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L’ultra pour tous ou les préjugés liés à la course à pied au delà du marathon
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Les courses d’ultra suscitent souvent toutes sortes de réactions. Si l’on s’adresse aux profanes, cela va de l’étonnement à l’admiration. Pour le coureur à pied en deçà du marathon, la réaction peut s’apparenter parfois à une forme de rejet. On assimile alors le coureur d’ultra à une sorte de stakhanoviste du bitume ou à une espèce à part, pratiquant une spécialité peu accessible. Dans la réalité , il en est bien autrement. Les courses d’Ultra ne sont pas réservées à une sorte d’élite surentraînée. Elles sont composées de passionnés qui ont juste eu envie de voir, à un moment,  comment cela se passe plus loin … « au delà du marathon ».

Quand on se présente comme coureur d’ultra, on a immédiatement à faire face à une réaction d’étonnement : « 100km ?? en courant ??? » qui si on l’analyse un peu n’est pas loin d’un mélange d’admiration : « Pff … déjà en voiture … » et de jugement qui, sous des propos qui peuvent paraître de la curiosité : « mais vous les faîtes VRAIMENT en courant ?? » ne laissent planer aucun doute sur le jugement que l’on porte à ce moment sur votre (folle) pratique. Avec l’habitude, on s’y fait et on y met les formes pour expliquer notre démarche. Tenter de convaincre dans un premier temps que l’on a bien tous ses esprits et que ce qui motive dans ce genre de défi extrême est autant spirituel que physique. Mais que surtout, et c’est là le plus difficile, il n’y a rien d’exceptionnel là dedans. Qu’au contraire, la plupart des coureurs au delà du marathon sont bels et biens comme leurs homologues du peloton et que ce qu’ils font est accessible à tous.

Lutter contre les préjugés
En effet, une montagne de préjugés entourent les courses d’ultra. Celles ci sont génératrices de blessures, on y perd toute sa vitesse de base, l’entraînement y est ennuyeux… quand il ne faut pas faire face au jugement du marathonien qui pense que courir à de telles allures ne mérite pas qu’il s’y intéresse. Bref, toutes sortes de raison de ne pas s’y aventurer. Et lorsque ce ne sont pas ces motifs négatifs, on invoque alors des raisons plus positives pour la discipline, mais qui néanmoins reviennent au même au bout du compte  : « je vous admire, je n’aurais pas la volonté » , « courir autant… je ne pourrais jamais», « je n’ai pas le temps d’y consacrer l’entraînement nécessaire ».
Voyons comment ces objections résistent à l’analyse de chacune d’elles.

L’ultra ne fait pas de dégâts
Un reproche couramment utilisé à l’encontre de la course à pied au delà du marathon c’est qu’elle génère des contraintes et des traumatismes physiques. Il serait vain de nier que la répétition du même geste peut finir par provoquer des blessures. Sauf si justement, on ne reproduit pas à l’entraînement le même type de séance et qu’on y introduit la variété nécessaire (nous y reviendrons au moment d’évoquer la monotonie qui est reproché à l’ultra). D’autre part, les chocs, les impacts au sol, les amplitudes gestuelles sont largement diminués par le fait que les allures de course sont moins élevées que pour des préparations d’épreuves plus courtes. Cette forme de sollicitation articulaire et musculaire génère moins de pathologies que bien des séances effectuées « à bloc ». Si cela n’est pas compensé par un volume d’entraînement irraisonnable, l’argument de la blessure ne s’applique pas à l’Ultra. Cet aspect nous amène directement à un autre reproche fait aux courses longues : la perte des qualités de vitesse.

L’ultra mène à tout …. A condition d’en sortir
 Ce problème peut être surmonté sans difficulté en maintenant dans son planning hebdomadaire des séances de VMA et EMA(1) qui vont solliciter les processus aérobies et entretenir les qualités de base. Les exemples(2) sont légions de coureurs se lançant sur le long tout en conservant des performances remarquables sur les épreuves plus courtes, quand ils n’amélioraient pas tout simplement leurs records. On règle ainsi le problème de la répétition des gestes à des allures identiques et on efface par la même, la croyance qui consiste à penser que l’entraînement du coureur d’Ultra se résume à ingurgiter les kilomètres comme on enfile les perles. Enfin, on tord le coup avec cette façon de procéder à un reproche couramment formulé : pas de monotonie avec cette approche de l’entraînement. Le programme du coureur au delà du marathon est en effet fort proche de celui de n’importe quel coureur d’une autre distance. Ce qui le différencie c’est la phase spécifique où les allures de compétition sont prépondérantes et plus lentes pour le coureur d’ultra. Si l’on prépare un 10km ou un semi la séance spécifique sera une séance de VMA ou EMA. Donc avec un effet important sur les processus aérobies. S’il s’agit de 100km ou de 24h, l’impact sur ces derniers seront alors limités en raison de la faible intensité de la vitesse d’entraînement. C’est là la différence la plus essentielle.

Le temps n’est pas une excuse
Autre remarque couramment formulée, celle qui consiste à associer presque systématiquement l’entraînement du coureur d’ultra à celui d’un forçat de la route. Hors, nombre de coureur de 100km, trails longs ou 24h n’ont pas au compteur de leur semaine d’entraînement, le total de bien des coureurs de 10km ou de semis. Il ne faut donc pas croire que courir des compétitions au delà du marathon nécessite un entraînement au diapason de la distance. Le coureur de long ne passe pas son temps libre à courir et à accumuler les kilomètres. De même qu’il n’est pas nécessaire de prévoir des sorties longues au delà du raisonnable (3h) pour réussir sur les distances longues. Bien des adaptes de ce type d’épreuves n’ont pas recours à ce genre d’excès qui rassure et satisfait davantage l’esprit qu’il ne contribue réellement à préparer l’objectif.

Le coureur d’ultra est un coureur ordinaire
On le voit donc, s’il attire peu les médias et n’intéresse le plus souvent que ses pairs, l’ultra ne laisse pas indifférent. Il peut susciter à la fois moquerie ou condescendance, comme inspirer respect et admiration. Est il celui dont on se gausse lorsque l’on voit sa foulée étriquée et sa vitesse réduite ou celui que l’on admire parce sa gestion de l’effort lui permet de dépasser les limites de notre compréhension du sport ?  
Qui est il en réalité ?
Un peu des deux sans doute…
En tout cas pas celui qui réalise des prouesses inaccessibles, bien au contraire. Le coureur de fond n’est pas un être exceptionnel, surentraîné, même si sa passion le conduit à courir à l’entraînement ou en compétition des distances qui semblent un peu folles. Il a simplement fait sauter ce verrou que l‘on nous impose bien arbitrairement. Pourquoi le marathon, entré dans les mœurs désormais, est il raisonnable alors qu’au delà ça ne l’est plus ? Simplement parce que les 35 000 participants de l’épreuve parisienne retransmise par la télévision, ont rendus cette épreuve plus commune tant et si bien qu’elle suscite l’admiration. Cette reconnaissance sociale ne s’applique pas aux épreuves « au delà » qui apparaissent alors comme réservées à une minorité d’illuminés dont on ne sait trop ce qu’ils recherchent dans cette pratique qualifiée d’extrême.
Certainement la même chose que le sédentaire qui un jour décida de se lancer sur son premier 10km…..son premier ultra à lui. On a tous nos Ultras, nos limites. L’essentiel est de savoir regarder celles des autres avec indulgence et accepter que les nôtres ne soient pas définitives.

(1) : VMA = Vitesse Maximale Aérobie. C’est, pour schématiser, la puissance de votre moteur . EMA = Endurance Maximale Aérobie. C’est la capacité que vous avez de pouvoir utiliser le plus grand pourcentage de votre VMA durant un certain temps de course.
(2) : Pascal Fétizon qui réalisa 2h15 au marathon l’année ou il faut champion du monde des 100km. Thierry Guichard qui approcha son record sur marathon (2h20) l’année où il fut vice-champion du monde des 100km. Isabelle Olive qui monta sur le podium des championnats de France de marathon en pulvérisant son record après avoir été au championne d’Europe des 100km.

Quelques préjugés ou idées reçues qui ont la vie dure  :

Le coureur d’ultra passe son temps libre à courir car il doit s’entraîner beaucoup pour parvenir à réussir ses compétitions. FAUX
Beaucoup de coureurs de 10km, semis ou marathons totalisent un kilométrage bien supérieur à celui du coureur d’ultra. La réussite ne se mesure pas au regard des kilomètres accumulés mais davantage en fonction de la pertinence des allures programmées.

Le coureur d’ultra est un ancien marathonien ne trouvant plus de satisfaction dans les distances inférieures.
VRAI et FAUX
C’est souvent le cas en effet même si certains ne passent pas forcément par le marathon avant de se lancer sur le plus long. Pour les coureurs au passé sportif important, venant des plus courtes distances, l’ultra est un moyen de se lancer de nouveaux défis. Pour le coureur venu sur le tard à la course à pied, l’ultra représente une activité qui convient mieux à son tempérament. Où les qualités d’endurance, de patience et de gestion de l’effort sont primordiales. Mais il existe aussi dans l’ultra des jeunes qui ne s’intéressent pas aux distances courtes !

Les courses d’ultra c’est dangereux pour la santé
. FAUX
Aucune étude médicale ne le prouve et aucun médecin ayant des patients coureurs d’ultra ne peut avancer cet argument.

Les courses d’ultra ne sont pas réservées aux coureurs ordinaires. C’est un effort surhumain.
FAUX
Rien ne différencie le coureur d’ultra de celui du peloton, si ce n’est cette envie, cette curiosité d’aller voir plus loin sans que cela soit entravé par des préjugés.


Pas besoin de suivre un plan pour faire de l’ultra
. VRAI et FAUX.
L’allure spécifique en ultra est proche de l’allure de footing. Donc même sans plan d’entraînement on cible naturellement les allures essentielles à travailler. Mais pour optimiser son potentiel il est indispensable de respecter un programme construit.

Le coureur d’ultra recherche en fait à travers ses défis une forme de reconnaissance qu’il n’aurait pas s’il pratiquait des distances standards
. VRAI et FAUX
Comme tout un chacun cette reconnaissance peut être effectivement un moteur, surtout si celle ci dépasse le simple cadre de ses pairs. Mais la motivation première se situe ailleurs. Le défi est avant tout personnel et ce qui différencie de la coureur d’ultra des autres c’est juste la forme que prend ce défi et le fait qu’il ne soit pas commun.

L’ultra c’est avant tout une affaire de mental
. FAUX
Il est certain que plus la distance s’allonge et plus la part du mental est importante. Mais séparer celui ci du physique est un peut réducteur. Si ce dernier n’est pas à la hauteur, on aura beau avoir toute la volonté du monde, cela ne suffira pas à nous faire avancer. A l’opposé quand le physique répond présent, le mental est au diapason et permet de dépasser ses limites. C’est donc davantage l’harmonie des deux qui contribue à la performance.

Le coureur d’ultra recherche autre chose que la performance
. VRAI
Même s’il a le souci de s’améliorer, le coureur au delà du marathon, recherche également dans sa pratique un contact avec la nature qui le pousse à être exigeant dans le choix de ses compétitions. De plus, l’effort long permet une réflexion sur soi-même et ajoute une dimension supplémentaire à la course qui ne se résume plus seulement à mettre un pied devant l’autre et …. recommencer !

Dans les courses d’ultra, il règne une grande solidarité
. VRAI
Au départ de telles courses, que l’on soit expérimenté ou novice, on est jamais assuré de l’issue, même si on a mis tous les atouts de son côté. Cette incertitude, ajoutée à la difficulté de l’épreuve crée une grande solidarité entre les coureurs qui font preuve d’une grande humilité du plus petit au plus haut niveau. Le défi est en effet davantage par rapport à soi qu’aux autres et le respect d’autrui est la règle dans les courses longues.

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