gymnase pour grignoter quelques raisins de corinthes, me
désaltérer et surtout me faire masser. Mais tous les coins de soins sont
occupés, beaucoup de participants se font soigner, les coureurs trempés se
changent ; les encouragements sont encore plus importants mais le plus dur
reste à faire. Remonter ces infernales côtes, les redescendre et enfin
retourner à la case départ mais sans toucher 20 000.
Les minutes s’écoulent, la chaleur se fait apprécier, je comprends le choix des
coureurs lassent, épuisés qui préfèrent arrêter ici leur calvaire.
:~ Je m’empresse alors de repartir, on verra bien au fil des kilomètres. La
traversée du village me certifie que je rentre vers la ‘‘place de la
Victoire’’.
La nuit est bien avancée. Je rencontre peu de coureur. Mais heureusement, le
moral reste intact et j’opte du coup pour tripler les temps de course car
chaque fois que je marche la douleur est plus intense et le début des foulées
devient insupportable. La solution pour terminer est de courir pratiquement
sans marquer de temps de repos. Maintenant, c’est la tête qui va commander ; si
la tête tient, les jambes tiendront.
Mais au ravitaillement de St Georges de Luzençon, je préfère sagement me faire
soigner par les secouristes. La douleur devient insupportable. Je rentre
sous une toile de tente et explique mon cas. Une charmante aide-soignante
regarde mon genou et me dit :
-Vous comptez continuer ?
-Bien sur ! vous me massez les ligaments externes des deux genoux et puis je
repars !
Je la rassure en lui annonçant que je sais que cela va chatouiller un petit
peu. Sans hésitation, elle assure sa mission et m’encourage pour le reste du
trajet.
Après de longues minutes, je sors de l’abris de secours, le froid me gagne et
le claquement des dents me force à demander à mon frère de me rendre le K.way
que je lui avais confié, dès les premières gouttes. Cinq minutes suffisent pour
me réchauffer et être de nouveau apte à repartir.
Le viaduc illuminé est au bout de cette dernière montée mais je la trouve sans
fin. Je ne l’avais pas ressentis si longue quelques heures auparavant. Elle
semble interminable, mais je sais qu’une fois dessous le viaduc, je basculerai
vers les 4 derniers kilomètres qui m’emmèneront vers la ligne d’arrivée.
Finalement, je passe enfin dessous, le plus grand viaduc d’Europe, je contemple
la vue illuminée de Millau. Je me rassure, je vais finir cet Utopique course de
100 Km et devenir un centbornard. Je reconnais l’itinéraire et la joie
m’envahie, mon sourire retrouve sa place, les lumières brillent dans mes yeux,
le dernier kilomètre est merveilleux. Je tourne à droite, rentre dans les
jardins et J’entends les derniers encouragements des spectateurs restés tard
dans la soirée.
Et qui j’aperçois dans la lumière des projecteurs qui m’encourage en frappant
des mains ? Bertrand, il m’a attendu, je n’en ai jamais douté un seul instant.
Tot est là également noyé dans la foule, (un copain qui m’a soutenu pendant ma
préparation).
La dernière petite côte est franchie, le flash du photographe certifie mon
arrivée et le temps de 13h 10 restera longtemps dans ma mémoire.
Ce compte rendu est peut être long à lire, peut être trop détaillé mais je
tenais à vous faire participer au plaisir que j’ai eu, lors de cette
merveilleuse course.
Je tiens de nouveau à remercier tous les différents responsables pour cette
magnifique organisation et leurs dire que je serai présent pour l’édition N°
36…